29.11.2006
La nostalgie, camarade...
Il est né le 1er août 1936 à la Clinique Jarsaillon à Oran, c’était le jour de la Sainte-Espérance et "cet enfant-là c’était le bon Dieu".
Jusqu’à l’âge de 6 ans, il a été roi.
Un petit roi despote qui parvenait à faire changer sa tante 3 fois de suite simplement parce qu'il n’aimait pas sa robe et qu'il le lui avait dit. Ce petit garçon là, on lui passait tout.
Sa maman, surtout était folle de lui… Et elle était si belle… En ce temps-là, les femmes d’Oran n’avaient « qu’un souci être plus coquette que les femmes d’Alger et le rester ».
Il passait des heures à dessiner, il recopiait des robes qu’il voyait dans des revues, des revues de PARIS… Chanel, Schiap', Poiret…
Elle était tellement jolie Danielle Darrieux. D’ailleurs tout le monde s’accordait à dire que la si jolie et coquette Lucienne, sa mère, lui ressemblait… Elle avait cette même frivolité insouciante…
Il inventait des spectacles dans lesquels il faisait jouer ses sœurs. Il s’occupait de tout, l’histoire, la direction d’acteur, les costumes, les décors…
C’était un roi, un enfant roi…
C’est avec son entrée à l’école que tout s’est compliqué… L’ange a chu, le roi a perdu sa couronne…
Cet enfant n’était pas brillant, il était différent… Trop… Pas assez…
C’est difficile d’être un roi déchu…
Les modèles de Jeanloup Sieff ne regardent jamais l’objectif en face… Ils ont toujours cette expression vague, jamais frontale… On ne saura jamais ce à quoi pensait Saint-Laurent à ce moment-là, quand Jeanloup Sieff a appuyé sur l’objectif… On ne sait jamais avec Sieff à quoi pense le modèle au moment précis où le photographe a appuyé sur le déclencheur mais on a toujours le sentiment d’entrevoir son humanité…
En ce début d’années 71, Yves Saint-Laurent a tellement de choses en tête… il aurait de multiples raisons de penser, douter, s’interroger… L’ouverture de la prochaine boutique Rive Gauche... La soirée de la veille qu’il aura passé comme à son habitude au 7, avec Pierre Berger, Clara Saint, Betty Catroux, Loulou de la Falaise, et Jeanloup Sieff… La prochaine bêtise qu’il fera avec Loulou… Les costumes du prochain spectacle de Zizi et Roland Petit… ou bien encore la tête que vont faire les gens du Figaro en découvrant l’affiche de son nouveau parfum pour homme qu’il avait proposé pour rire d’appeler « eau de zizi » !
Mais à la vérité « Pierre s’occupe de tout »… Yves Saint-Laurent lui habite un pays qui s’appelle la nostalgie…
Cette année-là, il a créé la collection la plus décriée de son histoire, la fameuse collection « La Libération », peut-être la collection la plus décriée de l’histoire de la couture tout court… Délibérément rétro… En cette année de libération de la femme, le couturier s’intéressait à une période sombre de l’histoire française celle-là même dont Monsieur Dior nous avait affranchi si brutalement en 1947… Une collection dont il dira un jour : « c’est une des collections les plus jeunes que j’ai faites. Elle est le résultat d’un souvenir.»
Les enfants gâtés font de merveilleux artistes… Sa petite madeleine à lui, c’est une robe « j’ai toujours eu cette vision de ma mère dans cette robe-là. » Saint-Laurent n’en finira jamais de regretter une époque qu’il n’a jamais connu… Ce paris début de siècle où a débarqué Chanel, le music-hall, Montmartre, Montparnasse, l’entre-deux guerre et ses garçonnes et ses meubles et ses peintures et ses sculptures, autant de signatures qu’il n’en finira plus d’accumuler dans cet appartement de la Rue de Babylone.
La nostalgie camarade…
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28.11.2006
Funny Face - Drôle de Frimousse
Maggie Prescott la rédac chef de Quality, THE magazine de mode américain n’en démord pas, il faut trouver une jeune femme pour incarner l’image de la femme américaine, la femme Quality ! Elle doit être à la fois spirituelle, élégante, jolie et classe… une femme plus plus plus
Voilà qui ne manque pas de faire souffler un vent de panique dans les couloirs roses poudrées du magazine de mode, car une mannequin intelligente et spirituelle cela n’existe pas, enfin !
Goguenard Richard Avedon, enfin Dick Avery, mais tout le monde aura reconnu le photographe en vogue d’ailleurs crédité au générique du film au titre de consultant artistique laisse faire et laisse dire, et faisant semblant de croire que le modèle qu’on lui propose pourra illusionner l'objectif, il embarque tout le monde pour un shooting dans une librairie…Evidemment le résultat n’est guère concluant tant le modèle est stupide, mais la souris timide et têtue chargée de veiller sur les étagères poussiéreuses entre par inadvertance dans le champ et là coup de foudre… sa photogénie est exemplaire… Vous l’aurez deviné, c’est Audrey Hepburn !
Avedon – ok Avery – et Prescott l’embarquent aussitôt dans l’avion pour Paris, où ils vont faire d’elle l’égérie du grand Paul Duval…
Evidemment Avery « fall in love » et elle aussi, comme dans un chanson de Nat King Cole évidemment l’on y croirait encore plus si Avery ressemblait un petit peu plus à Avedon et un peu moins à Fred Astaire et si Jean Paul Sartre enfin le germanopratin Professeur Flostres des ouvrages duquel s’est toquée la jeune libraire ressemblait un peu plus à Jean-Paul Sartre et un peu moins au très sexy Michel Auclair… Mais on est dans un film de Stanley Donen, alors c’est claquettes et joli numéro chanté avec des musiques de Gershwin !
C’est si glamour que l’on croirait feuilleter un Bazaar, un Vanity Fair vintage et que l’on ne serait point surpris de reconnaître Jackie son chapeau pilule et son tailleur rose dans les couloirs de Quality… Funny Face c’est une histoire de Cendrillon comme Hollywood sait si bien les raconter, mais ici pas de grandes métamorphoses, pas de changement de vie radical, la jolie souris et le faiseur d’illusions prendront bien conscience que les apparence sont parfois trompeuses et ils vivront heureux, évidemment… C’est charmant, c’est sparkling and bubble, un peu comme du champagne !
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27.11.2006
Il était une fois la fashion... BALENCIAGA
Les années 20 à Paris… Les années folles, l’heure est à la fête, la guerre est finie et les femmes n’ont absolument aucune intention de rentrer à la maison.
Gabrielle Chanel a depuis longtemps pris goût aux jodphurs et aux tailleurs en jersey, tellement plus confortables pour une partie de campagne.
Les temps on changé et les couturières ne sont plus au service des grands de ce monde. Les maisons de couture se sont installées dans les meilleurs quartiers. Les boutiques n’existent pas encore, on parle de salon. Jeanne Paquin a inventé le défilé de mode (en 1914 à Londres) et l’on se bouscule pour avoir accés au carré VIP des nouvelles collections…
Paul Poiret, Elsa Schiaparelli, Madeleine Vionnet, Jean Patou et Chanel se disputent les meilleures places…
L’aristocratie a ouvert ses portes, et élargit son cercle à l’artistocratie. Les Polignac, les Noailles et les Rohan accueillent en leur salon la noblesse russe exilée, mais aussi Cocteau, Dali, Tamara de Lempicka, Diaghilev, Stravinsky, Misia Sert, Picasso, Juan Gris etc…
En ce temps-là, Paris règne sans partage sur le petit monde de la fashion…
En 1918, un jeune basque d’origine modeste Cristobal Balenciaga a ouvert sa première maison à San Sebastian. Les espagnoles sont coquettes et se laissent vite séduire par ce couturier local. Au Pays basque, on a la fibre régionaliste et le jeune Balenciaga sait rendre hommage dans ses créations à l’Espagne.
Les carrures sont accentuées, le maintien n’est pas sans évoquer la position du toreador dans l’arène : on ne s’avachit pas en Balenciaga, on se tient droit. Balenciaga privilégie le buste, les épaules et le cou, bien plus que la taille, souvent… Chez Balenciaga, on aime les mantilles, le noir ou plutôt les noirs des deuils interminables… Il y a aussi le rouge… Le rouge profond des maisons d’Euskadi, le rose granit des frontons de pelote contre lesquels on va taper avec une pala ou une chistera, le soir… L’Espagne ce sont aussi les cols haut des robes des infantes et les capuches des manteaux des nonnes…
Le succés est tel que très vite il ouvre une seconde maison à Madrid… Balenciaga aurait pu se contenter de cette gloire locale, mais le basque est réputée têtue, c’est à Paris que tout se passe et il doit bien y avoir une raison à cela... Qu’ont-ils en plus ce Poiret, cette Chanel, cette Schiaparelli, ce Patou ou cette Vionnet ?
Il fait plusieurs voyages, multiplie les allers-retour se procure des modèles, qu’il découd bande après bande et met en pièce jusqu’à comprendre comment c’est fait.
Chanel surtout le bluffe. Chanel ne dessine pas, l’ancienne petite main, la modiste, la couturière, découpe, épingle et coud directement sur le modèle. Elle est capable de faire et défaire des dizaines de fois jusqu’à obtenir le tombé, le pli parfait…
Balenciaga se reconnaissait sans doute en Coco… Ils ont en commun l’acharnement de ceux qui se sont faits tout seuls et ne seront jamais totalement satisfaits.
Son truc à lui, c’était les manches. Balanciaga faisait une fixette sur les manches. Il consacra toute une partie de sa vie à rechercher la manche parfaite. « Elle doit avoir suffisamment de souplesse pour permettre de bouger sans pour autant entraîner le reste de la silhouette. Le bras n’a plus qu’à s’y glisser naturellement. C’est à la fois une recherche esthétique sur l’aisance et comme un défi technique sans cesse relevé. […]. Comme si la construction du vêtement se cristallisait uniquement autour des manches. À la moindre déformation, des heures durant, il recommençait tout, déplaçait méticuleusement le tissu, ôtant lui-même les épingles pour les repiquer ailleurs, jusqu’à ce que l’imperfection disparaisse. Le résultat d’une telle maîtrise, c’est une carrure idéale, une stature irréfutable, un maintien presque hiératique qui ennoblit toute femme en légitimant sa beauté. En vrai tailleur, Cristobal Balenciaga alliait forme et fonction, construction et confort pour créer la parure juste sans sacrifier le beau à l’utile. »
Et c’est ainsi qu’en 1936, lorsqu’en Espagna éclata la guerre civile, Balenciaga en quelque sorte était prêt…
Il quitta le pays Basque où le franquisme était si virulent pour Londres d’abord et puis pour Paris où il s’installa très vite au 10 Avenue Georges V.
Les salons de la maison Balenciaga comptaient parmi les plus huppés.
Le carrelage en damier agrandit l’espace, augmente les perspectives, les mannequins s’y déplacent toujours plus grande, plus hiératiques. Les vendeuses sont au nombres de huit, elles sont tout de noir vêtus, et les cheveux tirés en arrière impeccable, elles ont chacune un bureau le long du grand couloir.
Le maître lui est invisible, c’est par un trou percé dans le lourd rideau de velours qu’il assiste au défilé…
Dos à la fenêtre, les clientes les plus importantes, le carré VIP, elles ont chacune leur vendeuse et un petit calepin remis en début de défilé sur lequel passer commande. Ici on ne discute pas les prix ; la maison Balenciaga est la plus chère de Paris et c'est pourquoi il est essentiel d'y être.
Les moins chanceuses celles qui n'auront pas eu la chance d’être introduites, devront accepter de changer à chaque fois de vendeuse… Or une vendeuse sait tout. Avec la première elle partage tous les secrets des élégantes : telle comtesse a les seins en gants de toilettes, celle-ci ne rentre dans rien, quant à la marquise de… son mari paie aussi les toilettes de Madame de… Tsss...
* Pour voir une rétrospective des modèles, c'est au musée des Arts Déco, 107 Rue de Rivoli, 75001 Paris, jusqu'au 28 janvier...
* Pour en savoir plus, Balenciaga Paris, de P. Golbin
17:41 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, blabla de fille
24.11.2006
Le Golden Black - un bar de luxe...
Niché à l’intérieur du Concorde Saint-Lazare, le Golden Black est un bar étonnant…
Laque noir sur les murs, tapis léopard au sol, souvenirs d’Afrique accrochées ici et là façon cabinet de curiosités… C’est à la fois cosy, chic et décalé, du luxe pas cher…
Le genre de lieux où venir paresser un long après-midi d’hiver en lisant La ferme africaine ou Le Quatuor d’Alexandrie…
L’endroit est tout aussi agréable en soirée…
Les rideaux à mi-hauteur, les boiseries laquées sur les murs, la proximité d’une gare de voyageurs, évoquent un train de luxe, façon Orient Express… Je choisis un fauteuil bas, près des grandes baies vitrées, tout contre et je me laisse embarquer, dehors il pleut, la rue est presque vide, quelques passants hâtent le pas…
15:00 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, blabla de fille
23.11.2006
Les années Bazaar
Alors qu’il parcourait les décors de films rassemblés à l’intérieur du parc d'Universal Studio pour y repérer des décors pour une série de photos de mode pour Bazaar, Jeanloup Sieff dit à l’assistante qui lui faisait faire la visite des studios:
- il faudrait qu’Alfred Hitchcock puisse participer à la séance, où est-il en ce moment ?
Il lui dit cela sans trop y croire, peut-être parce qu’elle était jolie et qu’il voulait l’impressionner lui faire savoir que lui aussi était quelqu’un, peut-être parce qu’il était français et qu’il savait que les choses ne peuvent pas être aussi simple - Hitchcock quand même !- mais la jeune californienne lui répondit simplement:
- Monsieur Hitchcock est à San Francisco, il termine
le montage des oiseaux.. Quand voudriez-vous prendre la photo ?
Peut-être par provocation, sans doute par désinvolture à moins que ce ne soit le goût du défi, et peut-être aussi parce que le petit frenchy n’en revenait pas de cette Amérique où tout est possible, alors il voulut en tester les limites et il dit :
- à 9h00 du matin, dans deux jours…
Quelques heures après, la jeune fille le rappela, elle lui dit simplement :
- Monsieur Hitchcock sera là à 9h00, vendredi comme vous le
souhaitiez, il aura quarante-cinq minutes à vous consacrer,
ensuite il doit absolument prendre un avion et repartir à San Francisco
- C’est ça l’Amérique… se dit Jeanloup Sieff, en raccrochant...
En un an à New York, il n’avait guère eu de chance de la prendre en défaut… Look, Glamour, Harper’s Bazaar, Esquire alors que la France se débattait dans les problèmes de l’Algérie, l’Amérique s’amusait, son président était jeune et beau, Jackie éclipsait toutes les premières dames du monde, la guerre avait commencé mais le pays ne s’embourbait pas encore dans les conflits au Vietnam, tout était possible, pourquoi pas la lune… En ce temps-là, Antonioni filmait "Blow up" et la swinging London de David Bailey, Audrey Hepburn avait craqué pour Richard Avedon, pardon Dick Avery qui aimait bien sa "Funny face" ; en ce temps-là, les photographes de mode étaient à la mode.
Alors deux jours après, le petit frenchy a eu tout à lui pour 45 minutes, le grand Alfred Hitchcock, ponctuel, jovial se prêtant au jeu avec la docilité d'un grand enfant joueur... Jeanloup Sieff lui avait simplement dit je veux que vous surgissiez derrière Ina et que vous lui fassiez peur et Hitchcok avait répondu : "je ne connais pas de façon plus agréable de débuter ma journée que celle-ci j'adore effrayer les jolies filles ! " Et pendant quarante-cinq minutes, le petit frenchy mit en scène "The" metteur en scène, il se voyait déjà abandonner la photo et diriger Hollywood, il se ferait construire une piscine en forme de Leïca, il ferait des films, 24 photos par seconde, et... Et Hitchcock a dit : "ok ! c'est fini, je dois y aller..."
L’Amérique a toujours su ouvrir grand ses bras au talent… et du talent le petit frenchy en avait à revendre… En collaborant avec "le jardin des modes", il avait -avec d'autres - dépoussiéré la photo de mode, la grande Hélène Lazareff, la fondatrice de Elle le portait aux nues... "Entre photo de mode et photo à la mode, il n'y a qu'une substitution de préposition pourtant c'est tout l'univers qui les sépare..." comme l’on peut s’en apercevoir en découvrant ces années Bazaar à la Galerie Baudouin Lebon…
22:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, blabla de fille
22.11.2006
Dans mon sac
J’ai un grand sac en cuir, une sorte de baise en ville qui se porte à l’épaule. Ce n'est pas un Longchamp, ce n'est pas un Hermès, ce n'est pas un Lancel, ce n'est pas un Dior ni même un Chanel, c'est un sac de blogueuse, ok, c'est un Darel. Comme mon sac n’a pas de fermeture et qu’il est très grand, il est très pratique et ne me quitte plus. J’y transporte mes petites affaires, mes petits papiers, mon agenda filofax, mon carnet moleskine, mes rouges à lèvres, mes carte de crédit et mes cartes d’identité…
À lui tout seul mon sac pèse… au moins… Plus la petite trousse à maquillage, avec le fond de teint, le crayon, le mascara, le carmex, et les trois rouge à lèvres, plus mon téléphone rose talky-walky, plus mon lecteur mp3, plus ma carte orange, plus mon trousseau de clefs et ses trois tours eiffels, et le bus anglais et le chat japonais, plus le petit carnet de notes, plus la petite bouteille d’eau, etc… ça fait beaucoup et j’ai même pas de stylo, et de toutes façons il est hors de question que je sorte sans mon bouquin…
Seulement voilà, Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld, et Betty Catroux, et Pierre Berger, et Loulou de la Falaise, et Victoire et Juan, et Coney et Andy Warhol, et etc… The Beautiful Fall ça pèse quand même 850 grammes, et ça prend beaucoup de place… alors j’avais choisi un livre de poche, « Le Soleil des Scorta »… très bien d’ailleurs… Sauf que j’avais un peu de mal à m’arracher à Saint-Germain des Prés, aux années 70, aux génies et aux muses, aux égéries et aux créateurs… et que ce week-end, j’ai craqué en librairie… et j’ai acheté la biographie d’Yves Saint Laurent par Laurence Benhaïm…
980 grammes… mais en français, c’est plus facile à lire même dans le métro, même quand on a la tête rempli de nouveaux projets et que l’on a du mal à se concentrer…
En couverture il y a ce nu d’Yves Saint-Laurent que photographia Jean-Louis Sieff en 1971… et lorsqu’on tourne la page, on quitte bientôt Oran, pour les ateliers de Monsieur Dior, et les folles virées dans Paris dans la Volkswagen décapotable de Karl Lagerfeld… Dans les romans de Balzac il y a des jeunes hommes qui quittent leur province pour monter réussir à Paris… Dans le roman de Laurence Benhaïm, le jeune homme s’appelle Yves Saint-laurent…`
16:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, blabla de fille
21.11.2006
Le bar Hemingway - un bar de luxe
Le week-end, parfois, j’aime franchir la porte feutrée des palaces pour aller me blottir dans les bras d’un fauteil, un livre à la main, un carnet à proximité…
Deux limousines noires attendaient devant le Ritz, deux bagagistes se sont inclinés et m’ont salué, j’ai franchi la porte vitrée, et un portier courtois m’a souhaité la bienvenue… Au fashion café du coin de ma rue, le petit personnel compose et fait la tête, comme pour une photo de mode, au Ritz on vous sourit… Je laisserais un tip en partant…
Pas très envie d’un thé au Vendôme… et lorsque je lus la petite pancarte indiquant le bar Hemingway, je me rendis compte que j’étais d’une humeur Hemingway… Je crois que l’on pourrait établir une série de guide du monde autour des bars et restos d’Hémingway, une ville ou Ernest a séjourné est une ville où je me plais…
Je remontais le long couloir qui mène au bar, en regardant les vitrines clinquantes et kitsch qui mêlent pas très habilement d’ailleurs quelques représentants du luxe français, mais pas tous… Chanel, Saint laurent et Dior ont décliné poliment…
Comme à chaque fois que j’ai pénétré à l’intérieur du Ritz, je me suis demandée comment Gabrielle Chanel avait pu vivre près de trente ans-là… Comment la géniale libératrice de la femme française, madame sobriété de la ligne avait pu élire domicile dans le palace rococo kitschouille… probablement un abandon dans le stupre et le signe extérieur de richesse, post couvent des orphelines, post province et post manque de tout…
Les canards dorés, j’ai du mal…
Mais peut-être au temps où Coco y vivait, le Ritz avait une autre allure… à y réfléchir qu’aurait fichu le génial pêcheur amateur de Havane dans cette bonbonnière… Al Fayed a-t’il niqué le Ritz ?
Au Bar, j’ai tout de suite repéré la vieille Impérial portative, je l’ai imaginé la trimballer de Paris à la Havane à Key west… Il y aurait un quartet qui jouerait rhum and coca, et des GI joyeux qui déambulent dans les rues, les filles souriraient à cause des bas, et il ferait beau , un soleil aveuglant sur lequel se détachent en volant des particules de poussière…
Tout de même les tranches de faux livre qui tapissent le fond de l’étagère à alcool… C’est quand même un triste sort pour une canne à pêche que de finir sa vie sans fil au dessus d’un bar… Enfin c'est un luxe pas cher !
08:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, blabla de fille
19.11.2006
J'y étais : aux soldes de presse Maje
Le loft Sévignée accueillaient pour quelques jours et jusqu’à ce soir , les soldes Maje. Une sorte de vente privée hors espace de vente habituels à prix cassés qu’un marketeux un brin habile a eu la bonne idée d’appeler « solde de presse ».
Solde de presse, c’est « the » expression pour faire sortir la greluche de son lit à 9h00 du mat’ un dimanche matin alors qu’elle s’est couchée à 3 heures… et à regarder d’un peu plus près la procession de fashionistas over dressed qui progressaient lentement sur le trottoir devant le 46 de la Rue Sévignée, j’espérais pour la marque que celles-ci sortaient à peine de boîte et se rendaient « aux soldes Maje » comme l’on va à une after… Encore que j’ai quelques doutes là dessus, on va rarement en boîte avec maman, et j’ai vu beaucoup de jeunes femmes ressortir avec dans une main un sac plein à craquer et sous le bras le bras d’une mummy affichant l’air fataliste de celle qui ne sait plus si elle doit se réjouir d’être si complice avec sa fille qu’elle pourrait faire ensemble une pub pour le Comptoir des Cotonniers ou bien si elle doit porter plainte pour rapt de chèquier avant que sa progéniture ne la place sous tutelle.
Speedy taggés à l’aérograph’, terracotta hors-saison, santiags brodées, balayages bon marché, eye liner et mascara’s starlette night à onze heures du mat’, ravages du leggings sur mollets de fermières, tête de mort sur Balenciaga made in Marionnaud, Dior tapageurs et probablement contrefaits, fausse fourrures, dentelles, strass et paillettes, etc…
En matière de mode, j’ai un spectre large mais totalement rigide, à une extrémité il y a Jane Birkin, à l’autre extrémité il y a Jackie Kennedy… au delà il y a Victoria Beckham et Paris Hilton… Et c’est pas parce qu’en boîte il fait nuit qu’il faut s’habiller n’importe comment non plus…
Heureusement, prêtresse de mode, ces filles n’en sont point, elles ont juste comme moi une copine bien placée dans une mailing liste qui a fait suivre le petit carton… Et j’avoue qu’un instant j’ai craint que l’on nous distribue dans la file d’attente le dernier opus de Victoria B. « avoir du style » ou un truc dans le genre…
Enfin pour le coup je commençais vraiment à me demander ce que faisait la police… Nan, je déconne, je me disais, est-ce que vraiment j’aime Maje…
Bien entendu, j’aime beaucoup Maje même si je trouve cette marque réellement sur-évaluée. Au risque de faire hurler quelques modeuses, je trouve ça ni bien mieux coupée, ni mieux finie, ni cousue dans des matières plus nobles que Sinéquanone, par contre on ne tape pas vraiment dans la même gamme de prix… et ça ça m’agace… J’ai l’impression de payer pour un buzz bien fait, c’est après tout moins grave que de placer le sort d’un pays entre les mains d’un candidat à la présidence de la république bien entourée en conseils maarketing… mais ça n’empêche ça m’énerve…
Alors voilà je suis restée dans la queue parce que "les girls" avaient dit que ça valait le coup et qu’il y avait des trucs vachement bien et que les pétasses parisiennes sont bien sapées… contrairement aux greluches… j’espère que ça finissait pas hier soir et que ce n’est pas les soldes Naf Naf aujourd’hui quand même…
A 9h00 du mat’, un dimanche… si c’est pas de la dévotion ça… Enfin je pénétrais à l’intérieur… où un service d’ordre musclé probablement loué chez H&M nous intimait l’ordre de ne rien essayer (je me suis toujours demandé ce qu’ils en faisaient entre Stella an II et Viktor et Rolf an III, est-ce qu’ils les rangent, est-ce qu’ils leur font coudre les pull et les jupes…)…
Robes entre 40 et 50 euros, manteaux à 80 euros, petites vestes à 40 euros, top à 10 euros, pas un miroir pour ne serait-ce que présenter le modèle devant soi et voir… J’ai regretté de ne pas avoir amené les yeux d’une copine… Réassort constant comme une boutique mais sans déco, et sans vendeuse pot de colle commissionné...
Je fais un premier tour et j’enlève 5 robes et un manteau, je fais un deuxième tour pour repérer la seule fille bien habillée du magasin, et je l’aborde : « excusez moi, il n’y a pas de miroir, vous m’avez l’air d’avoir deux yeux intelligents, qu’est-ce que vous en pensez ? » . Je prête mes yeux à la fille à mon tour et je ressors avec une robe et un manteau. Je suis ravie d’avoir réussi à endormir la connasse en moi, celle qui entre en transe dès qu’elle a le sentiment de faire « une affaire » !
En plus vous savez quoi la caissière n’a pas calculé que j’avais acheté une robe et un manteau : elle a compté uniquement un manteau, soit une jolie ristourne de l’ordre de 50% sup sur le manteau !! Mais que fait le service d'ordre ??
16:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, blabla de fille
17.11.2006
Déj' entre filles...
- On fait un break ou on enchaîne, les garçons ?
- On avait prévu un déj’ de filles, ce midi…
- vas-y… tu me raconteras ?
- de fringues ?
- oui de fringues… et de règles aussi…
Quand les garçons déjeunent entre hommes, on sait en gros qu’ils picolent et qu’ils parlent de cul… Mais les garçons ne se doutent pas qu’en gros, on fait pareil…
Sauf si on est au régime auquel cas on boit de la San pé… mais ça c'est plutôt au mois de mai, quand ma balance me rengaine que le spécial maigrir est disponible chez mon marchand de journaux et qu'il serait temps de faire un jeûne... En novembre, les plaisirs sont un peu différent, et aujourd’hui c’était Beaujolais nouveau…
On va pas faire la soirée dessus non plus, personnellement je préfère le champagne, le gewurtz et le sauternes…
Seulement voilà je suis hyper influençable…
Chaque année, il y a une voix qui s’élève et qui dit : "et si on goûtait le beaujolais ?" Et chaque année, il y a quelqu’un qui dit : « rhô il est pas bon » et chaque année, sans bien savoir pourquoi on le goûte quand même et quelqu’un dit : "il a un petit goût de banane, non"…
Et il n’ y a aucune raison pour que ça change…
Les filles quand elles ont un peu bu et même parfois quand elles ont pas bu, elles parlent de mecs très souvent, mais bon au bureau, l’on est pas obligé de raconter sa vie, non plus… donc on peut se livrer à notre autre grand sujet de conversation de prédilection : dire du mal…
Dire du mal est un sujet extrêmement fédérateur… Quand jouer les dindes et parler lipstick et chiffon pourrait donner de vous l’image d’une fille hyper superficielle, faire sa langue de v… ou son calimero vous permet de vous faire plein de nouveaux amis, c’est presque aussi bien que my space… dans chaque groupe humain en grattant un peu on découvre : un sujet de grogne collective, un gros con, un névropathe, un psychopathe, un type bizarre, une histoire de cul passée dans la mythologie collective, une dépressive, un dépressif, un incompétent notoire… et qu’est-ce qu’on se marre à parler de ceux-là…
On se laisserait presque tenter par un dessert, mais dix huit euros et pas de ticket resto pour un déj’ de bureau, ça fait re-ch quand même, alors on se contente du café… Alors il y a quelqu’un qui se souvient que lorsque l’on a commencé à bosser et à déjeuner au bistrot du coin, on payait encore en franc et la formule était à 50 frans, et aujourd’hui c’est quinze euros minimum alors qu’on a franchi le périph… et… c’est trop injuste...
Il n'impêche que la barquette de carottes râpées au-dessus du clavier, faut avouer que c’est quand même moins convivial…
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15.11.2006
Ne le dis à personne - le film
Comment les droits d’adaptation d’un best seller, un polar en plus, ont pu échapper à la convoitise hollywoodienne et tomber entre les mains d’un petit frenchy sur le point de réaliser son deuxième film, c’est une question qui interroge… En toute franchise c’est le genre de gloriole nationale dont je ne me réjouis pas à priori, parce que je trouve que notre cinéma a mal à sa politique des auteurs, et à son exception culturelle, et que globalement les films américains sont plus efficaces, et les films asiatiques plus audacieux, plus inventifs que notre très moribond cinéma européen…
Mais en découvrant « Ne le dis à personne », les yeux rivés à l’écran, je me réjouissais à chaque minute de l’avancement de l’intrigue… et je me disais heureusement, heureusement Canet a eu les droits…
Je craignais une adaptation bâclée, une mise en scène molassonne qui n’assumerait pas le genre… Une sorte de polar de province, un truc à la française… c’est pas vraiment dans notre tradition les serial killers, on en a bien quelques uns mais ils sont quand mêmes moins glam’, moins flippants que les serial killers made in America… Limite, ils font pitié… Quant à nos flics, ils ont une sérieuse tendance à emprunter les méthodes de Navarro, le costume de Julie Lescault et les fringues de Maigret…
En même temps, je gardais un bon souvenir de « Mon idole » et… Guillaume Canet confirme qu’il sait raconter une histoire avec des images et des sons…
Il a la géniale idée de transposer l’histoire dans le 78. C’est bien les Yvelines. C’est l’équivalent local du Connecticut, du Vermont ou de la campagne anglaise des environs de Londres –n’ayant pas lu le livre, je ne sais pas exactement où l’action se passe, je spécule donc sur des localisations génériques de polars contemporains .
Dans une province de concours hypique et d’amours enfantines et lacustres, un meurtre vient troubler la quiétude des habitants du lieu… Voilà, ça c’est fait, pour le fait divers façon c’est arrivé près de chez vous qui va permettre à la province de s’identifier, on a rempli la case, vous l’avez la une du Parisien-là, donc le film pourra passer sur TF1…
À deux pas de là, à "ok en voiture tu mets vingt minutes quand ça roule"... de l’autre côté d’un périph qui a été fermé pour tournage, fait très exceptionnel, vivent et travaillent ces natifs du 78 qui évoluent sous l’objectif de l’ex de Diane Kruger, ce qui va nous permettre de viser une certaine modernité dans les seconds rôles.
Le veuf inconsolable n’est pas franchement trendy, sa montre s’est arrêtée il y a 8 ans, il fait machine à soigner des enfants qu’il n’aura pas dans un hôpital parisien.
Cluzet m’avait cueilli il y a une quinzaine d’années dans « L’enfer » de Chabrol, Cluzet est un acteur que l’on réveille trop peu souvent… et toute cette énergie accumulée, ça fait des étincelles, ça électrise… Il court, il pleure, il saute, il s’énerve, il ne comprend pas… son incapacité à mettre des mots sur ce qu’Alex Beck ressent est géniale… Il ne comprend pas, donc il ne parle pas, il agit, il cherche… et c’est bien… à part Dupontel, je ne vois pas qui aurait pu être aussi bon en Alex Beck…
Christine Scott Thomas en blonde lesbienne bobo casse son personnage habituel de carole Bouquet anglo-saxonne, elle roule des pétards, elle n’en fait ni trop ni pas assez, on a envie d’être sa meilleure copine…
Sa petite amie, Marina Hands, la sœur de Cluzet casse un peu le côté hypodrome de Longchamp de la coureuse hypique, pourquoi pas, kate Moss aussi fait ça, casser le côté coureuse hypique du Longchamp.
Il y a une copine photographe de mode (Florence Thomassin) et un loft studio qui en rajoute une petite couche dans la modernité made in New York et le glam, d’autant que la pauvrette finit éviscérée sur la table de la cuisine comme dans un De Palma…
Il y a Nathalie Baye en Sigourney Weaver-avocate very successfull, à tomber comme d’hab’…
Et Marie-José Croze, l’un des visages les plus mobiles du cinéma contemporain, en passant de l’ombre à la lumière, de la lumière à la pénombre, cette fille passe de banale à fatale, d’innocente à vénéneuse, de fille perdue-cheveux gras à glamourissime… Elle a une ambiguïté géniale… ce qui est pas mal si l'on songe qu'elle joue une morte, vivante.
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