31.08.2006

mmm...

Hier, En ville était fermé, jusqu’au 5 septembre pour congé. La boutique vintage de la rue de la Roquette avait reçu quelques nouveaux modèles, mais pas des noires aux genoux avec un talon marron strié de beige… J’ai craqué sur une petite robe mauve chez Frip’star et longuement hésité sur une autre petite robe imprimé léopard. Et puis j’ai tout reposé, c’était des bottes que je voulais. Et en plus, le petit magasin de la rue Saint-Martin était déjà fermé, il n’aurait rien reçu de nouveau depuis jeudi dernier, probablement, mais j’espérais, j’espérais tout de même être passée à côté de The Botte… Et puis, je n’ai plus de thé… Plus de Marco Polo, plus de Darjeeling, cela fait 3 jours déjà que je dois aller en racheter, et à chaque fois Mariage & Frères ferme à 19H30… En fait, j’aurais dû acheter la petite robe mauve… J’ai pleuré au cinéma en regardant Miami Vice et je me suis un peu ennuyé… C’est idiot mais j’étais triste… je pensais à cette fille dans un magasin de chaussures, elle regardait des bottes, et de l’autre côté de la vitrine, il y avait un homme avec une écharpe rouge… Leurs regards se sont croisés, mais elle a tourné la tête, elle ne savait pas vraiment s’il l’avait vu, elle ne savait pas trop quelle contenance adoptée… Tout autour il y avait l’agitation des vendeuses qui remontaient l’escalier avec des boîtes et s’agenouillaient devant les clients… Et puis quelques filles économes ou fauchées qui regardaient les derniers modèles soldés peut-être dans une vaine tentative de faire durer l’été… C’est étrange la vie… Parce qu’ils ne se sont rien dit… J’étais triste parce que, je me disais que si au magasin la fille avait interpelé une vendeuse et qu’elle lui avait dit, vous voyez cet homme de l’autre côté de la vitre, est-ce qu’il nous regarde, est-ce qu’elle est jolie, est-ce qu’elle est entrée dans le magasin… La vendeuse aurait eu l’air un peu étonnée, peut-être aurait-elle souri… Alors la fille se serait cru obligée de lui donner une explication, enfin moi je me serais senti obligée… Elle aurait dit, enfin j’aurais dit : vous savez cet homme et moi on a rompu il y a un mois seulement… Et la vendeuse ne m’aurait pas cru, elle m’aurait regardé d’un air circonspect, des clients se seraient retournés… Il aurait fallu dire aussi, je vous jure c’est vrai, c’est arrivé, j’ai des photos… Sur mon disque dur, j’ai des photos… sur ma clef USB, aussi… Je crois que je vais aller m’acheter la petite robe mauve, c’est joli le mauve… Et puis, je crois que je vais rompre aussi avec ce pot de Nutella… Et puis c’est pas juste on m’a volé ma rentrée… Et puis je recherche des adresses de boutiques vintages avec un choix de bottes conséquents… Et puis je suis chiante, je sais...

29.08.2006

Loi de Murphy...

S’il y a un truc qui m’agace ce sont ces gens qui s’évertuent à vous parler alors que vous avez mis les écouteurs de l’ipod dans les oreilles en position autiste… Enfin dans la cage d’escalier, face à ma voisine du dessous et même en retard, dévalant l’escalier pour aller rejoindre ma copine Colline pour un thaï à Belleville, et même en assumant mon rôle de voisine caractérielle, je pouvais difficilement faire comme si je n’avais rien entendu d’autant que sa mère, son petit frère et elle bloquaient la cage d’escalier avec leurs gros sacs et leurs valises…

L’air excédée tout de même, je ne suis pas obligée de m’efforcer de prendre un air aimable non plus… J’arrache nonchalamment les z-écouteurs de mes z-oreilles, et :

- oui, aboit-elle ?

Elle, sans se démonter pour autant, tandis que sa mère tremble derrière elle :
- on rentre de vacances, vous, (détacher soigneusement ce mot unisyllabique) nous avez, encore, inondé (très important aussi de tenir compte des virgules qui entourent la préposition encore (c’est une préposition encore ?)

Quel sens du dialogue / Hé ! merde… « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle », j’ai la très nette impression d’avoir été inscrite à un concours de la loose, la cerise sur le gâteau étant qu’un unijambiste avec 5 enfants au chômage va se faire expulser et rafler le premier prix…

28.08.2006

Minette...

Les premiers jours, sa présence dans l’appartement avait été si discrète que j’en étais venue à presqu’en douter… Mais j’avais résister à l’envie de la chercher préférant la laisser vivre sa vie de chat… Et puis le soir lorsque je rentrais du restaurant ou du ciné, Minette telle un Médor affectueux venait me rejoindre, pour quelques heures, moi face à l’ordi ou un bouquin à la main, et elle, gambadant joyeusement dans l’appartement… Sitôt que j’éteignais la lumière, son activité cessait, je ne la reverrais plus jusqu’au lendemain soir… Et à l’intérieur de mes 43 mètres carrés pourtant pas si mal rangé, Minette semblait avoir optimisé l’usage des coins et recoins… je l’ai bien vu un soir plonger tête la première dans un tiroir entrouvert, en poussant un peu avec ses petites pattes arrières pour y faire passer ses gros flancs de Matou, avant d’aller se nicher derrière mes pulls, tigré foncé sur anthracite, dos rond sur pulls mal pliés, quel sens du mimétisme… mais c’est bien la seule fois où j’ai réussi à la griller… Mais depuis hier, Minette semble avoir trouver ses marques, elle a compris que le Japon c’est loin et qu’ils ne vont pas rentrer tout de suite, que sa litière est propre, sa boîte à croquettes quotidiennement remplie, et son bol d’eau changé chaque jour aussi… Je n’ai plus vraiment besoin de chercher Minette, tout en faisant semblant de ne pas la chercher parce qu’en gros la plupart du temps, elle est tout près de moi, cherchant à me distraire, ou à marquer son affection… J’en vois qui ricane déjà, c’est vrai que Minette marque indifféremment son affection contre moi, contre sa boîte de ron-ron, son pack de litière, ma baignoire, mon fauteuil club, mes pulls, etc… Elle aime à sa façon de chat mais pas si différente de la notre finalement, nous aussi après tout on cherche souvent à s’approprier ce que l’on aime… je pense que d’ici deux-trois jours elle devrait aboyer… Déjà l’homochromie c’est plus trop son truc, maintenant son truc à minette c’est le pyjama rose, dans le tiroir du bas, une vraie fille…

Moi j'aime les petits cadeaux !

J’aurais aimé vivre dans un roman de Lawrence Durrel, à Alexandrie, dans les années 20 ; j’aurais aimé traversé l’Europe en Orient-Express ; j’aurais aimé être la dame d’honneur d’Elizabeth d’Autriche et parcourir à ses côtés l’Europe et la Méditerrannée ; j’aurais aimé fréquenter le Flore dans les années 60 et prendre le ferry boat pour aller m’amuser dans swinging London ; j’aurais aimé New York et la Factory dans les seventies…

Mais jamais je n’ai envisagé d’être indienne en Amazonie…

Alors je dois dire que par bien des aspects le discours très politically correct commerce équitable-blabla de Natura, fait naître en moi l’image d’un petit joueur de flûte aux cheveux frisés comme dans un film de Cédric Klapisch… Mais… Natura a eu l’excellente idée d’installer sa boutique Carrefour de la Croix Rouge à un bloc du Flore, à deux pas de Saint Laurent Rive gauche et Burberry… Perrine la chef produit à un petit top en coton sublime de modeuse sûre de son choix… et lorsque la Morena Flor qui dirige la boîte propose une caïpi avec une pointe d’accent charmant, on est tout de suite rassuré : on est à Rio, de Janeiro... Les habaianas ne coûtent rien et existent de toutes les couleurs et même bicolores, Vinicius compose, Toquinho laisse courir ses doigts sur les cordes et Maria creusa fredonne des airs tristes et doux… Bref on évoque les secrets de beauté de nos ancêtres les indiens… Mais un verre de caïpi dans une main, un jus de mangue dans l’autre en appréciant les petits pain au fromage direct from Bon Marché on est assez loin de biocoop, les copines blogueuses sont là, tout va bien…

Rassérénée, je plonge mes doigts dans les petits pots de crème j’ai adoré les textures, la mousse purifiante et la crème sève sont tellement soyeuses et si onctueuses que l’on en mangerait, le gommage au café sent vraiment le café, ce que je trouve assez agréable pour un produit que j’envisage avant tout pour une action… dynamisante et reboostante… Quant à l’idée de commencer un rituel beauté par un massage à l’huile, elle me convient bien, il n’y a qu’au sortir du hammam que j’apprécie de sentir sur ma peau une mince pellicule grasse et parfumée à l’ambre ou à la fleur d’oranger, par conséquent l’huile à rincer, j’aime bien l’idée… Et dans le discours un peu trop commerce équitable pour moi, je retiens deux-trois idées qui me plaisent bien : le rituel d’abord, j’aime bien l’idée d’une application de produit qui commence avec les mains et se poursuit sur le visage en petits massages circulaires, le jour même je change mon rituel démaquillage, désormais je ne m’aspergerais plus le visage d’eau face au miroir, je me démaquillerai en déambulant dans l’appart ou assise sur le rebord de la baignoire, je ferais de ce moment un moment à moi, un massage en profondeur et non plus un effaçage de trace, et comme je trouve l’ensemble du rituel un petit long quand même, je décide de l’ajouter à la courte liste de mes rituels du dimanche.

C’est donc presque avec impatience que j’attendais ce jour qui par bonheur fût gris pour tremper mes doigts dans le flacon et les petits pots de la gamme Ekos offert par Natura… Et je dois dire qu’avec un peu de Mozart, Purcell ou la Callas en fond sonore, quelques bougies et un bain très chaud, les dimanches bobo, c’est si bon

26.08.2006

Ecrire, veut-elle...

La terrasse en teck de la péniche Boer avait un air de fin de vacances, dans un coin, l’on avait plié, et puis l’on avait empilé, les tables, les chaises et les parasols… La platine laser diffusait un remix de musique brésilienne, tandis que le serveur essuyait  quelques verres en dansant. Il n’y avait pas un seul consommateur au bar, ni d’endroits ou s’asseoir en terrasse… Il me venait à l’esprit quelques vers, une chanson, où l’on rangeait les vacances dans une valise en carton et où s’était bien triste de penser à la saison du soleil et des chansons

Ces jours-ci, j’habite à mélancolie

J’erre le long des quais, j’hante Saint-Germain des Prés, fuck le régime… J’en ai un peu marre de cette vie, elle m’a été livrée sans le mode d’emploi… J’ai beaucoup ri, mais j’ai souvent envie de pleurer aussi, c’est normal, c’est comme ça…

Pourtant hier ce soleil qui me brûlait la peau… Ce roman que je lisais sans parvenir à me concentrer vraiment, sans que cela porte à conséquence... Je sentais bien... Je la sentais poindre et monter l'excitation, l'impatience... Kennedy c’est facile et « La poursuite du bonheur » ça me connaît... Même en sautant quelques lignes, je devrais arriver à suivre et l’intrigue et les sentiments… J’avais oublié que ce n’était pas très bien écrit, mais quel talent de conteur, quel récit… Pour la musique et les mots, j’ai Proust que je fais durer sous la langue, pour en sentir tous les arômes, ce n’est pas un malabar Proust, ça dure longtemps, ça ressemble à ces parfums capiteux qui évoluent au fil des heures et selon votre peau, c’est une chimie alchimique, toute la finesse, la subtilité des sentiments… J’ai cette histoire dans ma tête que j’ai envie de raconter, et Marcel ne peut rien pour moi, il ne peut pas m’aider… Je relis Kennedy et j’essaie de comprendre comment c’est construit… J’ai lu la Marie-Antoinette d’Antonia Fraser pour me nourrir de comment ça vit, comment ça pense et comment ça s’ennuie et se transcende une pauvre petite fille riche… J’ai toujours aimé Antoinette, et Sissi, aussi… Peut-être parce que j’aime bien cette idée-là que l’on peut avoir toutes les plus belles robes du monde, vivre dans les plus beaux endroits, être couverte de diamant et d’or blanc, pouvoir s’acheter ou se faire offrir tous les plus beaux sacs de la terre, être courtisée, collectionné les chaussures et être malheureuse quand même… Dans ces conditions-là, si je suis sûre de pouvoir rester insatisfaite et rongée par les doutes, je ne vois pas ce qui me retient et me fait tant hésiter… Alors ça y est, c’est l’instant, inutile de tergiverser ou reculer plus encore, ma vie devient vraiment ennuyeuse, alors moteur, action, ne pas penser, juste acter, se lancer, tomber… 

Bon d’accord j’avais un peu bu, mais peut-être que je pourrais finir comme ça écrivain et alcoolique, après tout ça ne manque pas de classe… ça a plus de tenue que mariée et mère de famille… Quand sur Meetic, un inconnu au pseudo hitchcokien veut lécher mes petits seins et en mordiller le bout dans sa voiture… J’ai voulu savoir quel genre de voiture… Il prétend que c’est une Porshe, quelle faute de goût…

24.08.2006

Nuageux...Eclaircies en vu...

Ensoleillé avec quelques averses, pluvieux avec de belles éclaircies, le bulletin de mes humeurs ressemble à une carte de France avec des soleils, des nuages et quelques parapluies… J’aime bien la rentrée, des nouveaux cahiers, une nouvelle trousse, un nouveau stylo, un agenda tout neuf et des nouvelles chaussures… Quelque chose de nouveau qui commence, à partir de maintenant tout va changer, tout est possible… Vite encore une bouffée de Cléopâtre qui sent si bon l'amande de quand j'étais petite…

Seulement voilà quelque big boss aura décidé cette année de réduire les budgets de mon client préféré et voilà que l’on m’a confisquée ma rentrée glam & shine… Je n’aimais déjà pas beaucoup les téléphones mais dans ma nouvelle vie de free-lance, ce dernier ne m’aura pas apporté beaucoup de satisfaction… Un coup de fil et c’est un mois et demi de taf qui s’envole en fumée… Alors oui j’aurais mes heures puisque j’ai la quasi certitude de retravailler à partir de fin novembre- début décembre, mais… ça ne m’intéresse pas de faire mes heures, quelle drôle de situation que celle des intermittents du spectacle, travailler suffisamment pour pouvoir rester parmi les heureux bénéficiaires de l'assurance chomage... moi je veux être débordée, je veux un téléphone que je jetterai dans la corbeille pour le faire taire, je veux passer des heures en régie ou dans une salle de montage, je veux être coincée toute une nuit sur un mix, je veux me lever aux aurores pour un tournage…

Je suis allée faire un tour en ville, j’avais envie de m’acheter des bottes, je me suis achetée une capeline, très jolie… J’ai pas de sous et d’autant plus envie de claquer, c’est un truc de fille, ça… Je veux des bottes noires avec un talon marron à rayures un peu comme les Céline chocolat que j’ai cassé en deux à force de trop les aimer mais noires… Mon banquier va faire la tête mais les bottes et les chapeaux si c’est un peu plus cher que le chocolat, ça ne fait pas grossir, donc… Il faudra qu’il se fasse une raison…

Et puis il va falloir que je la trouve cette énergie en moi, avec mes nouvelles bottes et mon téléphone rose et ma capeline, je devrais pouvoir y arriver… Il va falloir que je décroche mon plus beau sourire, je peux le faire… Et, mon répertoire professionnel, en main, il va falloir duper les hôtesses et convaincre, un directeur de prod, un producteur, etc… Bonjour je m’appelle Fabienne Bip, je suis chargée de productions, j’ai dix ans d’expérience, cinq ans en production documentaire, institutionnels et cinq ans de post-production…. Je peux organiser vos tournage, mettre en place et assurer le suivi de vos post-productions, établir et suivre vos budgets, rédiger des dossiers CNC, des feuilles de lecture, rédiger des commentaires, des voix off, des synopsis, accueillir vos invités, préparer les fiches de votre animateur, j’ai fait des choses très différentes, je peux en faire d’autres encore… CV sur demande…

J’ai vraiment envie de faire ma rentrée tout de suite… J’ai une capeline et un agenda tout neuf qui ne demande qu’à être rempli… Alors vous me mailez, vous m’appelez… Je vais m’acheter des bottes…

19.08.2006

Connecting people...

Une coupure de courant et hop : "i’am not a connecting people anymore"… Une sombre histoire de freebox pour laquelle un échange avait été prévu et puis comme je ne suis pas allé récupérer mon colis parce que la bête s'était auto-réparé, bref, une coupure de courant et un troublant problème de numéro de série identifiant et pfff… Cinq minutes de courant en moins et c’est tout internet qui vous manque… sniff…

Le monde s’écroule. Un vide immense. Une connexion internet a sur moi l’effet euphorisant d’une cité comme Paris, New York et Londres et puis c’est tout… D’une minute à l’autre tout peut changer. Il y a toujours un rebeu, un Sainsbury, un Boots, rappelez moi le nom de cette chaîne de supermarché américaine ouverte 24h/24 très très connue... Et puis il y a msn et le sentiment d'être relié en permanence au monde... You got a mail / Vous avez un message… Les films de daube renferment parfois des promesses durables… Plus besoin de m’interroger au moins pour quelques jours sur l’opportunité d’une éventuelle réinscription sur meetic. C’est horrible… Je n’aurais pas à répondre à l’épineuse question : mrs Butterfly c’est ton nom ? Non mon pseudo ne serait pas mrs Butterfly, c’est un exemple. Ci-git ma vie sexuelle… C’est foutu, je suis fichue… Pourtant, suite à ma récente rupture et après un rapprochement de simple bon sens avec le vélo et le conseil que chaque parent aimant donne à sa progéniture qui chouine en contemplant son genoux, suite à un périlleux enlevage des petites roues, "allez ce n’est rien tu es une grande fille un grand garçon, il faut remonter tout de suite..." sinon dans quinze ans tu t’interrogeras encore sur ton éventuel désir de remonter à vélo, l’idée étant que après tout on peut parfaitement vivre sans vélo, on s’habitue à tout, etc… tout ça… Bref une incroyable sagesse m’avait amené à penser queue – que, pardon… Bref…

Et puis free, arrrggghh… Nous vous devons plus que la lumière / Vous êtes l'énergie de ce monde, argggh, tu m'étonnes...

Et bien c’est un mal pour un bien puisque cela m’aura donné l’énergie nécessaire pour filer, dès le réveil, sous la douche et non sur internet, et au bistrot du coin qui outre une terrasse bien exposée, offre une connexion wifi gratuite… Et en plus le thé vient de chez Mariages et Frères, et en plus les garçons sont jolis, elle est pas belle la vie…

03.08.2006

Le désir

Les hommes parfois ont des idées derrière la tête… Leur zizi suggère et si c’est bon pour lui, c’est bon pour eux… La femme est plus cérébrale, elle se refuse ou cède… Comme si chacune d’entre elle portait en elle la somme de tous ces échecs, ces trahisons, ces grossesses avortées, tous ces bâtards, pour la femme il y a toujours un après, donner ou bien garder, c’est toujours un choix…

 

Marilyn était arrivée en retard, comme à son habitude. Mais lorsque la sonnerie du téléphone était venu troubler le silence de cette suite de l’Hôtel Bel Air, Bert Stern en entendant la voix de la réceptionniste lui annoncer l’arrivée de Mademoiselle Monroe avait paru surpris… Non pas qu’il pensait qu’elle ne viendrait plus, mais il l’attendait et il s’était dit que cinq heure pour une si jolie star ce n’était pas grand chose…

 

 Il était dix-neuf heures. Le soleil commençait déjà à baisser. La chambre était assez sombre. Il n’y aurait pas beaucoup de lumière, il lui faudrait ouvrir à fond. Il s’était que les photos auraient un peu de grain, mais que ça devrait aller en A3 encore. Marilyn montait vers lui. Marilyn était dans l’escalier. À moins qu'elle n'ait préféré l’ascenseur. Bientôt elle serait là... Mademoiselle Monroe entrerait dans cette chambre.

 

Il avait commandé quelques caisses de Dom Perignon. L'actrice avait accepté quelques photos pour Vogue. Elle ne savait pas qu’il voulait qu’elle posât nu, pas encore. Je me rends compte en l’écrivant de l’incongruité de cette phrase. Evidemment qu’elle savait… Quel homme n’aurait pas voulu cette femme nue… Il lui avait demandé de poser sans maquillage et elle avait dit : "ha bon ?" Il avait concédé : "bon alors peut-être juste un trait d’eye liner"... Elle avait dit : "et un peu de rouge à lèvres ?" Elle avait dû remarquer qu’il n’y avait pas de vêtements, ce qui était incongru pour une séance pour Vogue, mais elle n’avait rien dit… Elle avait bien noté sur le lit la présence de ces quelques foulards… Et elle avait dit : j’ai été opéré il y a un mois, on ne verra pas ma cicatrice bien sûr… Il avait demandé : où se trouve-t’elle ? Et elle avait dit que l’on venait de lui enlever la vésicule biliaire. Il comprit qu’elle avait compris et que d’une certaine façon, elle acceptait. Il se souvint qu’un mois auparavant il avait photographié Elizabeth Taylor, et elle avait une petite cicatrice dans le cou et sur les photos, on la voyait cette marque… Est-ce cela qui inquiétait Marilyn, elle qui quelques semaines auparavant s’était fait renvoyer du plateau du dernier Cukor… On pouvait retoucher bien sûr, effacer cette cicatrice mais dans le même temps il n’aimait pas retoucher ses photos, il savait que plus une photo est trafiquée moins elle est bonne… Il s’agissait de gagner du temps, il ne voulait pas risquer de la froisser, encore moins de la braquer… Il lui fallait posséder et ensuite, ensuite on verrait, si Marilyn l’aimait, elle accepterait… Quand elles aiment une fois, elles aiment toujours, c’est une question de confiance et d’abandon… Il se contentât de dire que l’on pouvait retoucher, ce n’était pas un engagement il évoquait seulement une possibilité technique, et Marilyn cela lui avait suffi…

 

Ils avaient passé la nuit tous les deux dans cette suite de l’hôtel Bel Air… Ils avaient bu au moins deux bouteilles de Dom Pérignon, celles que l’on voit sur les photos… Peut-être bien trois, je ne sais plus, je reviendrais… Sur certaines photos on voit bien que son regard est parti… Il y a l’alcool, il y a probablement les cachets qu’elle avait pris avant… Pour oublier… pour oublier les frères Kennedy, l’échec de son mariage, Arthur Miller, Joe Di Maggio, pour oublier son psy qui lui avait fait tant de mal, pour oublier Cukor et Hollywood… Pour oublier… Il y a quelque chose de dégueulasse, de choquant presque dans l’histoire de cette blonde manipulée, détruite tout ça parce qu’un jour une robe blanche s’est soulevée en passant au dessus d’une grille d’aération… Tous ces sexes durs et tout cet argent… Mais en fait, non… Parce que c’est Marilyn, parce que c’est Bert Stern… Parce que les artistes prennent et rendent à leur façon… Parce que ce n’est pas l’artiste qui est maudit c’est le modèle, et que Marylin sait… Elle joue, elle s’amuse, elle aime ça… Par moment il y a cette tristesse qui passe dans son regard, mais sur la photo d’après son œil pétille… Et elle finit même par s’endormir… A-t-on déjà vu une biche s’assoupir aux côtés d’un loup…Bert Stern avait raison moins une photo est traffiquée plus belle, elle est… Il y a ce grain de peau, ces tâches de rousseur, ce duvet… Il y a cette cicatrice, énorme et violacée… Il y a ces seins tout petits, presque des seins de petite fille à la pointe rose et fraîche, des seins comme l’on en peignait à la Renaissance… Elle a cette taille un peu épaisse… Elle a ce regard, ce sourire incroyable… Ce n’est pas tant qu’elle est belle je crois, c’est qu’elle a cette photogénie incommensurable…

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