31.05.2006
Help ! ami lecteur, j'ai besoin de ton aide...
C'est un fait tout arrive toujours en même temps, et alors que je suis trop prise par mon boulot de prod pour avoir le temps de préparer cela sérieusement, je me retrouve à devoir faire une sélection de textes pour la rédac chef d'une revue chic trendy... À bannir tout texte trop perso, je dois choisir dans les textes plutôt ciblés mode, cinéma, lettre, peinture, photographie, etc... Aucun ne tombe vraiment sous le sens, alors j'ai un peu de mal à les trouver les quelques textes qui pourraient donner une idée de ce que je peux faire...
Ami lecteur toi qui a une bonne mémoire ou bien toi curieux de te plonger dans les archives (on peut toujours rêver, non ?)...
Moi j'ai pensé à ça... Marie-Antoinette , Prima Ballerina Assoluta, Un soir de bal, william klein, les parfums, les dimanche, hammam, série : Déshabillez-moi, de 0 à 4 ans,j'ai 6 ans, avoir 12 ans, jacky kennedy, le bon look, I've got it...
ou bien ?
alors ?
08:58 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
30.05.2006
Yaourts home made !
J’avais pratiquement oublié, cela m’était sorti de la tête, mais lorsque ce dimanche aux puces, les bras déjà chargés de fripes diverses je me suis retrouvée face à une yaourtière Seb vintage jamais servie, j’ai craqué.
Alors ça y est, j’ai fabriqué mes yaourts à la maison, je n’ai plus aucune excuse pour ne pas être une femme française.
Alors tout d’abord il a fallu acheter des yaourts nature. Pas pu trouver à mon citymarché les yaourts vendus dans les pots en verre conseillés sur la recette, ils n’était pas vendu en pack de 4 ou de 2 et il aurait été idiot d’acheter 6 yaourts pour en fabriquer 8, je ne suis pas sûre de pouvoir commercialiser tout de suite… Bref, j’ai opté pour des BA au bifidus parce que le pot vert évoque le bio et calme mes angoisses quant à l'autre ingrédient de la recette : 6 cuillères à soupe de lait en poudre.... La seule évocation du lait en poudre fait naître en mon esprit une usine de mon enfance, une usine en tôle avec de longues cheminées recrachant inlassablement une fumée blanche, alors que dehors dans des grands containers le lait fermente en attente… Brrr… Du lait en poudre vraiment ? La recette est intraîtable : sans lait en poudre ce n’est plus du yaourt c’est du lassi... Ok, moi j’aime mes yaourts fermes et fondants ou bien veloutés mais pas liquide avec de l’eau, je déteste l’eau, sauf avec un cheese nan mais les femmes françaises se contentent d'un quart de ce machin-là et moi pas, donc va pour le lait en poudre.
Et bien c’est exquis, ça a exactement le même goût que les yaourts que faisaient ma tatie… J’ai retrouvé ma petite Madeleine...
08:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
29.05.2006
Colère...
Je ne sais pas pourquoi une année encore, j’ai voulu regarder la cérémonie de remise des prix…
D’années en années, le Palmarès cannois m’agace, m’énerve… J’aurais pu m’en tenir à la montée des marches, déjà j’avais deviné : Ken Loach serait couronné par la Palme d’Or, les nantis du cinéma qui se sont énivrés durant 10 jours de champagne et de fête et de signatures de contrats juteux, traditionnellement s’achète une bonne conscience en fin de festival…
Montée des marches, donc, le pays de Chanel, Saint-Laurent et Dior s’illustre par la montée des marches la plus mal sapée du monde… Pourquoi personne n’a dit à cette pauvre Sandrine Bonnaire que pour porter une robe à décolleté triangle il fallait avoir un vrai creux entre les seins… Et cette coiffure, elle est malade Sandrine, elle sort de l’hôpital… Le pire étant que je la soupçonne de ne même pas avoir fait ça toute seule… Pour tout vous dire ces bouclettes façon queue de rat ébouriffées qui encadrent si joliment le visage de Vanessa Paradis, j’ai cru retrouvé la patte mais sans la grâce sur la Bonnaire, donc, mais aussi sur Marion Cotillard et Emmanuelle Seigner… À mon avis, John Nollet se cache derrière tout ça…. Et puisque l’on parle de Cotillard et Seigner continuons sur les looks… Au micro de Canal +, Marion Cotillard confie qu’elle vient d’achever le tournage de La Môme, film dans lequel elle incarne la môme Piaf, certes… Mais enfin puisque le tournage est fini Marion pourquoi n’as-tu pas rendu le costume, cette robe ne te va pas du tout, du tout… Quant à Emmanuelle Seigner toujours sculpturale, il faut tout de même admettre que le décolleté plongeant et le lamé fluide au-délà de 25 ans ce n’est guère flatteur… Arrive enfin le jury… Un jury qui m’énerve déjà… Sofia n’est pas là… Nanni Moretti non plus… Et Pedro, arrivé en compagnie de trois de ses actrices confie attendre le reste de la troupe encore dans l’avion, si ça sent pas le Prix de consolation ça je m'y connais pas… Wong Kar Wai s’est déguisée en chef de la mafia, c’est ça, c’est exactement ça c’est tout Cannes, ça… Et Samuel L Jackson s’est déguisé en lui-même… Arrive enfin Monica Belluci au bras de Tim Roth, Monica, son look me laisse toujours perplexe, qui croirait en observant ses choix vestimentaires que cette fille fût un top avant de se lancer dans le cinéma… Monica c’est l’inverse de la fille qui s’efface derrière le vêtement, c’est un physique qui existe malgré une robe généralement hideuse quoique griffée… Et puis après ce fût la cérémonie et cela n’a fait qu’empirer… Les caméras de Canal + ne manquent pas une occasion de faire un close up sur les égéries L'Oréal co-producteur de la soirée... Pénélope Cruz tu es trop star et trop sexy, tu partageras ton prix avec tes copines… On s’en fout d’Hollywood et Tom Cruise, tu es trop voyante, allez basta… Et par là-même occasion toi aussi Almodovar, tu vois nous ne t’avons pas oublié mais pas de palme pour toi, un prix pour 6 actrices quand tu en as réellement sublimé une seule, et un second prix de consolation pour le scénario, que croyais-tu Pedro que tu aurais la Palme, non trop voyant, trop populaire… Rien pour Moretti alors que pour le coup il aurait vraiment mérité le prix du scénario, tant celui du Caiman est bien écrit, intelligent, décalé et original... Rien pour Sofia sauf deux specateurs payants supplémentaires puisque Pretty man et moi sommes revenus voir le film une deuxième fois et que la salle encore une fois était pleine...
12:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
28.05.2006
Marie-Antoinette...
Louis XIV craignait tellement une nouvelle Fronde qu’il inventa la mode. Son premier geste de roi fût de convoquer au Louvre le tailleur de la cour, il dit oui à chaque ruban, chaque longueur supplémentaire de tissu ou de dentelle, chaque nœud, chaque fanfreluche… Il surchargea l’habit jusqu’au ridicule et lança une mode que la cour suivrait puisqu’ainsi font les cours… Un faste qui assècherait la bourse de chaque gentilhomme et l’attacherait à son roi… La noblesse se flatterait d’appartenir à la plus prestigieuse des cours, le commerce fleurirait et la bourgeoisie toute occupée à faire des affaires ne songerait point à fomenter quelques révoltes… et le monde entier verrait à quel point il fallait compter avec le Royaume de France…
Et c’est ainsi que Louis XIV inventa une marque, la France, un packaging Versailles et toute une gamme associée avec une égérie, sa majesté solaire.
C’est l’histoire que racontait Roberto Rossellini et Jean Gruault dans La Prise de Pouvoir par Louis XIV. Quelques décennies plus tard, une jeune américaine, meilleure amie de Marc Jacobs, et ex-stagiaire chez Chanel s’intéressera au destin de la petite fille par alliance de l’inventeur du marketing… S’intéressant au grand-père, Roberto avait fait du théâtre, s’intéressant à la jeune princesse Sofia fera de la photo, de la peinture et du cinéma… Et comme le cinéma s’il est un art est bien souvent la somme des autres, l’on y trouvera rien à redire, enfin moi…
Une calèche lancée à vive allure dans une forêt brumeuse. À l’intérieur trois adolescentes, une princesse d’Autriche et ses demoiselles d’honneur. La princesse, blonde, une quinzaine d’années montre à ses amis un petit portrait, une miniature sur laquelle figure un jeune homme fade et sans attrait, son fiancé : he is handsome, isn't he ? Les filles gloussent, et chuchotent… Comme dans La Boum…
Cela devait être quelque chose, même pour une princesse d’Autriche que de devenir reine à Versailles. Eprouvait-elle Marie-Antoinette la même fascination, le même attrait que cette princesse d’Hollywood qui avoue filmer des macarons parce qu’elle est une américaine à Paris qui prend son petit déj’ au Flore et son thé chez Ladurée, une enfant gâtée qui s'éclate dans un Versailles en vraie où elle fait du cinéma et gamine rieuse laisse entrer dans le champ une Converse détonnante... Une Converse ? à Versailles Madame… C'est l'histoire d'une petite fille dans un monde d’adulte et il se trouve qu'elle est princesse... C'est une enfant perdue qui cherche un sens à sa vie, une petite fille lasse d’être triste qui s’énivre de champagne, de rencontres et de party… Tokyo Hyatt Hotel, Versailles et le Petit Trianon… Whisky & champagne, karaoke & macarons Ladurée, une star has been, un dauphin sans avenir et une jeune femme au regard un peu vide… C’est le même film, et c’est un peu plus extrème le luxe tapageur de Versailles crie un mode de vie, des privilèges, un ennui que le Hyatt Tokioïte se contentaient de chuchoter…
J’avais adoré la Marie-Antoinette de Zweig… La justesse psychologique du personnage… Je m’étais retrouvée dans cette adolescente… Et j’avais souffert avec cette reine que l’on allait faucher en pleine jeunesse parce qu’elle n’avait pas su assez tôt, quel était le jeu, l’enjeu… Est-on allée trop loin ? Y avait-il une autre solution ? Pouvait-on abolir les privilèges et le régime sans couper la tête de la reine et du roi… Je ne sais pas trop quoi répondre à cette question et je m’en fous un peu moi j’aime la République et Marie-Antoinette… Et l’Histoire, la Coppola a la grâce, l’intelligence, le tact de s’en fiche comme de sa première paire de Birkenstork… Marie-Antoinette quitte Versailles, end of the story…Dommage pour Alain Delon qui a manqué une chance de faire une dernière fois du cinéma...
18:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
26.05.2006
L'ennui...
Enfant je m’ennuyais souvent… Je passais des heures à habiller et déshabiller chacune de mes Barbie, sans leur inventer aucune histoire, aucune vie… Ou bien alors je commençais des bouquins l’un après l’autre sans en finir aucun, tout occupée à décider lequel je lirais lorsqu’il serait temps de faire quelque chose… Ou bien encore je dessinais… Je m’appliquais à tracer sur une feuille Canson les contours soignés de quelques idéales, au feutre toujours, et en prenant un soin lascif à choisir chaque couleur… Et puis je me trompais, et puis je recommençais… Ce rose ou bien celui-ci, et pourquoi pas un turquoise, ou bien ce vert ou encore ce rouge et puis ce marron… Je prenais un grand soin à choisir les habits de ces filles au corps de rêve que je dessinais c’est qu’à cette époque je voulais être styliste comme Stéphanie de Monaco c’était l’époque où elle travaillait chez Dior aux côtés de Marc Bohan – ça y est, c’est dit, j’ai fait mon coming out…
Je me souviens aussi de ces après-midi entiers que l’on passait à se demander à quoi l’on allait bien pouvoir jouer, en dissertant à n’en plus finir sur notre ennui… Les adultes toujours cherchaient à nous occuper mais moi en fait ça ne m’ennuyait pas l’ennui, j’aimais ça, peut-être parce que je devinais que cela n’allait pas durer…
Aujourd’hui, je ne m’ennuie plus, je n’en ai pas le temps… Les adultes toujours sont occupés, la plupart du temps à résoudre des problèmes de survie… Faire, profiter, optimiser, découvrir… Voilà à quoi nous en sommes réduits… Alors que si j’étais née riche… J’aurais su tellement l’aimer cet ennui… J’ai presque oublié ce que c’était mais je sais que j’aimais ça et hier au soir comme il y a deux ans, comme il y a quatre ans j’ai retrouvé cette sensation à la fois familière et lointaine, comme une petite madeleine, un souvenir doux… Je ne saurais guère écrire plus long sur l’ennui que j’ai perdu de vu, mais Sofia elle le filme et le raconte à merveille…
Et bien oui moi j’ai aimé Marie-Antoinette…
21:41 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
24.05.2006
Le Caïman : Lost cinema paradisio...
C’est un film sur la nostalgie, un film qui parle d’un monde qui n’existe plus, un cinema paradisio, en quelque sorte. Pourtant quelqu’un m’a dit… que Moretti avait fait un film sur Berlusconi… Je me souviens d’Anita Ekberg se trémoussant sur la passerelle d’un avion pour offrir son plus beau profil aux paparazzi… Je me souviens d’un champ contre champ et d’un regard qui tue, d’un air d’harmonica qui ne vous lâche plus… Je me souviens de Marcello Mastroianni et de Sofia Loren, des draps, des chemises du petit, des chaussettes et des caleçons du mari, d’un toit sur une terrasse… Je me souviens de Monica Vitti, d’Anna Magnani, de Vittorio Gassman, je me souviens de Rocco et ses frères, de presque tous les Visconti, de presque tous les Fellini, je me souviens que Nous nous sommes tant aimés…
Silvio Orlando enfin Bruno Bonomo, c’est un producteur à l’ancienne, un Rassam du trash, un joueur de poker qui tente de se refaire en montant un projet pharaonique sur Colomb avec les recettes cheap qui ont fait son succés il y a 20 ans- trente ans. Son réalisateur le lâche, sa femme est en train de le quitter, son fils est nul au foot, il est en pleine débâcle… Quelques projecteurs se sont éteints et il n’y a plus d’argent pour changer les ampoules, les quelques lumières qui restent allumés ont du mal à cacher la misère, les feuilles de décor ont vieilli, il n’y a plus rien derrière, c’est Cinecitta, c’est juste une illusion… L’illusion d’avoir encore un studio, de faire encore des films, d’avoir une femme, des enfants, une maison… C’est alors qu’il croise la route d’une jeune auteur qui s’étant fait jeter par toutes les sociétés de production lui confie un scénario… Son réalisateur l’a lâché, il est parti monter son film avec le fils di Laurentis et l’argent du club de foot de Naples, il a rendez-vous l’après-midi à la Rai, il parcourt le scénario en diagonale, un hélicoptère, des voitures, il ne s’aperçoit même pas qu’il s’agit d’un film sur Berlusconi et avec un enthousiasme de la dernière heure il part vendre à la rai un film d’action à sa sauce à lui, la sauce Mario Bava si l'on veut...
Moretti fait un film à tiroirs, absolument captivant, enfin je trouve… Il s’offre même le luxe de jouer dans le film, le rôle d’un acteur à qui l’on propose d’interprêter le personnage principal, Berlusconi donc et qui va refuser lui ce qu’il veut faire c’est une comédie, pas du cinéma politique, ça n’intéresse personne… C’est un film avec lequel on parle, on échange, un film qui interroge et répond et change de sujet et revient au point de départ, etc…
Mais on a le droit de ne pas être d’accord, aussi, d’être agacé… C’est ce que je me suis dit lorsque j’ai franchi en courant et en sens inverse les quelques trente mètres qui me séparaient du métro, lorsque j’ai redescendu en courant la salve de marche de la station Goncourt pour m’engouffrer in-extremis dans le wagon, bousculer tout le monde, et changer de wagon et sonder d’autres visages, sans y découvrir le visage aimé… Et puis finalement lui sauter dessus et le surprendre à Jourdain, sourire et repartir ensemble à Belleville pour parler d’autres choses, d’un bo-bun par exemple…
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23.05.2006
Volver
Et puis la voix d’Estrella Morente s’élève et les poings de Pénélope se serrent, et de ses mains, de ses bras elle accompagne, elle suit cette voix, et là j’ai senti mes larmes monter irrésistiblement… Le flamenco me frappe, il me saisit et me met KO, à chaque fois…
Et j’ai repensé au sourire de ma grand-mère, à cette façon qu’elle avait de dire « alors » sans prononcer le r, de telle sorte qu'elle eût pu vouloir dire « allons »… C’était sa façon à elle de vous faire taire, de tourner la page sur un passé dont elle ne voulait plus se souvenir parce qu'il fait mal… Et je ne l’ai su qu’après, plus tard, bien plus tard… Et si les morts revenaient, et si l’on pouvait se parler… Est-ce que l’on se parlerait vraiment ou bien est-ce que l’on continuerait à se taire… Et dans le genou qui dépasse des chaussettes hautes de Carmen Maura, j’ai reconnu d’autres genoux, ceux d’une sœur qui lui ressemble tant que sur son visage à peine connu de moi ce sont d’autres traits que je reconnais, une sœur encore et le temps qui file, qui passe, là bas plus vite qu’ici… Et je me suis souvenu des pipas, des tortillas, de ces petits paquets gourmands que l'on vous fourre dans les mains en vous poussant dehors, d'une main qui s'agite, qui efface votre volonté, vos protestations... Aimer en espagnol... Peut-être devrais-je aller voir là-bas de l’autre côté des Pyrénées… Peut-être devrais-je essuyer le lichen, enlever la poussière et comme ses femmes de la Mancha astiquer, faire briller ce marbre jusqu’à ce qu’il ne cache plus rien…
Y viva Almodovar, l’Espagne me saisit, me brûle, m’émeut, me touche, me met KO presqu’à chaque fois, et lui toujours, je crois…
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16.05.2006
Souvenir de shooting...
Sous la verrière, on s’agite et s’affaire… C’est ici que dans quelques heures se déroulera le show. Je me réfugie backstage. Il est quatorze heures à peine, l’heure où l’on ouvre les vanity et où l’on sort de leurs étuis de papier les petits pots, les tubes, les fards, les ombres… Des beaux garçons tout de noir vêtus avec des cheveux en pétard étalent sur les tables, les fers à boucler, les fers à lisser, les pinces à céramiques, les pinces à onduler, les épingles, les peignes, les brosses, les extensions, les longues crinières…
Je rejoins mon groupe de metteurs en images autour du buffet Ladurée et Hermé au moment même où l’un des filmeurs gourmands en est écarté par un serveur en livrée Potel et Chabot. Le buffet est réservé aux modèles : à mon avis, ils le rendent après. Les garçons s’ennuient et j’invite l’un d’entre eux à filmer des petits pots encore et encore. Les capteurs d’image pensent rarement aux monteurs, ils ont souvent l’impression qu’on leur fait perdre leur temps à filmer des plans de coupe alors que sur ce genre de films à raison d’un plan toutes les secondes et demi, et parfois deux à trois plans en multicouches, rien n’est potentiellement inutilisable.
Alors que nous couvrons les petits pots, moi avec un intérêt réel et curieux et mon camarade en chouinant, nous voyons arriver une fille pas très grande, très mince aux longs cheveux bruns. Hello hello… how are you… and you, etc… Jean slim noir, marinière rouge, pile dans la tendance, c’est une fille qui a tout bon, dirait-on… Elle embrasse toute l’équipe et se laisse aller entre les mains des garçons qui s’affairent autour d’une crinière jolie et quelconque qui peu à peu prend vie et s’anime. Grognon continue à filmer les petits pots sans plus s’intéresser au modèle… Je jette un œil à mon programme, juste pour checker que nous ne sommes pas en train de louper un événement quelconque et laisser faire mon cadreur qui ne souhaite pas filmer chaque fille en train de se faire coiffer… Quatorze heures trente arrivée de Daria, c’est écrit là sur le papier… Et oui ce faux air d’étudiante aux Beaux Arts, un peu bab que j’ai scruté sous toutes les coutures cette semaine au montage, comment a-t’il pu m’échapper… Grognon bouge tes fesses, je vais te chercher un copain c’est elle c’est l’égérie… Bientôt deux caméras viennent couvrir le coiffé – décoiffé de la brune, l’ondulation lisse et savante.
Un grain de peau absolument parfait, un nez un peu trop ci ou pas assez ça… Elle a pas de fesse dit l’un des garçons, elle est chem’ dit l’assistant… Je laisse médire les langues de p. évidemment mes copines et moi on serait tombé d’accord pour lui trouver des mensurations parfaites, du reste trouver qu’une fille assise n’a pas de fesse, non mais franchement, les mecs avec les filles c’est redoutable !
Je regarde les coiffeurs qui s’affairent autour d’elle, puis vient le tour de la make up artistry, la fameuse Gucci Westman dont parlent les magazines… Petit à petit au dessus du jean et de la marinière de l’étudiante se dessine le visage Hypnotique de l’égérie Lancome. C’est ça un top, the girl next door, une fille aux traits un peu quelconque avec juste un truc un peu trop ci, pas assez ça… De l’argile, de la glaise, une peau qui prend bien la lumière, Pygmalion hair designer, Pygmalion make up artist, Pygmalion fashion photographer et une égérie, une icône. Gucci modèle, sculpte, dessine et Daria prend vie, s’anime, je la reconnais à présent c’est elle la fille dont la photo s’étale dans les vitrines Marionnaud, les magasins Sephora, sur les panneaux des abribus, dans Elle, Vogue, Cosmo… Elle se lève et s’en va alors qu’autour de nous s’installent les Barbies, les filles pour les shampoings, sèche-cheveux en main, Ken et Big Jim brossent, lissent, et bouclent un peu plus loin Gucci métamorphose une adolescente amorphe en créature de podium tout en coachant sa make up artistry, j’ai un mini macaron dans la bouche, une coupe de mumm dans les mains, je prends un cours de maquillage, oui je sais, j'ai un boulot trop pénible...
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10.05.2006
Seuls à deux, un autre dimanche...
Simone de Beauvoir évoquant Sartre et leurs petits arrangements avaient appelé ça "les amours contingentes" et "les amours nécessaires". Je suis la personne la plus importante au monde ; il est un individu entier libre et chéri. Comment pourrais-je exiger de lui l’exclusiveté de ses orgasmes… Je suis tombée en amour parce que sa liberté, son charme, son égoïsme, son non-conformisme, sa beauté, sa crazyness, sa classe… Ma tristesse, ma rage ne me font pas perdre toute raison et tout sens esthètique, je ne veux pas qu’il soit ma chose, qu’il mette un jogging et des baskets pour m’accompagner dans mes courses ou pire pour m’attendre à la maison devant la télé, simplement pour que je sois rassurée, pour que je sache où il est… Beauvoir avait souffert, pleuré, serré les lèvres et les poings, fait front aux humiliations et puis il y avait eu Nelson Algren et d’autres et d'autres... Ils avaient signé un pacte d’amour, ils avaient décidé d’être seuls à deux. Ce n’est pas la façon la plus facile d’être ensemble, la plus évidente et c’est à la fois tellement honnête.
Cette semaine offrait un second dimanche. De Belleville au bar de la Tour Eiffel, il suffit parfois de déplacer légèrement son point de vue pour apprécier la situation sous un autre angle. Nous nous sommes ennivrés d’un vin israélien. Nous nous sommes laissés attendrir par une petite souris sous coke qui explorait le Flore au vu et au su de tous en narguant les serveurs. Elle était touriste et curieuse comme nous, elle était insaisissable et nous ne l'étions point, nous avons tant de fois ce lundi laissé se refermer sur nous l'obturateur du Nikon, capté un sourire, un songe, une ombre de tristesse et un éclat de rire. « J’en ai bavé par/s vous » et pourtant… Je ne suis pas une petite bourgeoise, mesquine et commune, je n’ai d’autres choix qu’accepter ou partir et je reste pour quelques jours encore, serais-je assez belle, assez grande pour ça…
08:36 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
08.05.2006
L’amour, c’est up and down
Ce sont des chagrins plus violents et des émotions plus intenses. Elle était en colère surtout, elle avait pensé à chaque mot qu’elle dirait, elle le voulait froid, très froid et tranchant comme la lame. Mais lorsqu’elle a posé son sac doré sur la banquette du Flore et qu’il a levé un visage contrit, tiré, fatigué vers elle, elle s’est mise à pleurer… Fuck c’est ce film Bollywood qu’elle est allée voir à la séance de douze heures qui lui a fait ça, qui l’a mise dans cet état là de guimauve molle, et d’amour qui dégouline, elle pense à Lassie, elle est triste… Et maintenant, voilà que face à lui elle craque, et toutes ces larmes… Il lui a dit qu’il avait fini très tard et qu’il avait fini la nuit au Ritz, avec le photographe… Il lui avait ramené des petits présents, de ces petits objets que l'on vous donne dans les hôtels, elle les a repoussé… Elle n’en revenait pas… Elle connaissait chaque réplique de la conversation qu’ils étaient en train d’avoir, c’était la même que le mois d’avant, et la même que l’été dernier aussi… À un moment, elle a jeté un billet sur la table et elle voulait partir mais elle n’avait pas le change, ce fucking serveur ne venait pas ; elle était trop fauchée pour laisser derrière elle toute cette monnaie, et puis elle espérait, elle espérait qu’ils parleraient… Elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit, elle avait dormi à peine, il y avait tous ces échanges qui lui revenaient par bribes…Elle devait bien l'admettre, elle était triste aussi... Il n’avait pas dormi lui non plus, ils allaient droit au mur… Ils ont changé d’endroit parce que ces larmes avaient séché et qu’elle assumait peu ce visage ravagé, et ces regards sur elle… Elle savait qu’intellectuellement sa position était intenable qui était-elle pour vouloir le changer, pourquoi vouloir transformer précisément ce que l’on a aimé, ce qui vous a séduite… Elle ne parvenait pas à oublier cet abîme entre eux… Elle aurait simplement voulu qu'ils veuillent la même chose... Elle lorsqu’elle dit "je pense à toi" cela veut dire "je pense à toi tout le temps", et elle ne le lui dit pas souvent… Lui, il lui dit tout le temps " ti penso", probablement parce que cela lui arrive très souvent de penser à elle, une heure ou deux ou plus… Il a glissé dans son sac les trois petits boîtiers du Ritz qu’elle avait glissé dans sa main à lui dédaigneuse… Elle ne savait pas trop ce qu’elle voulait, elle ne voulait ni le quitter, ni céder… Elle a fait mine d’accepter de transporter les boîtes parce qu’elle avait un sac et pas lui… Elle finirait probablement par le remercier plus tard, elle a toujours aimé ça les petits objets que l’on vous donne dans les hôtels, une crème, une cousette, une boite de coton, le petit nécessaire pour une nuit sans bagage, pour une parenthèse… Et puis elle l’aime lui, même si ça la rend folle… Elle ne savait pas ce qu'elle voulait, elle n'avait pas décidé, rester et accepter ou bien partir... Alors elle n'a pas dit "merci", elle a accepté d'aller grignotter un bout, elle a décidé que "que sera sera..." Elle a transporté les petits boîtiers dans son sac comme s'ils n'étaient pas les siens à elle mais encore les siens à lui, plus tard elle les lui rendrait ou bien plus tard elle dirait merci, elle verrait, elle n'avait aucune envie de se prendre la tête, encore...

