26.02.2006

Et le vainqueur est...

 La cérémonie avait débuté en retard. Auparavant il avait fallu exclure quelques pauvres. Les caméras de Jérome Revon placées à l’intérieur de la salle s’allumaient enfin : robes longues, smoking, tapis rouge ce soir Hollywood sur Seine se la pète Hollywood. On a écrit pour Valérie un texte qu’elle a répété soigneusement toute la semaine. Ce texte qui devrait être le fil conducteur hilarant de la soirée met en scène Valérie, maîtresse de cérémonie, Maman pour un soir de la grande famille du cinéma. Et dès les premiers mots, on se dit qu’elle va ramer….


Engoncés dans leurs plus beaux habits – sauf Judith Godrech qui a préféré revêtir une nappe – les chatons et les petits cœurs sont partagés : il y a ceux qui vivent la soirée de leur vie ou qui doivent intervenir et que ce retard contrarie, il ajoute à leur stress et/ou gâche un peu le plaisir de la fête ; il y a ceux qui s’ennuient comme chaque année, et il y a ceux qui ont reconnu parmi les pauvres et les exclus quelques visages, celui de cet assistant avec qui ils avaient bossé sur le film de truc, ou encore machin qui faisait la photo sur le film d’Isabelle, ou bien bidule qui n’a pas fait toutes ces heures cette année, un bon monteur pourtant…

Pourquoi s’obstine-t’elle, pourquoi se raccroche-t-elle à ce texte qui raisonne étrangement et tombe à plat… Mes chatons, mes petits cœurs, je suis votre maman, etc… La soirée a un goût bizarre, quelle est cette famille qui étale là bien malgré elle son cynisme, son hypocrisie, sa superficialité. Au cas où, on avait commandé aux équipes de Renaud le Van Kim, des petits sujets, des images sur lesquelles Laurent Veil pourrait s’appuyer pour meubler, occuper le temps d’antenne pendant que l’on jetterait dehors ce cousin qui ne sait pas se tenir, ou cette sœur mal habillée. De Lemercier, on eut pu attendre, quelques mots, une sortie intelligente, humaine, drôle, bien troussée quelques mots pour rappeler que la création en France vit de subventions et pâtira dramatiquement de la suppression de ce régime. Dans son silence, dans le silence de Carole Bouquet, de Jacques Audiard, de Pierre Richard, de Jacques Perrin, d’Antoine de Caunes, de Louis Garrel, de Chiara Mastroianni, de  Linh Dan Phan, de Radu Mihaileanu, etc. il y a un vide, un abîme, il y a la peur ou l’indifférence ou l’égocentrisme. Comme si la galère, le manque de travail, le manque d’heures, le manque d’argent, c’était contagieux, comme si ça pouvait s’attraper. Heureusement il y a un ingénieur du son et une monteuse et, heureusement, il y a Nathalie Baye.

Je suis sûre que ceux qui ont manifesté hier soir au Théâtre du Châtelet avait un goût amer dans la bouche de s’être vu comme ça, interdits de parole, réduits à quelques cris, un brouhaha hors du théâtre, et à quelques silhouettes, quelques ombres sur une scène filmée de loin et de l’extérieur. Et pourtant, au final, le grand vainqueur de la soirée c’est peut-être la coordination des Chomeurs et précaires d’Ile de France. Le gouvernement, Canal+, l’Académie des Césars, ne sortiront pas grandis de cette mise au banc et de ce silence.  Cette tata fofolle et coincée accrochée à un texte mal écrit, cette artiste indifférente, agacée par les interruptions de cette dame au fond de la salle qui semblait avoir oublié que le spectacle continue, racontait mieux qu’aucun d’eux ne l’aurait fait le miroir aux alouettes, la poudre aux yeux, le n’importe quoi d'un système qui a vécu et se meurt. Les intermittents que l’on a fait taire ont marqué un point. Eux dont la virulence d’expression tue souvent la justesse du raisonnement ont été réduits au silence et c’est intolérable et ça les rend très sympathiques.

24.02.2006

Mon jean ne m'aime plus...

Mon jean ne veut plus me voir. Il ne me supporte plus. Ce n’est pas compliqué, il a rétréci d’un coup lorsque j’ai essayé de l’enfiler et refuser, je dis bien refuser d’entrer en contact avec toute partie de mon corps situé à hauteur de mes mi-cuisses et au-delà. Il s’est bloqué d’un coup comme ça, comme un petit enfant ou un animal récalcitrant et avec la même hargne, la même innocente cruauté. Salaud, tu vas voir le jour où j’entrerai à nouveau dans un 27, avec quel plaisir, je te jetterai au feu, pantalon de malheur…


Le pire… le pire c’est que je soupçonne cet ingrat d’avoir dit un truc au restant de ma garde-robe. J’ai évité deux ou trois pantalon-jolis comme lui que je voyais tout le temps il y a encore deux mois seulement… Je savais, j’étais sûre qu’ils se seraient passés le mot. À quoi bon se faire mal en constatant l’étendue de ce désamour…


Pour voir, et pour me rassurer aussi sur mon potentiel de séduction, un peu quelque part, aussi il faut dire ce qui est… J’ai essayé deux ou trois relous, des qui me rappellent de mauvais souvenirs mais qui peuvent toujours servir et sauver des coups quand même. Eux ne m’ont pas repoussé, quand même pas, mais leur façon de se coller à moi et me serrer de près comme ça… Serait-ce moi qui prend autant de place entre ces bouts de tissus… Pffff…


Pour l’instant mon treillis de velours chocolat reste avec moi. Il se rapproche dangereusement de moi… À moins que ce ne soit moi qui me raccroche à lui, et le colle. Ok ! j’avoue je ne le quitte plus, je le lave le soir,je le suspend amoureusement au-dessus du radiateur à-donf’ que je laisse brûler toute la nuit rien que pour lui… Je déborde, je déborde, je le colle quoi… De près et d’un peu trop près même… Il faut que je me ressaisise vite. C’est du velours côtelé, chouchou, il est fait pour l’indépendance, limite il vit sa vie et moi la mienne, c’est un intello, faut pas qu’on soit collé comme ça ça ne nous réussit pas, ni à lui, ni à moi, si ça continue on va se fâcher, ça va craquer…


Déjà moi je commence à lui trouver moins de charme, à moins que ce ne soit mes joues… Mes joues me font une sale tête de toutes façons... ça ne me va pas les joues... Mais c’est sûr encore une tranche de pain d’épice ou un carré de chocolat et lui aussi il va me quitter… Et moi je vais pleurer, alors que pour l’instant moi le treillis, je m'en fous, moi c’est mon jean que j’aime. Mon jean qui m'aime qu'en 29... Mais moi aussi, enfin un peu plus...

22.02.2006

Hyper-excitée et sans raison aucune...

Estoy muy contento porque desde hace 5 dias he vuelto a empezar mis lecciones de espanol. Y por escribir eso me necesito utilisar mi Claro, assimil y systran… Si bueno pero esta bien hay que continuar…

Si vous avez parmi vos amis, ou relations, un argentin beau, brun, intelligent et riche... Danseur de tango ou gaucho, de préférence célibataire qui vient d’arriver à Paris et serait intéresser pour échanger conversation en langue espagnole contre leçon de français, donnez-lui l’adresse de ce blog, merci.

J’ai également entrepris d’explorer l’univers photoshop facile.

Vous êtes graphiste, talentueux, la trentaine, vous maîtrisez parfaitement les outils de la PAO, vous avez du temps libre et envie de le partager… Vous avez un talent fou : contactez-moi…

Je sais faire un pain d’épice de folie. J’ai découvert une nouvelle recette. Mmm… à mourir et encore, il paraît que c’est seulement au troisième jour que mon pain d’épices atteint sa plénitude et là je dois dire que déjà à J + 1, c’est à se taper les fesses par terre… Et c'est inutile de me demander la recette sauf si vous êtes argentin, danseur de tango ou graphiste.

Verdad ? Claro que si… Como no !

Après avoir papo-thé et dégusté un délicieux macaron avec une nouvelle blogueuse dans un salon de thé chinois-chic du sixième arrondissement. J’ai pris contact avec des sociétés de production canadienne pour leur proposer un sujet de documentaire et à J + 1 c’est à dire avec le décalage horaire moins d’un jour ouvrable, 35% de ces sociétés ont pris la peine de répondre pour en savoir plus. À J + 3 mois 0,5% des sociétés de production française ont pris la peine de téléphoner, mailer, écrire… Les autres auront préféré envoyer un pigeon voyageur, mais ce don juan a croisé une pigeonne sur sa route et à ce jour, je reste sans nouvelle de Glurb…

Jusqu’ici tout va bien… Jusqu’ici tout va bien…

21.02.2006

Chronologie d'une pulsion

Ce soir à 21h55, je fermais la fenêtre Air France et j’ouvrais les pages jaunes pour rechercher le numéro du siège social à Roissy et là, tout d’un coup, je me suis dit : tiens j’ai envie de faire un gâteau au yaourt…

 
J’ai secoué la tête, me moquant de moi-même et des idées saugrenues qui me traversent parfois. J’ai relevé le numéro du siège social d’Air France, je les contacterai demain pour avoir les coordonnées du service audiovisuel à qui j’expliquerai que je veux bien être payée en billets d’avion.

 
Et je cherchais quelle grande entreprise française pouvait bien disposer d’un service audiovisuel, mais ni le site de la SNCF, ni le site de Dassault ne parvinrent à éloigner de moi ces envies de cannelle, de farine, d’œuf et de yaourt…

 

À 22h15, la vision d’une bouteille d’Evian sur la page d’accueil d’un célébre groupe alimentaire fit naître en mon esprit l’image d’un bol en inox à l’intérieur duquel ma spatule gourmande noue et lie et mêle un pot de yaourt, deux pots de farine, un pot de sucre et deux œufs…

 

À 22h17, j’étais en cuisine. Je sortais un yaourt, deux œufs, la cassonnade, un bol en inox, et la farine…

 

À 22h19, j’avais trouvé le trick le yaourt me ferait oublier l’envie du gâteau ; je dois avoir une petite faim, c’est tout.

 

À 22h25,  je me demandais toujours où pouvait bien se trouver le siège social de Danone… J'avais le souvenir vague d’un contact ancien, c’était en dehors de Paris, mais où... En Normandie peut-être… L'évocation de la Normandie et de ses vaches fît naître en moi, une irrésistible envie de pomme. Un gâteau au yaourt avec des pommes fondantes, un soupçon de cannelle, mmm... et quelques raisins secs et blonds… un soupçon de vanille...

 

22h29 Je n’ai plus de pomme, il pleut, le monde est injuste, je veux mourir.
Puisque l'on est lundi, mon bien aimé Mr Côte d'Or lait noisette, le gentil Rebeu a fermé sa boutique, aujourd'hui il est allé s'approvisionner chez Métro. L'autre est ouvert, l'autre c'est celui que je n'aime pas ; affronter la pluie, soutenir son regard lubrique et, en  plus, en plus, faire un détour d'une centaine de mètres pour prendre de l'argent au distributeur, beaucoup d'efforts pour acheter des Royal Gala et fabriquer un gâteau au yaourt.

 

22h41 Les blonds raisins de Corynthe vont m'aider.

Je dois pouvoir arrêter, j'ai même pas commencé... je dois pouvoir m'en passer.

 

22h43 Je ne peux tout de même pas avoir comme pulsion de fabriquer des gâteaux, maintenant !

J'ai bronzage et maillot de bain dans cinq mois.

Le spécial maigrir doit sortir dans onze semaines.

Mon jean me hait. 

Mélanger la farine... Pff... Qui plus est un gâteau même pas valorisant, pas un épate-tes amis, non un gâteau idiot, que saurait fabriquer un gamin de 3 ans et que je mangerais seule comme une pauvre fille quand le gamin de trois ans lui aurait eu un chœur parental pour se féliciter des talents du bibou, voire prendre une photo pour immortaliser les premières créations de Pierre Hermé avec ses Diddles !

 

22h51 Une dizaine de grains de raisins plus tard, l’envie de confectionner un gâteau aux pommes, aux raisins et à la cannelle n’est pas passée...

Pire elle est à présent totalement obsédante. La pluie, la nuit, le froid le regard du satyre au bonnet de schtroumph,  m’ont amené à renoncer aux pommes, et je n'ai même plus de raisin, d'ailleurs je n'ai plus toute ma raison... J'ai un yaourt, la farine, les oeufs et toutes sortes de sucre et mon joli bol en inox… Je peux le faire...

 

23h03 Je remplaçais l’huile de tournesol par une huile d’olive très parfumée… Et un doigt gourmand dans la pâte crémeuse me fit songer que c'était une fantaisie judicieuse… Afin de ne pas casser le parfum de l’huile d’olive, je décidais de remplacer la cassonnade par le sucre semoule.   Un autre doigt gourmand, et puis un autre encore, assurément, la simplicité ravirait mes papilles gourmandes… Mais la louve en moi avait envie de s’amuser et je ne résistais pas à une fantaisie épicée… Une, deux, et trois… écorces d’orange, quelques clous de girofle, une poussière de cannelle, une étoile de badiane, quelques grains de coriandre, un grain de poivre noir, une gousse de cardamome, et une gousse de vanille…

 

1h33 Il faudrait remplacer l'écorce d'orange par un zeste, et peut-être ajouter quelques zestes de citron... La vanille serait plus présente et son parfum envoûtant se mêlerait à celui plus subtil de quelques feuilles de basilics... une touche de poivre de Setchuan, quelques graines de coriandre, une étoile de badiane...  J'ai dix idées, et même douze pour améliorer ma recette, le truc c'est que à votre avis qu'est-ce qui peut bien pousser une jeune femme de trente et un an à fabriquer des gâteaux au yaourt ?

18.02.2006

Les amours impossibles et les amours limités...

J’évoquais dans la note précédente l’aubaine dramatique que représente pour un auteur, l’interdit, le poids du regard des autres. Les personnages ont un problème, ils doivent faire face et résoudre un conflit et cela nous tiendra à peu près une heure trente… D’une certaine manière, les sociétés les plus puritaines, les plus figés offrent donc un potentiel créatif plus fort. Et paradoxalement, les sociétés les plus ouvertes doivent faire face à une crise du scénario. Et je sous-entendais presque que l’amour impossible n’existait plus dans nos sociétés.


Et puis hier, j’avais casé dans mon planning de fille overbookée une séance ciné à 11h00. Et je suis allée voir Petite confidence à ma psy où la sublime Uma Thurman, 37 ans et fraîchement divorcée s’éprend d’un jeune homme de 23 ans qui craque complètement pour elle. Problème, la différence d’âge entre eux, 14 ans : son horloge biologique à elle fait tic tac, il doit montrer sa carte d’identité au drugstore pour acheter de l’alcool. Elle réussit professionnellement, elle habite un wonderful appartement sur la Cinquième Avenue, il squatte son canapé, mets le souk dans son sweat home et passe des heures sur sa Nintendo. Je connais des mecs de trente-sept ans qui font ça aussi, mais Urma Thurman ne semble pas avoir ce problème. Bref ils s’aiment et ils se quittent car ils ne peuvent rien attendre de cette histoire. Dans trois ans, je m’apprêterai à fêter mes trente-cinq ans et lui il aura l’âge que mon père a aujourd’hui ; lorsque je suis née, il avait déjà vingt-sept ans. Flippant. J’aurais probablement pris mes jambes à mon cou si j’avais su au tout début mais comme je savais un peu et que je ne voulais pas savoir plus de crainte que ça ne finisse, l’histoire s’est installée tout doucement. Si bien que lorsque j’ai enfin su,  je me suis dit puisqu’il n’y a rien à attendre de cette histoire alors vivons-là, en attendant.

C’est un tête à tête, un fauteuil pour deux, pas d’ami commun, ni vacances, ni samedi Ikea mais des petits restos, des calins, des soirées à l’opéra, des cinés, des expos, de longues discussions, deux peintures et quelques dessins, quelques pages noircies de mon écriture. J’ai raconté notre histoire à qui pouvaient l’entendre et lui aussi. Je me sens un peu schizophrène parfois, célibataire pour quelques uns, en couple, pour d’autres, alors que je me sens moi un peu entre les deux. Cela aurait pu être un amour impossible, c’est un amour limité et une jolie histoire quand même.



 

17.02.2006

Marok

Sur le tapis roulant qui relie Châtelet aux Halles, j’ai croisé une jeune femme avec une Burkha, j’ai détourné les yeux pour fusiller du regard l’époux total Nike qui l’accompagnait… Dans une salle obscure au Forum des Halles, j’ai retrouvé trois copines sur le toit d’une maison qui révisaient le bac en feuilletant 20ans. Leïla Marrakchi  (c’est probablement un pseudonyme) filme le Marok, son Maroc.

 

Scène 1, extérieur parking nuit, un couple se roule des pelles à l’avant d’une voiture, un policier les interrompt. Une dispute éclate entre le garçon et la jeune fille (Lala Rita), lui cherche à régler le problème en glissant un billet, elle refuse la compromission, elle crie haut et fort son droit à la liberté.

Scène 2 intérieur boîte de nuit, une fille ivre vomit dans les toilettes. Lala Rita croise pour la première fois le regard de Youri, coup de love, mais Youri est Feuj’ : amour impossible.

Scène 3 extérieur toit terrasse, Lala Rita à ses copines : « Tope-là je te parie que je sors avec Youri avant la fin du Ramadan ».

 

J’ai vu des copines d’école porter le voile que leurs mères avaient abandonné… Et j’ai trouvé dommage de cacher ces cheveux si noirs et si beaux, ces lèvres souvent pulpeuses et ces joues fraîches… Dommage de renoncer à aller vers l’autre, à lire, à courir, à travailler, à avoir des ennuis, des petits soucis et des emmerdes… Dommage de mettre un voile entre soi et la vie, et de s’interdire la liberté, la vie… Alors ça me fait plaisir de voir cette Sarah Forestier rebeu avec ses converses, ses bustiers en cuir, ses 501 et ses histoires de garçons.

 

Et puis comme moi aussi j’essaie de raconter des histoires, j’ai envié cette Leïla Marrakchi qui a cette aubaine de filmer un pays où pour raconter un amour impossible il n’ait nul besoin de louer des jupons, des dentelles, des corsets et des crinolines. L’interdit, le poids des traditions, l’obscurantisme, un amour impossible quelle toile de fond accablante et quel beau ressort dramatique. Ainsi Juliette est arabe et Roméo est juif, et Juliette a « la Fureur de vivre » alors que Roméo trace « de prisa de prisa » au volant de son Boeing-bolide qui vole au-dessus des lois… et l’on sait déjà que ça finira mal tout ça. Elle a de la chance Leïla Marrakchi parce que dans son monde les personnages ont des préoccupations et des problèmes, des droits et des passe-temps qui sont finalement pas si éloigné des problèmes et des angoisses, des névroses collectives des héros de Nicolas Ray ou Shakespeare. Et elle nous fait « La Fureur de Vivre » version sud, rien de nouveau sous le soleil et c’est bien que ça existe et si ça ne raconte qu’un tout petit monde un micro-monde, et bien ça a le mérite de le raconter bien, c’est juste, juste pile dans son époque.

Et puis moi ça m'aurait bien plu un tournage à Casablanca... 

 

15.02.2006

De l'intérêt d'un agenda...

Sur un ciel bleu nuit, les noms des acteurs s’inscrivent en caractères blancs et rouges, comme si Danièle Thompson revendiquait haut et fort cette fameuse qualité-France que quelques-uns lui reprocheront sans doute. Ce matin, je suis allée au cinéma, parce que ces temps-ci j’ai tendance à oublier que le temps libre est un bien précieux… L’abondance tue tout… même les choses agréables… Brasseur revend sa prestigieuse collection d’art moderne, Véronique Genest (Lemercier) voudrait jouer chez Desplechin (Sidney Pollak), Dupontel n’en peut plus de la veste queue de pie, du public compassé et des salles combles et moi j’en ai assez d’avoir trop de temps… Tellement de temps que je finis par ne plus avoir le temps de ne rien faire et également par ne plus savoir qu’en faire…

Alors j’ai ouvert mon Filofax, et j’ai fait une to do list… 7h30 réveil, 8h00 rechercher sur internet exercice Pilates, 45 minutes de Pilates, 9h30 allo Ouda, 11h00 cinéma, déjeuner, acheter quinoa et yaourt nature, allo Stéphane, allo Zara, allo Nadège. Initiation photoshop + éventuellement, me remettre à mes leçons d’espagnol.

J’ai lu deux fois, une fois dans Marie-Claire et une fois chez Miss Clooney, un aphorisme arabe qui disait : Ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle. Et je me suis dit que deux fois dans la même journée c’était un signe. Probablement le signe que Miss Clooney lit Marie-Claire aussi… Mais c’est un peu comme avec les horoscopes, on s’en fiche de ces phrases sauf lorsque l’on a l’impression qu’elle vous parle directement à vous. Et j’ai décidé de garder le Fighting Spirit si gentiment dédicacé par Mr DFromParis

Et j’ai écrit à l’encre noire, celle qui ne s’efface pas des choses à faire dans mon Filofax. Me reprendre, me ressaisir, y croire encore. Ce n’est pas parce que tous ces producteurs ne se bousculent pas pour profiter de mon hyper-employabilité que je dois laisser tomber mes réflexes de working girl.

I-AM-GONNA-KILL BILL… enfin I hope…

13.02.2006

Petits bouts épars...

Noix de Saint-Jacques à l’huile de vanille, tatin d’endives au chêvre et au cumin, filets de rougets et fenouil en papillotes, et pour finir des poires pochées au thé chai avec un coulis de chocolat… hier soir, j’ai eu envie de faire plaisir, envie d’un peu de fantaisie, de sensualité… tu dessinais assis sur ce sofa… les mots ne sont pas venus, les gestes se sont tus… un peu comme si l’on avait tous les deux construits autour de nous un mur de Lego pour ne pas voir dehors et rien sentir et rien entendre… pour se protéger, pas de toi, pas de moi, mais de la vie, des ennuis, de demain et après-demain, des déceptions, et des soucis…

Ce matin, il est parti. J’ai refermé la porte sur lui. Et je suis restée derrière la porte un instant. Demain il sera à Napoli. Je suis une maîtresse. Une amoureuse qui fête Noël le 21 décembre, une femme qui se réjouit de débuter l’année le 9 janvier… Je suis une Valentine solitaire. Je marche en dehors des clous, juste à côté, pas par principe, pas par choix de vie, plutôt par distraction…

Pourquoi, je ne tire jamais aucune leçon des erreurs passées. C’est la réflexion que je me suis faîte  en retirant de sous le grill mon toast carbonisé comme chaque jour.

Je me suis pesée nue après avoir fait pipi, trois jours de suite, au saut du lit. Et le résultat est irréfutable : moins 800 grammes… Vive les vacances scolaires et les piscines ouvertes sans interruption de 7 heures à 17h30.

J’ai lu quelque part qu’au-delà de trente minutes de brasse d’endurance, le corps puise dans ses réserves graisseuses. À partir d’aujourd’hui, je ne me déplace plus qu’en nageant.  Il faut savoir que le nombre de calories dépensés pour avancer dans l’eau est de quatre fois supérieur à celui que l’on dépense dans le même temps en courant par exemple. Et si à la place des couloirs de bus, le maire de Paris construisait des canaux…  En effet dans l’eau, le corps doit dépenser de l’énergie pour rester à la surface et avancer, mais aussi pour se maintenir à 37° Celsius. J’ai jeté ma doudoune, ma peau de bête et ressorti mon Burberry. Alors c'est possible, je pourrais donc maigrir en mangeant de tout en toutes petites quantités…
 

11.02.2006

Toute la meilleure volonté du monde...

Un soir d’été en Provence, le vent qui jouerait dans les oliviers apporterait jusqu’à notre table les senteurs de la garrigue. On s’extasierait sur le Bandol, juste comme il faut, et on se féliciterait d’avoir choisi au marché ce matin, cet assortiment de chèvres et de brebis… Même le pain serait extraordinaire ; et on se féliciterait d’être si bon en shopping au marché… De bouteilles en bouteilles, on s’extasierait, on comparerait, on commenterait avec des mots savants même pour ce petit côte de Provence. On rirait beaucoup parce que les répliques seraient parfaites. Et à l’heure tardive où l’on dégusterait ces pêches juteuses et veloutés que l’on aurait choisi avec tant de soin ce matin… Les rires se feraient plus forts, et le vent, le vent léger qui musarderait dans les oliviers les balaierait, les effacerait, les emporterait au loin vers le mont Ventou…


Moi je serais volontiers parti en vacances avec ces copains là… Darmon, lavoine, Daroussin… Je l’avais trouvé si raffraîchissant « le cœur des Hommes » et puis Esposito, ce regard qui pétille, ces cheveux de poête, cet amour de la Provence, de la bonne bouffe, des amitiés à la vie, à la mort, et ce sens de la vanne à la Lanvin… Oui j’aurais aimé partir en vacances avec cette bande-là… et puis j’aime bien Gérard Darmon, c’est un mec facile… Le hic c’est que c’est vachement sympa tout ça mais au moment où l’on évoquerait « toute la beauté du monde », et bien… J’entends déjà les rires chuinter, et on se raclerait la gorge en cherchant ces mots et même les cigales se tairaient… alors sans doute il y aurait quelqu’un pour évoquer le mistral…

Enfin heureusement, je ne connais pas Marc Esposito donc il n’y a aucune raison pour que nous partions en vacances ensemble… Mais j’aurais dû me méfier lorsque j’ai lu cette interview de Marc Lavoine qui disait « Marc (Esposito NDLR) m’a contacté un mois seulement avant le tournage et il m’a proposé un package Zoé Félix- Bali »… Moi je dis que lorsque l’on a déjà travaillé ensemble avec bonheur et succés quelques deux années auparavant ça sent tout de même les très mauvaises raisons d’accepter un film… non ?

10.02.2006

Une histoire d'eau...

Mohamed habite un petit village quelque part au sud du Maroc. Assis à l’ombre d’un palmier dattier, il se souvient de son père, et de son grand-père qui se sont agrippés à cette terre avant lui… Il raconte son père en 1947, du temps des français, l’arrivée des premières moissonneuses batteuses et les paysans inquiets pour leur avenir… Pourtant cette année-là, la récolte avait été bonne, comme elle l’est, une année tous les cinq ans sur cette terre avare. Et alors ils ont construits une route… Et comme la récolte était bonne et les prix pas trop bas, alors tout le monde s’est empressé de vendre… Ils ont vendu tout le grain, et ce fût la famine… Quatre ans, quatre ans à contempler cette route que nul n’empruntait, cette route qui avait vu partir la dernière récolte…
Alors quelques années après déjà, quelqu’un avait parlé de racheter la terre, et son grand-père avait refusé… Mais l’acheteur ne s’était pas arrêté là, ils avaient fait le tour de toutes les petites exploitations, et quelques petits paysans avaient cédé et commencé à vendre… Et les cultures avaient changé… Tomates, salades, haricots verts, un potager breton à deux pas d’une mer de sable… Et un jour, il n’y eût plus d’eau… Mohamed était encore enfant, un tout jeune homme, mais il se souvient de ce jour...  Les riches propriétaires qui avaient assèché les puits, les oueds, et les foggaras avaient de l’argent, beaucoup d’argent et ils firent construire des puits toujours plus profonds… Mais Mohammed et son père qui n’avaient pas d’argent et pas assez de leur bras pour construire un puits pour aller chercher l’eau à quelques cent mètres de profondeur, ils n’eurent plus qu’à attendre, attendre la pluie… Il se souvient de la soif, de la mort de son père, d’Aïcha, de leurs enfants… La soif, la pluie, l’eau toujours l’eau… L’eau qu’Aïcha va chercher à des kilomètres de là, chaque jour… Et ce voisin si gros, si dégoulinant de sueur, de cette sueur de riche, et son 4X4 énorme qui fait voler le sable :  cet homme revient chaque année pour acheter la terre, et lui Mohammed il dit non comme il disait non à son père avant lui… Et le prix est toujours plus bas, et l’eau est toujours plus chère, et toujours plus rare… C’est Jean de Florette au bled… Lui il s’accroche à cette terre, cette terre qui ne lui vaut rien… Mais petit à petit les jeunes partent, ils quittent cette terre, cette fichue terre pour la ville et l’espoir d’un travail. Un à un ils sont tous partis loin de tout ce sable, de cette oasis aride, ingrate et stérile. Demain c’est Aziz son fils qui rejoindra Tanger avec toutes les économies de la famille en poche, il va les donner à un homme sur la plage par une nuit sans lune et puis cet homme il partira et un autre les amènera lui et les autres sur ce frêle esquif, la nuit…

Mais il va arrêter de goutter ce robinet ??? 

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