02.08.2007

Annette Messager est à Beaubourg


0d193c32387d51a79af1bc00fbbd856a.jpegL’art contemporain habituellement me laisse perplexe, et je ne serais probablement jamais allé voir cette rétrospective que le centre Georges Pompidou consacre au travail d’Anette Messager si le fils de mon amoureux de passage à Paris ne l’avait pas chaudement recommandé. Comme le fils de chéri n’a pas tout à fait 7 ans et un sourire édenté, parce que comme tous ceux qui créent il a forcément un point de vue sur l’art, et parce que son enthousiasme était réel, l’amoureux et moi nous sommes dit qu’il faudrait peut-être y aller faire un tour.

230f79e84a5d849d3b8348dc5a9a9b5b.jpegJe ne vous cache pas que au début de l’expo face aux petits corps emmaillotés des petits oiseaux morts alignés sur la console (Les Pensionnaires) j’ai senti mon chéri perplexe… Tout dans l’inclinaison de son visage indiquait : mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez ce garçon… et quand sa tête s’est incliné de l’autre côté, j’ai cru entendre : décidément je préfère Boticelli… les petits cadavres me laissaient perplexes aussi mais ce titre, les Pensionnaires me faisaient sourire, c’est drôle et ça interroge un peu comme lorsque l’on ficelle une fille nue comme un rôti de porc en serrant bien pour faire ressortir la chair.

fe38804d47599d9a583af2c6169604d1.jpegEt de salles en salles, on s’est laissé emporté dans cet univers à la fois pervers et ludique, enfantin et morbide… Il y a toutes ces images de corps en noir et blanc découpées, juxtaposées, accumulées, suspendues : yeux, bouches, nez, seins, vagins, sexes mous, doigts, mains, paumes de la main,pieds, orteil… Il y a tous ces jeux avec les mots, ces collections de proverbes brodés sur du coton blanc : le diamant attendrit la femme et la femme attendrit l’homme, je pense donc je suce, etc… Il y a toutes ces marionnettes, ces poupées, ces peluches désarticulées, ces créatures de chiffon qui avancent et gonflent… Ici un crabe noir et velue, tiens c’est peut-être une araignée finalement (vous voyez à quoi cela me sert d’avoir un blog, voilà pourquoi je continue) ; l’araignée donc avance et gonfle et grossit comme si elle gobait toutes crues ces poupées de chiffon, ces créatures de train fantôme suspendues à un filin et dont la vie précisément ne semble tenir qu’à un fil quand d’autres marionnettes gisent déjà au sol… Et puis il y a cette vague qui emporte tout, cette mer rouge qui gonfle et vient vers nous spectateurs sagement assis, si attentifs : oh ! regarde il y a des méduses qui gonflent et s’illuminent au sol, et puis ces trucs qui tombent, et une horloge… C’est Casino, peut-être la plus belle réalisation de cette rétrospective, la plus hypnotique au moins…

81d12a91b8d94f1c7a2266e80ce79c09.jpegFilez voir la rétrospective Annette Messager à Beaubourg, surtout si à priori l’air contemporain vous laisse perplexe…

Nb : l’art contemporain bien sûr c’est un lapsus mais je le laisse parce qu’il est joli

29.07.2007

Weegee, au musée Maillol

33d63d3b0f1b370ffeb689493127327f.jpegSi aux Etats-Unis, Weegee fait parti des classiques et incontournables du photo journalisme, en France le New-Yorkais ne bénéficie pas d’une telle notoriété et comme souvent lorsqu’un artiste ne semble pas bénéficier d’une mise en avant à la hauteur de son talent c’est La Fondation Dina Vierny ( le musée Maillol) qui s’y colle… je crois que si l’on est un peu curieux on se doit d’aller voir toutes les expositions de la Fondation Dina Vierny pour ma part c’est une règle que je me suis fixée il y a à peu près douze minutes, nan je rigole, pas de règle mais si l’on s’en tient à la programmation des douze derniers mois Bert Stern, Pacsin, Weegee c’est à chaque fois des expos originales et très bien foutues.


51c3fa4ee367a06c17fd26bdbb417ec8.jpegBref, mise en confiance par la programmation des derniers mois et intriguée par le travail et la réputation de ce New-Yorkais, je décidais d’aller voir… les cadavres... puisque je savais que Weegee patrouillait la nuit au volant de sa Chevrolet sa petite radio constamment branchée sur les ondes de la police pour être toujours le premier sur les lieux du crime… Oui je savais que Weegee s’entendait bien avec les flics, suffisamment bien pour pouvoir déplacer un cadavre afin qu’il bénéficie d’un meilleur éclairage.


b12c2d165b931fa973367c26ba19e3d3.jpegNew York is a friendly town nous informe utilement l’enseigne car il est vrai que de photos en photos on pourrait en douter... Ici un irlandais gît sur le trottoir, et l’enseigne d’un restaurant peinte à même le sol tronquée par Weegee prend un sens nouveau et devient plaque funéraire : REST. Outre Atlantique on a souvent reproché à Weegee son côté voyeur, on l’a accusé d’être l’ancêtre des tabloïds au moment même où le Musée d’Art Moderne consacrait son œuvre en lui offrant une exposition… Il n’y a pas chez Weegee de volonté de rendre la mort spectaculaire, on pourrait même parler d’un certain fatalisme la mort même violente fait partie de la vie, et autour c’est la vie qui continue… Sur cette photo pas de cadavre, seulement les regards, les émotions de ceux qui ont vu : le visage d’une femme déformée par la douleur (la tante de la victime) côtoie le visage hilare d’un gamin gouailleur.  Là c’est l’enseigne d’une usine en flamme que les pompiers arrosent d’eau qui attire notre attention, une bouilloire, ici on fabrique des bouilloires d’ailleurs un peu plus haut sous les trombes d’eau des lances qui tentent de venir à bout des flammes on peut lire : simply add some boiling water !


f5bedac2b82fc126b4e0babd8d63a1fd.jpegJuif et New Yorkais, Weegee aime à jouer avec les mots… Et l’on se surprend souvent à sourire… Et ce n’est pas la plus anecdotique clef de l’ambiguité de Weegee… Un type étrange tout de même, et vous savez d’où lui vient son pseudo ? Hé ! bien Weegee vient de Ouija, parce que les secrétaires de l’agence pour laquelle il travaillait, prêtaient à Weegee un sixième sens, une intuition une certaine capacité à communiquer avec les morts… Vous voyez ce clochard just at the corner que Weegee s’est arrêté pour le photographier, il a l’air de se laisser aller, hein et bien deux minutes après une voiture l’a fauché et Weegee était encore là quand le prêtre lui a donné l’extrème onction et il a fait la deuxième photo… Et ce n’est pas arrivé une seule fois, il y a aussi cette photo avec l’explosion de gaz, environ 3 minutes après que Weegee ait photographiée la devanture, il n’a même pas eu à bouger le pied ou changer la focale, mais en fait Weegee ne change jamais de focale…

 

Cela ferait un bon début de polar, hein… ce serait l’histoire d’un photographe qui payerait quelqu’un pour exécuter les drames qu’il capterait dans son objectif…

18.12.2006

Noir c'est noir

medium_picto-index3.jpgIl m’arrive parfois de craquer pour un marron chocolat, un vert profond, un rose vif, un bleu de Giotto, mais le noir est ma couleur, rien à faire j’y reviens sans cesse… Dans mon tiroir s’empilent les petits pull noir ; on ne dit pas une robe, mais une petite robe noire.

medium_images-10.8.jpg C’est une couleur qui sort aussi bien le jour que la nuit, et ce côté pratique a fait son succés, un bijoux enfilé avant de sortir du bureau, un coup de blush, du rouge sur les lèvres et le smoking ou la petite robe noire sortent le soir…

Ce n’est pas de la paresse c’est de l’esthétisme, comme moi Saint-laurent qui a pourtant fait claquer les roses vifs, les rouges profonds et les bleu Majorelle dit « le noir est mon refuge, le noir est un trait sur la page blanche ».

medium_avedonewlook47.jpgLe noir redessine la silhouette, il affine la ligne, redessine l’épaule, lisse la courbe d’une hanche… Le noir est graphique, le trait est noir, le noir découpe… En noir, on ressemble un peu plus à un dessin de Cocteau et un peu moins au catalogue de La redoute…

« Elles sont toutes si mal habillées, je vais toutes les mettre en noir » se serait écriée Chanel excédée par l’esthétique bourgeoise de ses contemporaines.

medium_images-5.10.jpg « Pourquoi le noir parce que c’est ce qui me va le mieux » répondent avec justesse plusieurs de ses adeptes. C’est que le noir par rapport aux autres couleurs à d’exceptionnelles propriétés d’absorption, de captation et de réfléchissement de la lumière : le noir réfléchit le spectre entier des couleurs et c’est pourquoi il convient à toutes les peaux qu’elles soient jeunes, vieilles, blonde, brune ou rousse et met en valeur toutes les carnations bronzées ou diaphanes…
Karl Lagerfeld couturier graphiste par excellence a définitivement choisi le noir et le blanc. Qu’il travaille pour Chloé, Fendi, Chanel ou sous sa propre griffe, il a fait du noir et blanc sa signature… Peut-être parce qu’il ne fait pas trop confiance aux femmes, n’a-t’il pas dit : «  j’ai connu une couturière qui déclarait habiller uniquement les femmes intelligentes, elle a fait faillite ».

medium_avedonf_el55dior.jpg En noir, on ne se trompe jamais… Enfin gaffe tout de même à l’effet veuve corse ou néo-gothique…

Le noir est une couleur littéraire, il a un imaginaire : le noir est rebelle, érotique, mystérieux, dandy, esthète…

Le noir flirte avec la mort, il a longtemps été associé au deuil… L’espagnol Balenciaga, à ses débuts à San Sebastian ou à Madrid, a beaucoup travaillé le noir, en ces époques tourmentées dans la très catholique Espagne, on portait le deuil longtemps… Balenciaga adorait le noir qu’il a énormément travaillé tout au long de sa carrière, en velours, en dentelle, en soie, en taffetas… Il faut y voir l’influence de l’Espagne, la mantille, les duègnes, l’infante, les toréadors… En outre, l’architecture extrêmement travaillé du vêtement Balenciaga supporte l’uni plus que l’imprimé, son rouge / ses rouges sont un autre noir…

 

 

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 En 1926, lorsque Coco invente la petite robe noire, elle offre une nouvelle vie au noir jusque-là associé au deuil et aux sous-vêtements… Sa garçonne en petite robe noire fait scandale… « Qui est cette dame qui a transformé les femmes en télégraphistes sous-alimentées ? » s’insurge le couturier Paul Poiret qui a dû fermer un an plus tôt sa maison de couture. La guerre  a écarté durablement les hommes du tissu social, les femmes refusent de rentrer à la maison, elles revendiquent le droit d’aimer hors mariage, de fumer et de travailler. Ce fourreau noir ras du cou aux longues manches de crêpes tombe pourtant sous le genoux, mais celles qui le portent se sont affranchies des diktats des hommes, elles revendiquent et affichent leur liberté…

 C’est en noir que Jean-Paul Goude quelques décennies plus tard invente Zouzou, l’égérie de Saint-Germain des Prés : pantalon noir, blouson de cuir noir et tee-shirt blanc comme Brando…

medium_images-7.10.jpg Ho !!! le premier rang manque s’étrangler mais c’est dans du cuir noir qu’Yves Saint Laurent découpe en 1960 son petit blouson qui fit scandale dans la maison de Monsieur Dior…

« La beauté ? Aucun intérêt. Ce qui compte, c'est la séduction, le choc. Ce qu'on ressent. C'est purement subjectif. Personnellement, je suis plus sensible au geste qu'au regard, à la silhouette ou à tout autre chose... » et le noir plus que tout autre couleur met en valeur le geste…

medium_images-8.7.jpg Chez Saint-laurent, le vêtement naît sur le papier, il a cette obsession du trait, de la ligne et le noir couleur graphique par excellence ne pouvait que l’intéresser… Par ailleurs, Saint-Laurent n’a jamais oublié sa première muse, son inspiratrice, son premier modèle, sa mère la très coquette Lucienne Mathieu Saint Laurent qui se faisait expédier à Oran le Jardin des modes et autres revues parisiennes qui lui permettaient de faire couper par un tailleur local, les modèles imaginés par Vionnet, Chanel, Balenciaga… À cette nostalgie d’un Paris des années 30 qui lui parvenait par bribes se mêle l’exploration de son époque et de son temps, c’est la rencontre avec Pierre Bergé qui le déshinibe et l’initie à une sexualité différente, plus hardie, curieuse, aventureuse…

 

medium_images-9.7.jpg Le jumping ( la combinaison de 1968), le smoking (1966) ont défilé en noir et font écho aux transparences et aux cuissardes qui remplacent pour un temps l’escarpin.

Le noir vous donne facilement un petit air de Barbarella…

medium_images-11.7.jpg Chanel on le sait lorsqu’elle avait ouvert en temps de guerre sa première maison de couture avait racheté à Rodier et à bas prix un stock d’un tissus jusque-là réservé à la confection de sous-vêtement le jersey… Et le tissus invendu lui fût donc livré en noir et en blanc couleur dans laquelle on coupe traditionnellement culotte, liquette, jarretières, et soutien-gorges… Et c’est pourquoi la petite robe était noire, et le tailleur fluide aussi…

medium_avedonevangelista.jpg Lorsque Saint-laurent détourne le costume d’homme pour habiller la femme c’est encore en noir qu’il fait scandale…

En matière de mode la couleur des anarchistes est aussi celle de toutes les révolutions, la petite robe Ford de Chanel, le smoking de Saint-Laurent, elle est la couleur des révolutions qui font les reines d'ailleurs n’est-il pas noir le petit pull qui fit dans les années 60 de Sonia Rykiel la reine de la maille ?




05.12.2006

Opening Night - le film en DVD


Où sont tous mes mes amants,
Tous ceux qui m’aimaient tant,
Jadis quand j’étais belle…




Dans la vraie vie, Gena Rowland avait épousé John Cassavetes et ils avaient eu deux enfants et jusqu’à sa mort en 1989, c’est à dire pratiquement toute sa carrière elle ne travailla plus qu’avec lui, c’est à dire exclusivement au cinéma.


John Cassavetes n’aimait pas le théâtre, ses conventions, ses textes appris par cœur, ses gestes répétés chaque soir, dix, vingt, cent, mille fois…


Dans la vraie vie Gena Rowland avait deux enfants, un mari qui hypothéquait leur maison pour financer ses films qu’il montait dans le garage et elle n’avait sûrement pas le temps de tourner obsessionnellement autour de son nombril à la manière d’une Myrtle Gordon vieillissante qui fait l’amer constat de sa vie…

 

medium_18610558_vign.jpgAu cinéma, Gena Rowland est Myrtle Gordon. Myrtle c’est une actrice de théâtre, un génie de la scène, un monstre d’égoïsme, pas très doué pour la vraie vie. Myrtle n’a eu aucun mal à mimer des émotions sur scène, elle a porté des personnages, elle s’est laissée emporter par l’enthousiasme du public, l’empressement de quelques assistants. Myrtle elle n’est pas fichue de trouver un restaurant toute seule. Comme souvent les gens connus, elle est exagérément sympa à des moments pas appropriés comme par exemple quand elle se jette dans les bras du portier en lui disant : « i missed you, you know… » Elle n’a jamais eu d’enfant, elle a eu des hommes dans sa vie, mais jamais vraiment "un seul", même plusieurs "un seul" qui se seraient succédés ou alors elle les aurait eu mais elle ne leur aurait pas accordé l’attention qu’ils espéraient…

 

Aujourd’hui, elle refuse de dire son âge… ses amants la lâchent… et elle doit interpréter sur scène le rôle d’une femme confrontée à… et c’est le titre de la pièce, la seconde femme…Et un soir au sortir du théâtre, il y a cette jeune admiratrice qui se fait renverser par une voiture et meurt… Et Myrtle perd pied, bascule comme dans un film de Cassavetes… Comme cette mère de famille si comme il faut qui pète un plomb dans une femme sous influence, comme cette détective qui va s’enfuir avec un petit garçon dans Gloria

 

Myrtle elle est obsédée par le fantôme de cette jeune femme à moins que ce ne soit sa jeunesse défunte qui vienne la hanter… cette jeune femme qu’il va falloir tuer et dont il va falloir se débarrasser pour continuer à vivre…

 

Une série de plans de valeurs identiques du visage de Myrtle et du visage de la jeune et jolie fantôme montés en alternance et c’est assez pour faire naître ce trouble… Est-ce un fantôme, est-ce elle même… on s’en fout et ce dont on est sûr c’est que c’est du cinéma, du grand cinéma avec un grand C…

 

Et l’on se laisse émouvoir par la fragilité de cette femme… parce que… un jour moi aussi je vais devoir répondre à cette question qu’est-ce que j’ai fait de ma vie… et un jour il ne sera plus intellectuellement honnête de répondre, un jour, demain, je ferais… un jour il sera temps de constater est-ce que j’ai eu tout ce que je voulais et est-ce que le temps qui reste suffira pour obtenir ce que je n’ai pas eu… moi, par exemple, pour reprendre l’expression d’une de mes copines, je ne suis pas sûre de vouloir un jour des enfants, du moins tant que je sais que j’ai encore la possibilité d’en avoir… Mais un jour… est-ce que…

 

Je suis une fille vintage, définitivement. Je suis nostalgique même et surtout des périodes que je n’ai pas connu. Et par exemple ce que j’aime dans les années 70, c’est que tout et surtout l’essentiel pouvait être écarté d’un grand éclat de rire… Alors heureusement il y a le J&B, environ une bouteille tous les 3 plans, et quand il sera devenu impossible de répondre à toutes ces questions il faudra bien agir et c’est dans l’ivresse que Myrtle va faire un tabac…

03.12.2006

La photographie publicitaire en France - l'expo

Le 107 rue de Rivoli propose jusqu’au 25 mars 2007 une expo consacrée à la photographie dans la publicité.

 

L’occasion de se replonger dans les années 80 de Serge Lutens (qui n'est pas seulement un grand parfumeur), Jean Larivière (Mr Vuitton) Jean-Paul Goude et Sarah Moon (qu'il ne faudrait pas réduire aux seules campagnes pour Loulou de Cacharel, moi j'adore Sarah Moon, son grain qui explose et ces photos si picturales)…

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De retrouver avec un plaisir intact les rafraîchissantes campagnes kookaï des années 90 avec Sonia Rikiel (le Kookaïsme ne passera pas), Yves saint Laurent ("Kookaï, j’en ai entendu parler mais personellement je n’en ai jamais vu »)…

Et de regretter encore de ne pas avoir été une grande fille dans les seventies de Guy Bourdin (Mr Charles Jourdan, froid, glauque et fascinant il met en scène la chaussure comme objet de fantasme) et Jeanloup Sieff (la campagne pour le parfum pour homme nu de Saint Laurent, bien sûr mais aussi la première femme dénudée sur une affiche pour les dessous féminins Rosy, en 1967, je crois).

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Mais ma découverte, c’est un photographe, un créateur d’image numérique serait un terme peut-être plus approprié, qui s’appelle Dimitri Daniloff…

Avoir 33 ans en 2006… Daniloff, je ne connaissais pas son travail, les petits monsieur du BVP doivent lui coller de sacrés restrictions… parce que je n’aurais pas oublié ces images à la Dali, à la Jérôme Bosch si je les avais vu…

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29.11.2006

La nostalgie, camarade...


medium_12.2.jpgIl est né le 1er août 1936 à la Clinique Jarsaillon à Oran, c’était le jour de la Sainte-Espérance et "cet enfant-là c’était le bon Dieu".

 

Jusqu’à l’âge de 6 ans, il a été roi. 

 

Un petit roi despote qui parvenait à faire changer sa tante 3 fois de suite simplement parce qu'il n’aimait pas sa robe et qu'il le lui avait dit. Ce petit garçon là, on lui passait tout.

 

Sa maman, surtout était folle de lui… Et elle était si belle… En ce temps-là, les femmes d’Oran n’avaient « qu’un souci être plus coquette que les femmes d’Alger et le rester ».

 

Il passait des heures à dessiner, il recopiait des robes qu’il voyait dans des revues, des revues de PARIS… Chanel, Schiap', Poiret…

 

Elle était tellement jolie Danielle Darrieux. D’ailleurs tout le monde s’accordait à dire que la si jolie et coquette Lucienne, sa mère, lui ressemblait… Elle avait cette même frivolité insouciante…

 

Il inventait des spectacles dans lesquels il faisait jouer ses sœurs. Il s’occupait de tout, l’histoire, la direction d’acteur, les costumes, les décors…

 

C’était un roi, un enfant roi…

C’est avec son entrée à l’école que tout s’est compliqué… L’ange a chu, le roi a perdu sa couronne…

Cet enfant n’était pas brillant, il était différent… Trop… Pas assez…

 

 

C’est difficile d’être un roi déchu…

 

Les modèles de Jeanloup Sieff ne regardent jamais l’objectif en face… Ils ont toujours cette expression vague, jamais frontale… On ne saura jamais ce à quoi pensait Saint-Laurent à ce moment-là, quand Jeanloup Sieff a appuyé sur l’objectif… On ne sait jamais avec Sieff à quoi pense le modèle au moment précis où le photographe a appuyé sur le déclencheur mais on a toujours le sentiment d’entrevoir son humanité…

 

En ce début d’années 71, Yves Saint-Laurent a tellement de choses en tête… il aurait de multiples raisons de penser, douter, s’interroger… L’ouverture de la prochaine boutique Rive Gauche... La soirée de la veille qu’il aura passé comme à son habitude au 7, avec Pierre Berger, Clara Saint, Betty Catroux, Loulou de la Falaise, et Jeanloup Sieff… La prochaine bêtise qu’il fera avec Loulou… Les costumes du prochain spectacle de Zizi et Roland Petit… ou bien encore la tête que vont faire les gens du Figaro en découvrant l’affiche de son nouveau parfum pour homme qu’il avait proposé pour rire d’appeler « eau de zizi » !

 

Mais à la vérité « Pierre s’occupe de tout »… Yves Saint-Laurent lui habite un pays qui s’appelle la nostalgie…

 

Cette année-là, il a créé la collection la plus décriée de son histoire, la fameuse collection « La Libération », peut-être la collection la plus décriée de l’histoire de la couture tout court… Délibérément rétro… En cette année de libération de la femme, le couturier s’intéressait à une période sombre de l’histoire française celle-là même dont Monsieur Dior nous avait affranchi si brutalement en 1947… Une collection dont il dira un jour : « c’est une des collections les plus jeunes que j’ai faites. Elle est le résultat d’un souvenir.»

 

Les enfants gâtés font de merveilleux artistes… Sa petite madeleine à lui, c’est une robe « j’ai toujours eu cette vision de ma mère dans cette robe-là. » Saint-Laurent n’en finira jamais de regretter une époque qu’il n’a jamais connu… Ce paris début de siècle où a débarqué Chanel, le music-hall, Montmartre, Montparnasse, l’entre-deux guerre et ses garçonnes et ses meubles et ses peintures et ses sculptures, autant de signatures qu’il n’en finira plus d’accumuler dans cet appartement de la Rue de Babylone.

 

La nostalgie camarade…

03.08.2006

Le désir

Les hommes parfois ont des idées derrière la tête… Leur zizi suggère et si c’est bon pour lui, c’est bon pour eux… La femme est plus cérébrale, elle se refuse ou cède… Comme si chacune d’entre elle portait en elle la somme de tous ces échecs, ces trahisons, ces grossesses avortées, tous ces bâtards, pour la femme il y a toujours un après, donner ou bien garder, c’est toujours un choix…

 

Marilyn était arrivée en retard, comme à son habitude. Mais lorsque la sonnerie du téléphone était venu troubler le silence de cette suite de l’Hôtel Bel Air, Bert Stern en entendant la voix de la réceptionniste lui annoncer l’arrivée de Mademoiselle Monroe avait paru surpris… Non pas qu’il pensait qu’elle ne viendrait plus, mais il l’attendait et il s’était dit que cinq heure pour une si jolie star ce n’était pas grand chose…

 

 Il était dix-neuf heures. Le soleil commençait déjà à baisser. La chambre était assez sombre. Il n’y aurait pas beaucoup de lumière, il lui faudrait ouvrir à fond. Il s’était que les photos auraient un peu de grain, mais que ça devrait aller en A3 encore. Marilyn montait vers lui. Marilyn était dans l’escalier. À moins qu'elle n'ait préféré l’ascenseur. Bientôt elle serait là... Mademoiselle Monroe entrerait dans cette chambre.

 

Il avait commandé quelques caisses de Dom Perignon. L'actrice avait accepté quelques photos pour Vogue. Elle ne savait pas qu’il voulait qu’elle posât nu, pas encore. Je me rends compte en l’écrivant de l’incongruité de cette phrase. Evidemment qu’elle savait… Quel homme n’aurait pas voulu cette femme nue… Il lui avait demandé de poser sans maquillage et elle avait dit : "ha bon ?" Il avait concédé : "bon alors peut-être juste un trait d’eye liner"... Elle avait dit : "et un peu de rouge à lèvres ?" Elle avait dû remarquer qu’il n’y avait pas de vêtements, ce qui était incongru pour une séance pour Vogue, mais elle n’avait rien dit… Elle avait bien noté sur le lit la présence de ces quelques foulards… Et elle avait dit : j’ai été opéré il y a un mois, on ne verra pas ma cicatrice bien sûr… Il avait demandé : où se trouve-t’elle ? Et elle avait dit que l’on venait de lui enlever la vésicule biliaire. Il comprit qu’elle avait compris et que d’une certaine façon, elle acceptait. Il se souvint qu’un mois auparavant il avait photographié Elizabeth Taylor, et elle avait une petite cicatrice dans le cou et sur les photos, on la voyait cette marque… Est-ce cela qui inquiétait Marilyn, elle qui quelques semaines auparavant s’était fait renvoyer du plateau du dernier Cukor… On pouvait retoucher bien sûr, effacer cette cicatrice mais dans le même temps il n’aimait pas retoucher ses photos, il savait que plus une photo est trafiquée moins elle est bonne… Il s’agissait de gagner du temps, il ne voulait pas risquer de la froisser, encore moins de la braquer… Il lui fallait posséder et ensuite, ensuite on verrait, si Marilyn l’aimait, elle accepterait… Quand elles aiment une fois, elles aiment toujours, c’est une question de confiance et d’abandon… Il se contentât de dire que l’on pouvait retoucher, ce n’était pas un engagement il évoquait seulement une possibilité technique, et Marilyn cela lui avait suffi…

 

Ils avaient passé la nuit tous les deux dans cette suite de l’hôtel Bel Air… Ils avaient bu au moins deux bouteilles de Dom Pérignon, celles que l’on voit sur les photos… Peut-être bien trois, je ne sais plus, je reviendrais… Sur certaines photos on voit bien que son regard est parti… Il y a l’alcool, il y a probablement les cachets qu’elle avait pris avant… Pour oublier… pour oublier les frères Kennedy, l’échec de son mariage, Arthur Miller, Joe Di Maggio, pour oublier son psy qui lui avait fait tant de mal, pour oublier Cukor et Hollywood… Pour oublier… Il y a quelque chose de dégueulasse, de choquant presque dans l’histoire de cette blonde manipulée, détruite tout ça parce qu’un jour une robe blanche s’est soulevée en passant au dessus d’une grille d’aération… Tous ces sexes durs et tout cet argent… Mais en fait, non… Parce que c’est Marilyn, parce que c’est Bert Stern… Parce que les artistes prennent et rendent à leur façon… Parce que ce n’est pas l’artiste qui est maudit c’est le modèle, et que Marylin sait… Elle joue, elle s’amuse, elle aime ça… Par moment il y a cette tristesse qui passe dans son regard, mais sur la photo d’après son œil pétille… Et elle finit même par s’endormir… A-t-on déjà vu une biche s’assoupir aux côtés d’un loup…Bert Stern avait raison moins une photo est traffiquée plus belle, elle est… Il y a ce grain de peau, ces tâches de rousseur, ce duvet… Il y a cette cicatrice, énorme et violacée… Il y a ces seins tout petits, presque des seins de petite fille à la pointe rose et fraîche, des seins comme l’on en peignait à la Renaissance… Elle a cette taille un peu épaisse… Elle a ce regard, ce sourire incroyable… Ce n’est pas tant qu’elle est belle je crois, c’est qu’elle a cette photogénie incommensurable…