02.08.2007
Annette Messager est à Beaubourg
L’art contemporain habituellement me laisse perplexe, et je ne serais probablement jamais allé voir cette rétrospective que le centre Georges Pompidou consacre au travail d’Anette Messager si le fils de mon amoureux de passage à Paris ne l’avait pas chaudement recommandé. Comme le fils de chéri n’a pas tout à fait 7 ans et un sourire édenté, parce que comme tous ceux qui créent il a forcément un point de vue sur l’art, et parce que son enthousiasme était réel, l’amoureux et moi nous sommes dit qu’il faudrait peut-être y aller faire un tour.
Je ne vous cache pas que au début de l’expo face aux petits corps emmaillotés des petits oiseaux morts alignés sur la console (Les Pensionnaires) j’ai senti mon chéri perplexe… Tout dans l’inclinaison de son visage indiquait : mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez ce garçon… et quand sa tête s’est incliné de l’autre côté, j’ai cru entendre : décidément je préfère Boticelli… les petits cadavres me laissaient perplexes aussi mais ce titre, les Pensionnaires me faisaient sourire, c’est drôle et ça interroge un peu comme lorsque l’on ficelle une fille nue comme un rôti de porc en serrant bien pour faire ressortir la chair.
Et de salles en salles, on s’est laissé emporté dans cet univers à la fois pervers et ludique, enfantin et morbide… Il y a toutes ces images de corps en noir et blanc découpées, juxtaposées, accumulées, suspendues : yeux, bouches, nez, seins, vagins, sexes mous, doigts, mains, paumes de la main,pieds, orteil… Il y a tous ces jeux avec les mots, ces collections de proverbes brodés sur du coton blanc : le diamant attendrit la femme et la femme attendrit l’homme, je pense donc je suce, etc… Il y a toutes ces marionnettes, ces poupées, ces peluches désarticulées, ces créatures de chiffon qui avancent et gonflent… Ici un crabe noir et velue, tiens c’est peut-être une araignée finalement (vous voyez à quoi cela me sert d’avoir un blog, voilà pourquoi je continue) ; l’araignée donc avance et gonfle et grossit comme si elle gobait toutes crues ces poupées de chiffon, ces créatures de train fantôme suspendues à un filin et dont la vie précisément ne semble tenir qu’à un fil quand d’autres marionnettes gisent déjà au sol… Et puis il y a cette vague qui emporte tout, cette mer rouge qui gonfle et vient vers nous spectateurs sagement assis, si attentifs : oh ! regarde il y a des méduses qui gonflent et s’illuminent au sol, et puis ces trucs qui tombent, et une horloge… C’est Casino, peut-être la plus belle réalisation de cette rétrospective, la plus hypnotique au moins…
Filez voir la rétrospective Annette Messager à Beaubourg, surtout si à priori l’air contemporain vous laisse perplexe…
Nb : l’art contemporain bien sûr c’est un lapsus mais je le laisse parce qu’il est joli
09:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : art, photo, blabla de fille, journal intime
29.07.2007
Weegee, au musée Maillol
Si aux Etats-Unis, Weegee fait parti des classiques et incontournables du photo journalisme, en France le New-Yorkais ne bénéficie pas d’une telle notoriété et comme souvent lorsqu’un artiste ne semble pas bénéficier d’une mise en avant à la hauteur de son talent c’est La Fondation Dina Vierny ( le musée Maillol) qui s’y colle… je crois que si l’on est un peu curieux on se doit d’aller voir toutes les expositions de la Fondation Dina Vierny pour ma part c’est une règle que je me suis fixée il y a à peu près douze minutes, nan je rigole, pas de règle mais si l’on s’en tient à la programmation des douze derniers mois Bert Stern, Pacsin, Weegee c’est à chaque fois des expos originales et très bien foutues.
Bref, mise en confiance par la programmation des derniers mois et intriguée par le travail et la réputation de ce New-Yorkais, je décidais d’aller voir… les cadavres... puisque je savais que Weegee patrouillait la nuit au volant de sa Chevrolet sa petite radio constamment branchée sur les ondes de la police pour être toujours le premier sur les lieux du crime… Oui je savais que Weegee s’entendait bien avec les flics, suffisamment bien pour pouvoir déplacer un cadavre afin qu’il bénéficie d’un meilleur éclairage.
New York is a friendly town nous informe utilement l’enseigne car il est vrai que de photos en photos on pourrait en douter... Ici un irlandais gît sur le trottoir, et l’enseigne d’un restaurant peinte à même le sol tronquée par Weegee prend un sens nouveau et devient plaque funéraire : REST. Outre Atlantique on a souvent reproché à Weegee son côté voyeur, on l’a accusé d’être l’ancêtre des tabloïds au moment même où le Musée d’Art Moderne consacrait son œuvre en lui offrant une exposition… Il n’y a pas chez Weegee de volonté de rendre la mort spectaculaire, on pourrait même parler d’un certain fatalisme la mort même violente fait partie de la vie, et autour c’est la vie qui continue… Sur cette photo pas de cadavre, seulement les regards, les émotions de ceux qui ont vu : le visage d’une femme déformée par la douleur (la tante de la victime) côtoie le visage hilare d’un gamin gouailleur. Là c’est l’enseigne d’une usine en flamme que les pompiers arrosent d’eau qui attire notre attention, une bouilloire, ici on fabrique des bouilloires d’ailleurs un peu plus haut sous les trombes d’eau des lances qui tentent de venir à bout des flammes on peut lire : simply add some boiling water !
Juif et New Yorkais, Weegee aime à jouer avec les mots… Et l’on se surprend souvent à sourire… Et ce n’est pas la plus anecdotique clef de l’ambiguité de Weegee… Un type étrange tout de même, et vous savez d’où lui vient son pseudo ? Hé ! bien Weegee vient de Ouija, parce que les secrétaires de l’agence pour laquelle il travaillait, prêtaient à Weegee un sixième sens, une intuition une certaine capacité à communiquer avec les morts… Vous voyez ce clochard just at the corner que Weegee s’est arrêté pour le photographier, il a l’air de se laisser aller, hein et bien deux minutes après une voiture l’a fauché et Weegee était encore là quand le prêtre lui a donné l’extrème onction et il a fait la deuxième photo… Et ce n’est pas arrivé une seule fois, il y a aussi cette photo avec l’explosion de gaz, environ 3 minutes après que Weegee ait photographiée la devanture, il n’a même pas eu à bouger le pied ou changer la focale, mais en fait Weegee ne change jamais de focale…
Cela ferait un bon début de polar, hein… ce serait l’histoire d’un photographe qui payerait quelqu’un pour exécuter les drames qu’il capterait dans son objectif…
19:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, photo, art
01.03.2007
La première expo de Mademoiselle Ariane Parayre
Le lycée où j’étudiais avait une très forte dominante artistique et littéraire, c’était un lycée très à gauche et totalement baskoï, sans doute parce que l’internat attirait toute une foule de jeunes lycéens en rupture familiale, culturelle qui trouvait là un espace de liberté où construire et exprimer son identité. Jean Levis, gros pull, keffieh, converse ou doc martens… Le basque était la langue maternelle de quelques uns de mes camarades et nombreux étaient ceux qui par ailleurs très occupés à faire le mur pour grapiller quelques heures ici et là, choisissait une troisième langue en option pour apprendre le basque.
Un univers assez éloigné du lycée français de Tanger, des bals, des modèles découpés dans Vogue et réalisés sur mesure par un tailleur local pour se rendre au bal du lycée où à l’une des soirées offertes à la jeunesse dorée locale.
Pourquoi Ariane et moi sommes devenues si copines alors que l’on se ressemblait si peu sans doute parce que l’on avait en commun, le fait d’être deux étrangères, ni elle ni moi n’étions basque. J’aurais aimé l’être, je trouve que la vie est plus facile quand on ressemble aux autres. J’ai horreur du conflit. Je n’aime pas être différente, je trouve que la différence isole et complique la vie… Aujourd’hui encore il m’arrive de me mordre la lèvre avec nervosité quand je réalise que j’ai parlé trop vite et
que les autres ne pensent pas comme moi, pas parce que je n’assume pas, juste parce que je n’ai aucune aucune envie d’avoir à me justifier ou défendre une position. Ça me fatigue…
Ariane au contraire portait ses différences comme un étendard, l’uniforme local la déconcertait presque autant que les idées somme toute très conformistes de nos camarades..
Ariane est comme un agrégateur de personnalités, capable de rassembler autour d’elle des gens très divers, il y a quelques années, elle a réussi à m’entraîner une semaine sur un voilier de 17 mètres avec environ 10 rugbymen et vous savez ce que l’on dit avant d’épouser quelqu’un amener le passer quelques jours en tête à tête sur un voilier, si vous n’en venez pas aux mains…
Sur de nombreux sujets, je suis totalement mesurée, j’essaie de prendre en compte les intérêts des uns et des autres sans avoir une opinion vraiment tranchée, parfois je trouve que le débat me dépasse… beaucoup… Sur d’autres au contraire, j’aime bien adopter une position totalement tranchée à contre-pied de tout le monde… c’est mon côté élitiste…
Ariane est capable de développer et défendre avec autant d’énergie une position et son contraire à vrai dire je crois qu’elle se fout complètement d’avoir la réponse ou bien d’avoir raison, c’est la question qui l’intéresse…
Doit-on mettre tous ses œufs dans le même panier ? Et d’ailleurs puisque l’on parle d’œufs est-ce que l’on peut faire une omelette sans casser des œufs ? Ou bien encore, faut-il cultiver un jardin secret ? L’herbe est-elle toujours plus verte dans le jardin d’à côté ? Ne souriez pas cette question n’a rien d’anodin lorsque c’est une asthmatique à tendance allergique qui vous interroge…
Hier à la galerie Edgar le marchand d’art, j’ai réalisé que ma camarade de chambre celle qui révisait pour décrocher son bac A1 et une prépa, celle qui a fait du droit avant de se lancer dans une école de commerce, celle qui a renoncé à la mode pour se lancer dans le commerce du vin, mais qui ne boit pas une goutte d’alcool, ma seule copine qui ressemble à Audrey Hepburn - et qui ne boit pas, rhoooo - est devenue un peintre !
Courrez y, c’est jusqu’au 17 mars seulement à la galerie Edgar le Marchand d’Art, 54 Rue de Verneuil 75006 Paris, et n’hésitez pas à laisser des petits messages ici ou sur le mail, je ferais suivre…
00:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, art
25.02.2007
Les boîtes à curiosité de Maïssa Toulet
Un jour, l’été dernier, dans ma boîte mail, je trouve un message d’un garçon qui s’appelle Fred et qui me soumet une étrange requête… Dans quelques jours ce sera l’anniversaire de Maïssa, sa compagne et il lui réserve quelques surprises. Parmi ces surprises, moi !
Maïssa est une de mes lectrices, elle connaît tout de ma vie que j’étale parfois impudiquement sur ces pages, je ne connais rien d’elle… Mais je trouve l’attention tellement touchante que je décide d’accepter, parce que je trouve ça très mignon qu’un mec fasse l’effort de se glisser dans l’univers de sa copine, d’une manière que presque seule une fille avec un esprit de fille pourrait faire, il me semble... Il ne s’agit pas d’organiser une rencontre avec Nancy Huston, ou Martin Scorcese, il n’y a aucun coup d’éclat, aucune volonté d’épater l’autre là-dedans juste une volonté de faire quelque chose pour se glisser dans l’univers de l’autre, et faire plaisir. Moi j’aurais adoré qu’un homme fasse ça pour moi…
Evidemment je n’ai pas consulté mes messages depuis plusieurs jours mais, oui, tout est encore réalisable son anniversaire c’est aujourd’hui…
Je demande à l’ami-amant si ça ne l’ennuie pas que l’on se voit un peu plus tard, je lui donne le nom du bar où je me rends, je le rassure un peu… Mais non ce ne sont pas des gens dont je ne sais absolument rien, Fred avait un blog qu’il a fermé il y a quelques mois et que je lisais très régulièrement à l’époque… Les blogueurs ce ne sont presque pas des inconnus… je lui laisse quand même le nom du bar au cas où ;)
Et le soir même dans un bar du quartier où nous semblons tous avoir nos habitudes puisque nous habitons tous dans le même quartier je me retrouve à chercher sur le trottoir une fille enceinte que je ne repère pas tout de suite puisque son ventre est en partie dissimulée par la table… Petit coup de fil pour vérifier sur le portable de Fred, j’ai une robe verte et un sac doré… et me voilà vaguement intimidée quand même à faire la connaissance de Maïssa et Fred…
Et puis les mots viennent, le courant passe… Parce que Maïssa me connaît déjà très bien, ce qui peut déconcerter un peu au premier abord ça doit être très étrange la célébrité, la pipolisation quand même… et parce que très vite je sens que moi j’ai envie de la connaître mieux et que donc on se reverra…
Et on s’est revu plusieurs fois, on s’est racontée nos envies, nos doutes, quelques petits bouts de nos vie…
Maïssa fabrique des boîtes en verre dans lesquelles elle organise, met en scène un univers miniature peuplé de scarabée, de papillons, de bout de bois, de perles précieuses, d’œil de verre ou de bras de poupée désarticulée.
Ce week-end j’ai enfin trouvé le temps de me rendre dans la galerie d’Edgard le Marchand d’Art , 54 Rue de Verneuil 75006 Paris pour y découvrir quelques créations de Maïssa qui, drôle de hasard se retrouve exposée en même temps et dans la même galerie que ma plus vieille amie, donc deux bonnes raisons d'y aller…
A mon tour d’aller faire une plongée dans son imaginaire, une radioscopie de son cerveau et d’aller regarder le petit trou de la serrure ce que cache cette pas banale jeune maman !
Place aux images et j’espère que cela vous donnera envie d’aller faire un petit tour à la galerie et peut-être casser votre tirelire pour acquérir l’une des ces œuvres dans un esprit très cabinet de curiosité – vous pouvez aussi m’envoyer un mail et je ferais suivre à l’artiste.



15:09 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, art
13.11.2006
Titien et les jeux du pouvoir
À Paris, au Musée du Luxembourg se tient pour quelques semaines encore une exposition de peinture intitulée « Titien et le Pouvoir » ; hasard du calendrier cette exposition du grand portraitiste du Cinquecento se tient en même temps qu’une autre exposition dont j’ai déjà parlé il y a quelques jours, « Portraits Publics Portraits Privés » et les deux expositions sont bien évidemment à rapprocher.
La vie de Titien, ce n’est pas exactement la vie du Caravage ou de Van Gogh, on n’est pas dans un roman de Dominique Fernandez, on n’est pas non plus dans un opéra de Puccini… Titien, c’est un peu le Mario Testino de la Renaissance, ses portraits sont une sorte de bottin mondain du Cinquecento, il y a tous les peoples qui comptent à son époque : un empereur Charles Quint, son successeur Philippe II, un roi françois Ier, un pape Paul III, des comtes, des doges, des érudits, des artistes, des grands bourgeois.
À cette époque l’Europe était aux mains de quelques hommes qui présidaient au destin du monde. Titien va rencontrer le plus puissant d’entre eux, Charles Quint.
Le 25 février 1500 à Gand en Belgique, naît un petit garçon, il s’appelle Charles, il est le fils de Philippe Le Beau, archiduc d’Autriche et de la reine d’Espagne, Jeanne, la folle. Ses grands parents maternels en unissant leur vie avaient unifié l’Espagne, et l’Espagne unie avait pu s’occuper de conquêtes par delà les océans. En 1492, Christophe Colomb avait découvert l’Amérique ainsi donc le petit garçon qui deviendra roi d’Espagne, recevra le titre de roi d’Espagne et des Amériques Espagnoles. « Quand les autres font la guerre, toi heureuse Autriche marie-toi », et cette alliance-là c’est probablement l’une des meilleures qu’aient conclu les Hasbourg. Il faut dire que les véléités ottomanes sont fortes et qu’il s’agit de renforcer par tous les moyens possibles l’autorité de l’Empereur allemand devenu par une alliance d’intérêt avec le Pape, l’Empereur germano-romain. Le petit Charles recevra pas loin de dix-sept titres en héritage : Roi d’Espagne et des Amériques Espagnoles, Empereur du Saint Empire Germanique, Roi de Sicile, Duc de Brabant, il a aussi hérité des Pays Bas Bourguignons, et de la Franche Comté, etc…
Bref, quand vous avez Charles Quint dans votre carnet d’adresse, votre fortune est assurée et Titien qui le rencontra, sût s’en faire aimer et gagner sa confiance.
Le talent ne suffit pas. Et la vie de cet artiste ambitieux qui cultiva le réseau jusqu’à la démesure, montre à quel point tout est affaire de rencontres.
Titien est âgé d’une quinzaine d’années quand il entre à l’atelier de Gentile Bellini qu’il ne tarde pas à quitter pour un autre atelier plus prestigieux, l’atelier de Giovanni Bellini, frère de Gentile et à cette époque l’artiste le plus réputé de Venise. C’est dans cet atelier bien fréquenté qu’il fait la connaissance de Giorgione qui en 1508 lui proposera de travailler à ses côtés sur les fresques du Fondaco dei Tedeschi.Mais il lui faudra attendre la mort de Bellini en 1516 pour hériter du titre de peintre officiel de Venise.Titien ouvre alors son propre atelier de peinture et en 1520 il se voit confier la réalisation d’une grande fresque au Palais des Doges et trois peintures de scènes mythologiques pour Alphonse 1er d’Estes. C’est à peu près à la même époque qu’il fait la connaissance à Ferrare de Frédéric II Gonzague marquis de Mantoue qui l’engage pour décorer son château de Ferrare. Les travaux dureront près de dix ans et c’est le marquis de Mantoue qui va lui présenter Charles Quint.
Séduit par son art, mais aussi par l’homme Charles Quint lui confie la réalisation de plusieurs de ses portraits mais aussi ceux de ses proches et il lui accorde le titre de Conte Palatino et Cavaliere dello Sperone d'Oro.
Ayant obtenu les faveurs de l’Empereur, Titien ne tarde pas à attirer l’attention du pape Paul III Farnese qui l’invite à Rome. Il y réalise un certain nombre de portraits et il y obtient la citoyenneté romaine.
En 1548, il rejoint son empereur préféré à Augsburg où se tient la Diète du Saint Empire – the place to be. Il y réalise toute une série de portraits de notables, et aussi de l’empereur.
Titien n’a pas son pareil pour cultiver les réseaux, à Venise il tient salon dans son très fréquenté atelier où se pressent les érudits, les humanistes. Il faudra attendre 1555 pour que les doges, des clients de trente ans renoncent à ses services en confiant la réalisation d’un portrait à Tintoret. Cette année là, meurt son empereur bien aimé, mais Titien a déjà peint et peindra encore son héritier.
On parle souvent de la dimension psychologique de ces portraits, qu'est-ce que cela veut dire au fond... j'ai regardé très attentivement Charles Quint, Philippe II, François Ier, L'Arêtin, le pape Paul Farnese, sans être beaucoup plus avancée sur ce qu'étaient ces hommes, leurs personnalités, leurs pensées. Peut-être ce qui a fait le succés de Titien auprès de ses contemporains c'est son absence de snobisme, tous qu'ils soient poêtes, rois, doges, pape, femmes ou empereur ont sur le visage cette même expression de bonté et de sagesse, or c'est bien connu les puissants aiment à être regardé comme des individus normaux aux destins extraordinaires - montrez-moi comme un type bien mais avec une très très belle armure que l'on se souvienne de mes haut-faits de guerre- tandis que les notables de rang moindre seront flattés d'être traîtés avec les mêmes égards qu'un roi.
13:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, art
04.11.2006
Tout l'art du portrait
De tous les genres picturaux, le portrait est avec la peinture religieuse celui qui captive le mieux mon attention. Je peux passer des heures à observer un visage, de femme surtout… Je les regarde un peu comme si l’artiste allait me révéler quelque chose de moi-même, quelque chose qui aurait à voir avec la beauté, la fragilité, l’élégance, la grâce… Mais je ne sais si je dois porter cela au crédit de mon très actif nombril, d’une envie de mieux me connaître moi-même, d’une connivence toute féminine avec le modèle, d’une réaction candidement envieuse à sa connivence avec l’artiste peintre, ou si cette préférence pour le portrait de femme résulte de la spécificité du portrait féminin, plus psychologique et souvent plus audacieux que l’exaltation du pouvoir du modèle à laquelle se cantonne bien souvent le portrait d’hommes.
1770-1830, le monde bouge, s’interroge, avance, l’histoire est toute en rupture… La révolution Française, l’indépendance américaine, l’Empire, les guerres napoléoniennes, La Restauration… Les héros, les fortunes, se suivent et ne se ressemblent pas, le pouvoir change de main régulièrement et c’est une bonne période pour les portraitistes…
Louis XIV avait inventé le marketing. Il y avait un produit la France, et le bon monarque avait vite compris qu’il s’agissait d’en améliorer le packaging et l’image de marque pour asseoir son pouvoir à l’intérieur et à l’extérieur des frontières. Il avait construit un château +++ (Versailles) qui lui permettait d’impressionner les visiteurs étrangers et d’avoir à l’œil et à porter de main les courtisans et les comploteurs. Il avait inventé la mode, une mode riche en dentelles, fanfreluches, rubans et brocards destinés aussi bien à montrer la richesse et la grandeur de sa cour qu’à assécher les bourses de ses courtisans, or un marquis appauvri c’est un marquis qui dépend financièrement de son monarque et qui cherchera à lui faire plaisir… En deux mots, une fashion victim !
Aujourd’hui encore le monde entier sait que les frenchies sont fashion et arrogants, et pourtant on en a traversé des orages et des changements de régime…
En 1781, Marie-Antoinette est enceinte… Enfin ! Après 7 ans de mariage et de misère sexuelle qui ont fait bavasser toutes les cours d’Europe… Il s’en est fallu de peu pour que l’on cesse de dire que les français sont de bons coups… le pataud Louis XVI a fini par engrosser l'Autrichienne et le ministère des affaires étrangères tout heureux fait réaliser un buste de la soudain très populaire future mère du dauphin en icône de mode… Tagada Tsouin Tsouin roulement de tambour, regardez comme elle est belle et bien sapée la reine de France…
Quelques années après lorsque l’Autrichienne en digne fille de Marie-Thérèse se mêlera de politique pour tenter de sauver l’honneur de son peu flamboyant époux et s’attirera les foudres d’un peuple excédé, elle cherchera à se refaire une image en se faisant représenter en mère aimante, et en bergère… Des représentations très trendy, Rousseau est très en vogue dans ces années 1780, on parle de retour à la nature, de bon sauvage, etc…
Mais des images de Marie-Antoinette en mère et en bergère, il n’y en a pas au Grand Palais où le portrait de souverain est pourtant largement représenté.
Il y a le portrait d’apparat, celui que l’on destine aux cours étrangères, tel ce portrait de Napoléon franchissant les Alpes par David. Ce portrait destiné à bluffer le Roi d’Espagne est super flatteur pour le petit Corse, cavalier intrépide et sexy. David ne cherche pas à faire très ressemblant, il idéalise. Il faut que le roi d’Espagne comprenne bien le message Bonaparte est au minimum le descendant de Charlemagne et Hannibal que l’on ne vienne pas lui casser les c… avec des histoires de légitimité de Bourbons et Habsbourg… Et son geste traduit bien l’appel de la destinée… Quand vous vous tenez face au tableau pourtant vous ne pouvez manquer de vous interroger sur le regard du cheval… J’avoue que je ne saurais déterminer s’il tient davantage de l’effroi – que penser de ce fou sanguinaire monter sur moi – ou du clin d’œil - ce qui tendrait à signifier que l’artiste n’est pas dupe de la propagande qu’on lui fait jouer…
En même temps, David est très académique, très bien vu du régime… Son portrait de Napoléon en pied et en costume près de son bureau déterminera durablement les codes du portrait présidentiel…
Je m’étais beaucoup interrogé là-dessus lorsque j’avais visité l’an passé les exposition monographique consacrées à David et surtout à Ingres… Sur la position de ces artistes qui vivaient dans les contre-allers du pouvoir, ni crève la faim, ni totalement accepté dans la caste qu’ils côtoient…
Le portrait de l’Empereur par Ingres est à cet égard très marquant… Comment ne pas rire et s’interroger en voyant cette représentation Bokassienne de Napoléon… L’ironie est-elle contenue dans la toile ou bien est-ce le regard que l’on pose sur le modèle et sa représentation qui est ironique ? Ni Napoléon, ni Ingres n’ont connu Bokassa et en même temps lorsque l’on voit ce bébé joufflu au teint vert engoncé dans cette zibeline, ce velours et ces sceptres on est tout autant impressionné par l’habileté technique du peintre que par son intelligence et son sens critico-diplomatique ou diplomatico-critique, non ?
Il ne faut pas perdre de vue dans l’art du portrait que c’est un travail de commande. L’artiste est bien souvent mandaté et rémunéré par son client, ou par l’institution qu’il représente… La part critique est donc très mineure, et lorsqu’elle existe elle est d’autant plus admirable que pour l’artiste c’est à un numéro d’équilibriste qu’il faut s’adonner. On a souvent l’impression dans les portraits d’Ingres que l’artiste est conscient des limites de cette classe qui le fait vivre, et à laquelle il appartient aussi d’une certaine façon… Du reste Ingres considérait le portrait comme un genre mineur…
De la même façon on se demande ce qu’à bien pu penser Ferdinand VII en découvrant son portrait par Goya… C’est simple on a l’impression que la tête a été posée sur un costume qui ne lui appartient pas, et d’une certaine façon c’est un peu l’histoire de ce roi restauré sur un trône perdu après la chute de Napoléon. Pour la peine, Goya s’affranchit du décorum habituel du portrait de souverain, ni trône, ni bureau, ni autel, ni allégorie, le fond est nu et noir et un coup d’œil à cette tête permet de s’assurer que sa représentation est réaliste et crue… Ici, il ne s’agit pas de crâner… Goya serait-il désenchanté par ce siècle ?
L’espagnol a toujours une façon bien à lui de se manifester dans ces portraits… je me souviens que ma professeur d’espagnol en quatrième nous avait apprit qu’il fallait voir dans la pie que tient en laisse ce petit garçon, une réprésentation de l’artiste exposé aux regards envieux et méchant des critiques = les chats au second plan, d’ailleurs la pie tient dans son bec un papier sur lequel Goya a signé son tableau !
Aujourd’hui la photo, la télévision, les magasines peoples ont remplacé la peinture de portrait, et c’est pourquoi, je crois, il est intéressant de se rendre au Grands Palais pour y visiter cette exposition…
Le pouvoir s’est toujours intéressé aux images. Quand des cours sont tombés, les hommes de la révolution ont repris à leur compte les trucs des vieux monarques. Au siècle des Lumières, un nouveau genre est apparu, le portrait culturel : on commande et diffuse les bustes de Voltaire, Rousseau et Buffon pour populariser les idées de la Liberté…
Et c’est comme ça que le dix-huitième siècle invente la célébrité. Il fut un temps ou seuls les monarques étaient reconnus et pas partout et par tous. Nombreux sont les récits racontant les escapades incognito de rois et de reines dont les visages nous sont aujourd’hui familiers mais ne l’étaient pas pour le peuple de leurs contemporains, avec les statuettes bon marché de Lucas de Montigny, Voltaire devient un people.
Dans le même temps, une nouvelle classe est apparu et le portrait s’est démocratisé. Parce que tout le monde n’est pas aussi riche qu’un roi, on apprend à peindre un peu plus rapidement, la touche s’accèlère, on commence à voir que le trait devient moins important que le remplissage, c’est pas encore l’impressionnisme, mais… On y vient…
En Angleterre, le portrait était très en vogue, en France il était très critiqué, il était de bon goût d’avoir un regard critique sur ces parvenus qui profitaient de leurs fortunes nouvelles pour atteindre à la postérité…
La bourgeoisie s’accapare les codes du portrait culturel pour acquérir une grandeur qui lui fait défaut et espérer entrer dans l’histoire. Le banquier Tronchin se fait représenter en collectionneur en robe de chambre protégé par les arts, rien que ça… Et la cantatrice Sophie Arnoult commande dix-huits exemplaires en plâtre de son buste pour l’offrir à ses admirateurs… Ce qui est assez malin parce que le gramophone n’a pas encore été inventé, et c’est tout ce qui nous restera d’elle…
Dans le même temps cette démocratisation du portrait dépoussière un peu le genre… Joshua Reynolds ne craint pas de faire poser Mrs Abbingdon un doigt sur les lèvres, ce qui est un geste très inconvenant et érotique dans la pudibonde Angleterre du dix-huitième siècle… Et en France, Madame Benoist décide de représenter l’irreprésentable une femme à la peau d’ébène !
Est-ce que vous l’avez vous votre portrait sur toile ou en buste ?
13:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, art
06.10.2006
Exposition Lee Friedlander
Je me dirigeais vers le lavabo des toilettes pour dames en jetant machinalement un regard dans le miroir, quand je croisais celui de cette vieille dame très seizième qui me demanda tout net :
- Vous avez visité l’expo Friedlander ?
- Non pas encore, j’y vais…
- Oh ! dommage, j’aurais voulu savoir si j’étais la seule à ne pas aimer, c’est n’importe quoi… vraiment n’importe quoi…
Je quittais les toilettes en pensant que j’aurais préféré ne pas entendre un avis aussi négatif avant de découvrir l’œuvre de Lee Friedlander… Il y a des artistes comme ça, on ne sait pas trop comment on a pu y passer à côté… Et Lee Friedlander a beau être un acteur incontournable de la photographie américaine, je ne connaissais pas son travail… Rien de très étonnant à cela… Lee Friedlander, à ses débuts, photographiait des jazzmen pour faire des pochettes de disque, et on ne lit jamais le nom du photographe sur la pochette de disque… Ce n’est pas une photo remarquable, juste un objet qui sert à protéger des rayures et qui permet d’identifier l’artiste… À cette époque il ne s’agissait même pas vraiment de créer un univers, il y avait une âme qui s’échappait
d’une voix ou d’un saxo, pas besoin de marketing… Par la suite, à la manière d’un walker Evans il a photographié les Etats-Unis, les rues, les villes, les champs, les gens, les usines, les monuments… Il n’a pas fait de série de mode, il n’a pas fait de publicité… Et c’est pourquoi son œuvre reste méconnue en France…
Une brève présentation à l’entrée met en garde le visiteur non avertie : ce qui serait ailleurs taxé d’erreurs photographiques est ici au centre du travail du photographe.
Ces jazzmen semblent avoir tourner la tête au moment où il a appuyé sur le déclencheur… Dans l’art du portrait, du gros plan, généralement c’est le regard qui vous scotche, le photographe a centré, le peintre a composé son image autour des yeux, et l’on est interpellé par un regard qui nous renvoit à notre propre humanité, en soulignant la fragilité du modèle ou au contraire sa force, etc… Lee Friedlander lui il compose parfaitement son image, mais il a l’air de s’amuser a déclenché la photo une seconde avant ou une seconde trop tard…
C’est sûrement ça qui n’a pas plus
à mamie-toilette…Elle a dû se dire qu’il ne savait pas faire, ce qui est faux parce que le dernier modèle de la rangée, celui qui nous regarde, il nous scotche, il me rappelle certains portraits de Salgado… Moi je suis restée songeuse face à ces paupières baissées, ces têtes qui se tournent… Et qui vous interpellent quand même… Pourquoi sur les photos de mariage ou d’anniversaire quand nous on fait ça ça marche pas…
Après les pochettes de disque, on aborde une partie plus documentaire à quoi cela ressemblait l’Amérique dans la deuxième partie du vingtième siècle… C’est la partie la plus facétieuse et la plus baroque de l’ expo, moi j’adore…
Quand j’étais étudiante en cinéma, l’on n’avait pas d’argent pour travailler en film et pas suffisamment de matériel pour tous travailler tout le temps en vidéo, par conséquent nos professeurs nous avaient demandé d’investir dans un appareil photo 35 mm avec un boîtier manuel… Pour apprendre à composer, construire une image jouer sur les lignes, les reflets, la profondeur de champ, etc… C’était un travail assez ludique avec des résultats divers… Et c’est à cette période de ma vie que je repensais en parcourant l’expo de Lee Friedlander parce qu’il y a chez lui cette candeur, cette facétie…
Il fait des photos à la Tati avec des images très construites et diverses saynètes qui interviennent dans différents espaces soit par un truchement premier plan, deuxième plan, arrière plan, soit en faisant intervenir des cadres dans le cadre, un rétroviseur, un miroir, un écran TV, une peinture, etc… et de l’intéraction entre ces différents plans, il naît quelque chose de drôle…
C’est un photographe facétieux…
Ces nus sont absolument déments, on reste scotché devant, c’est sculptural, sans être esthétisant, c’est la position du modèle, la construction de l’image qui accroche le regard, pas la chair, et pourtant la chair est très présente… Il y a des petits seins, des gros seins, des beaux seins et des seins en gants de toilettes, des gros culs et des petites fesses, mais ce que l’on retient c’est de l’ordre de la sculpture, cela évoque Maillol, Rodin, c’est la surface comme polie.. la surface et les lignes… Et les poils !!! Friedlander photographie une Amérique qui semble ignorer le brésilien et les aisselles nudes… je le soupçonne
d’avoir obligé ces modèles à se raser durant plusieurs semaines avant de tout laisser repousser voire de leur avoir fait faire une teinture de poils spécialement pour la photo… Mais les poils, la chair pas forcément parfaite c’est pourtant ce qui permet d’ancrer toujours cette démarche dans un travail documentaire, on fait la photo là tout de suite maintenant, " non tu n’as pas le temps de te raser, alors maintenant remonte un peu le bras là, mets un peu plus ta jambe vers la gauche, non la cuisse doit être quasiment à l’horizontale, voilà"…
Dans les années 90, Freedlander a troqué son Leica 35 mm contre un Hasselblad super wide en clair il a abandonné le format rectangulaire pour faire des photos carrés, il a quitté la ville pour les grands espaces et la campagne… Il a vieilli en fait… Mais il reste un grand-père très facétieux…
mais je suis moins sensible à cette partie de son travail, peut-être parce qu’il travaille en noir et blanc et que pour moi les grands espaces américains ça se photographie en piquant sa palette à Edward Hopper…
Allors voilà si vous ne savez pas quoi faire ce week-end, et que vous êtes à Paris. C’est l’expo photo de la rentrée, celle dont tout le monde parle, parce que 500 photos c’est énorme, parce que Lee Friedlander c’est un acteur incontournable de la photo US donc mondiale et parce que c’est une première en France… Si vous ne l’avez pas vu à New York si vous n’étiez pas à Munich et que vous ne projetiez pas de faire le voyage jusqu’à Madrid ou Barcelone, et bien c’est le moment, il faut y aller, Lee Friedlander expose pour la première fois à Paris, au Musée du Jeu de Paume dans le Jardin des Tuileries, et jusqu'au 31 décembre… C'est presque en face de chez Angelina, et pas très loin de Ladurée…
13:49 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, blabla de filles, art, photographie
15.09.2006
L'orient de Pierre Loti..
Dans le quartier de la Nouvelle Athènes, au n° 16 de la Rue Chaptal, une cour pavée dessert 3 bâtiments qui abritèrent un temps la vie et le travail du peintre Ari Scheffer… Le Musée de la Vie Romantique est l’un de ces jolis musées sans œuvre majeure que l’on finit par découvrir un jour par hasard à la faveur d’une exposition ou bien parce que l’on avait une heure à occuper dans le quartier avant un rendez-vous… mais je suis venue exprès… malgré toute la tendresse que j’ai pour les collines verdoyantes, les pottok, les rouleaux et les criques, les etcha rouge et blanche d’Euskadi, je n’ai jamais réussi à venir à bout de Ramuntcho… … J’ai visité Istanbul en n’ayant parcouru que quelques lignes, de courts extraits d’Aziyade, et les côtes Bretonnes sans avoir ouvert Pêcheurs d’Islande… Je n’ai pas lu non plus les désenchantés ou vers Ispahan dont les seuls titres me ravissent… Alors je ne sais pas bien pourquoi j’ai toujours aimé Pierre Loti…
Peut-être parce que je l’associe à une époque où les artistes à la faveur de charge consulaire, plus rarement commerciales parcouraient le monde pour y chercher l’inspiration… Je regretterais toujours de ne pas avoir vécu à Constantinople ou Alexandrie, de ne pas avoir parcouru Alger au temps de Delacroix et d’avoir découvert Marrakech trop longtemps après Majorelle… J’aurais voulu être un homme au dix-neuvième siècle, limite au début du vingtième siècle, évidemment il eût fallu que j'échappe à cette boucherie la guerre, j'aurais été écrivain-ambassadeur et j'aurais traîné dans les harems…
Pierre Loti était officier de marine, il avait pris ce pseudonyme de Loti parce que c’est ainsi que l’avait appelé une reine polynésienne, Loti, une fleur des îles… De Tahiti l’officier n’était pas reparti avec un collier mais avec un nom, le nom qui lui permettrait de donner libre cours à sa sensibilité, à ses rêveries, à ses folies… Toutes les excentricités que n’auraient pu se permettre du fait de sa charge un homme attaché à la marine nationale… C’était un académicien clown acrobate avec un corps de body builder qui envoya une photo de lui nu à ses confrères de l’académie pour y fêter son élection… C’était Zola qui s’était vu refuser le siège cet année là… Loti était probablement moins plombant, plus superficiel et lèger que l’auteur de l’assommoir et germinal, mais on ne le vit pas beaucoup siègé à l’académie, il était ailleurs… Il voyageait, et il aimait…
C’était un temps où l’Empire Ottoman se délitait à la faveur de la France ou de l’Angleterre qui se disputaient les miettes… À Paris, pour échapper aux rigueurs d’une morale bourgeoise et cancannière lorsque l’on voulait peindre un nu on allongeait délibérément les bras, on décrochait une épaule, on redessinait le contour d’une hanche, l’arrondi d’un fesse et l’on étendait un corps sur un drap blanc ou penché sur le rebord de quelques bains ottomans… L’odalisque c’était la créature photoshopée d’Elle-Vogue-Glamour, une beauté fantasmée que nul n’avait vu… Chasseriau par exemple n’a jamais franchi la Méditerranée, et je crois savoir que Delacroix a commencé à peindre des sujets orientaux bien avant d’entreprendre son voyage au Maghreb…
Loti a parcouru les rues de Stanboul, il a été reçu dans les palais et dans les maisons, il s’est perdu dans les souks, il connaît l’odeur du jasmin, les vertus du khol, il a vraiment aimé et a été adoré d’une jeune beauté circassienne qui mourut de chagrin après son départ… C’était un temps où le voile était « le tabernacle de tous les désirs », peut-être était-ce plus simple de découvrir l’Orient en ce temps-là… les voyages étaient plus compliqués, les voyageurs étaient mieux éduquées, ils avaient eux même leur propres lots de préjugés, de savoir vivre, d’ignorance, et de transgression… peut-être le fossé était-il juste géographique et moins temporel… le voile était le tabernacle de tous les désirs et non le symbole d’une féminité, d’une identité niée, réprouvée, entravée…
C’est le genre d’expo où il faut se laisser embarquer par ses rêves et transporter ailleurs… Et demain et après demain, à l’occasion des journées du patrimoine c’est gratuit, il y a même des conférences et des lectures faîtes par une comédienne l’après-midi… L’occasion de découvrir un musée assez méconnu où georges Sand une voisine a déposé ses bijoux…Le musée est très joli. Il faut oublier les stilettos parce que l’on se tord les pieds sur les pavés irréguliers de la cour. Les cakes sont de chez Bertrand et la déco est signée Jacques Garcia, la verrière est jolie, et toutes ces plantes, cette végétation qui rampe sur les murs et envahit la cour cela permet d’oublier les plateaux un peu cheap, la cellophane, les barquettes traîteurs et le carton graisseux, on peut même boire une tasse de kharkadé…
16:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, art

