11.11.2005

I've got it...

Bon je m'étais promis de ne pas en parler ici car je ne voulais pas inquiéter et-ou agacer tous ceux qui m'aiment et ont attendus parler de mon découvert, de mon banquier, etc... mais le secret est ébruité... Oui lorsque l'on veut taire un achat, il convient d'éviter de se rendre à un rendez-vous avec son joli pull à nœuds de satin bleu nuit qui a été vu à la télé, le jour même et le sourire satisfait de celle qui a vaincu à l'issue d'un vaillant combat et qui éprouve le besoin de s'en vanter...
Vous l'aurez deviné : hier, j'ai fait un hold-up chez H&M...
Hier j'avais décidé de me rendre à Saint-Germain des Prés pour y faire un repérage et y trouver l'inspiration... Je voulais me balader dans ses rues, lécher ses vitrines et me mettre dans la peau d'une étrangère tout juste arrivée à Paris et découvrant éblouie le carré de la mode rive-gauche... Et ce faisant, je me suis dit que cette folle de mode dans la peau de laquelle je tentais de m'immiscer le 10 novembre 2005 irait ab-solument faire une razzia chez H&M pour y rafler les petits bijoux dessinés par Stella... Sinon, vraiment, je ne serais pas allée chez H&M mais bon là, je devais c'était pour du travail...
16h30, le stand est absolument presque désert, reste en rayon des centaines de ceintures métalliques et d’écharpes bleues et rose-chair, des dizaines de tops jaunes à strass, la petite combi bleue en taille 42, la chemise blanche en taille M, 5 kimonos en satin rose et bleue... plus de pulls, plus de robes, évidemment... Attention une hyène approche convoitant la chemise, je la saisis d'autorité au nez et à la poitrine opulente de la hyène qui s'arrête interdite. C'est quelle taille, me dit-elle, c'est une taille M répondis-je et je la prends. La hyène me détaille de haut en bas, d'un air critique, elle ne bouge pas. Je sors la combi du rayon, je touche le tissus, je cherche la lumière, je prends tout mon temps, la hyène est là, imperturbable à 30 cm de moi. J'entoure fermement la chemise 3 fois et je la noue autour de ma besace Upla. Non mais. Je ne suis pas une fille de la nuit, et la combi est difficile à porter le jour -à mon avis- encore que, en été peut-être, ceci dit elle a vraiment de la gueule, elle a tout du must-have... enfin du wish-have... mais bon 42, coup d'oeil circulaire rien qui traîne... Idem pour la chemise qui se porte large mais qui me paraît vraiment large. J'essaie la combi devant la glace par dessus mon jean. La hyène derrière moi commente : ça vous pouvez le porter vraiment très large, hein, parce qu'il y a un côté sarwell, et puis cela vous va très bien au teint...Moi, dans ma tête : non mais pour qui tu me prends espèce de chienne de brousse, c'est bien tenté mais est-ce que j'air l'air si corruptible, fais-moi des compliments, j'adore que l'on me flatte mais si tu crois que ça va suffire pour que je te lâche la chemise en craignant que "ça" cela ne se porte pas si large, et que le blanc ne me flatte guère, tu rengaines ta carte bleue dans ton Prada et tu te l'enfonces jusque-là où je pense. Imperturbable, je tourne, devant, derrière droite gauche, je me souris dans ma combi c'est vrai que le bleu me va bien, et c'est grand. De toute façon avec le jean et un pull dessous impossible de se rendre compte, il faut que je le tente en cabine. Je retire la combi. Je dénoue la chemise enroulée trois fois autour de mon sac, en surveillant la chipie du coin de l’œil, je ne la sens pas du tout cette hyène... Avec un pull dessous, la chemise est très très large, pourtant elle est so chic... Mais comme elle est coupée à la base pour être large une taille au desssus cela devient vite une robe... Importable... Oui mais elle est tellement belle, je la veux... et si j'apprenais à coudre, peut-être que je pourrais la porter comme ça... et si je prenais dix kilos... je suis à deux doigts de commettre un achat compulsif... La hyène me glisse alors sur le ton de la confidence : vous la voulez en S, je l'ai en S, je l'ai caché là-bas mais elle est juste pour moi, elle serre un peu, on échange... Je'hoche la tête convulsivement, je lui tends la chemise et je la laisse partir avec, la hyène vient de me sauver d'un achat regrettable, je ne la suis même pas, résignée, bonne joueuse, je lui fais confiance... Elle revient et me tend la chemise en me faisant un clin d’œil... Toute guillerette je file en cabine essayer la combi-sarwell... Réellement trop grande et puis un tantinet too much pour moi, je me sens un peu trop vieille pour la combi, je la laisse en rayon...

J'ai presque fait le deuil du pull et de la robe qui me faisaient tant envie sur les photos quand une annonce micro, nous apprend que pour les personnes qui attendent pour le réapprovisionnement Stella Mc Cartney nous sommes pour l'instant sans nouvelle de la livraison... Comment ? Il y aurait donc un réapprovisionnement ? La collection n'est pas épuisée ? Je continue mon tour dans les rayons à la recherche de "la right pièce" égarée... Une seconde annonce appelle tous les managers à une réunion à la direction concernant la collection Stella (=une copine). Bientôt une autre annonce nous apprend que pour les personnes qui attendent le réapprovisionnement Stella, il semblerait qu'il ne se passe rien ce soir, le magasin réouvrira ces portes le lendemain à 10h00... Je continue à fouiller les rayons... Un quart d'heure après, le camion de livraison a réussi à franchir le périphérique... La direction demande à son aimable clientèle de bien vouloir "évacuer" (sic) la zone Stella Mac Cartney de façon à permettre au staff de réapprovisionner les rayons dès l'arrivée du camion... Dans les rayons, les consommatrices se marrent franchement : ils ne redoutent rien chez H&M... Quelques maris portant à bout bras, manteaux et gamins braillards soufflent avec encore plus d'énergie... La horde des hyènes s'en fout, unie encore pour les quelques minutes qui nous séparent du moment du réapprovisionnement, elles font cercle autour de la zone... Vigiles et vendeurs sont là, un gros moustachu qui semble les manager organise un cirque invraisemblable : attendrait-on l'arrivée de Zinédine Zidane et l'abbé Pierre qu'il en ferait à peine des tonnes de plus... Cet homme est un intermittent du spectacle engagé pour l'occasion où je ne m'y connais pas. Enfin les frusques tant attendues arrivent : en cinq minutes les vendeurs réapprovisionnent les portants en prenant soin de bien mélanger les différentes pièces de la collection, et les différentes tailles, enfin pour plus d'efficacité encore ils achèvent l'ensemble en organisant un chassé croisé de tous les portants afin de déjouer les plans des hyènes malignes genre moi qui ont tenté de se placer de façon à être le plus proche du portant convoité qui de fait se retrouve presque à l'opposé. Un... deux... trois... feu... Partez... les hyènes se précipitent et se bousculent dans un beau désordre s'emparant à l'aveuglette de tout ce qui dépasse... Je comprends vite qu'il ne s'agit pas de contrôler taille ou modèle mais de piocher vite et voir après... En cinq minutes à peine tout est partie, on s'éparpille pour essayer en dehors de la zone car ils attendent un nouveau réapprovisionnemment... Ma première pioche s'avère très médiocre, je comprends que je dois me monter plus combattive et plus performante : plus question de chercher à regarder taille et modèle, le but du jeu est de s'emparer d'un maximum d'articles, avant d'essayer vite, très vite et de se diriger vers le prochain réapprovisionnement, il y en aura 4, je progresse et j'apprends très vite... Au deuxième réapprovisionnement, j'ai le pull rose qui malheureusement ne me va pas au teint et que je souhaiterais trouver en bleu, et la robe... J'hésite encore sur le pull noir et j'espère encore le pull bleue, je parcours les rayons à la recherche de la pièce rejetée...
Les réapprovisionnement ont tous eu lieu. La comédie humaine se met en place : troc, tentative d'extorsion, sourires hypocrites, compliments, tout est bon pour faire lâcher sa prise à l'autre corbeau... Et à ce jeu, je ne suis pas la dernière des renardes...
Ha! au fait si une copine vous dit que ce sont des tailles italiennes et que par conséquent il faut tout considérer comme étant une taille au dessous c'est parce que je voulais lui faire lâcher son pull bleue nuit qu'elle avait la flemme d'essayer... Ceci étant H&M reste une enseigne suédoise et Stella une créatrice anglaise, donc elle avait qu'à réfléchir cinq minutes...
Tout ça pour dire que : I've got it... Le pull bleu nuit avec les noeuds et l'encolure en satin, la robe bleu-vert d'eau, et la chemise blanche... J'ai eu exactement tout ce que je voulais et j'ai sagement reposé le pull rose-chair très beau qui ne flatte pas ma carnation de brune, le pull noir que je trouve moins beau en vrai, et la combi que je n'aurais pas assumée...

10.11.2005

Busy-girl

Je me lève, je m'habille à tâtons dans le noir, je fais un bisous au chéri, je m'habille. La porte claque derrière moi. Dans la rue, il fait encore nuit. Un peu. Il pleut. Je décide de traverser Belleville à pied, une petite marche matinale pour effacer le trop peu de sommeil et réfléchir à la journée qui vient. Deux rendez-vous aujourd'hui. Le matin, dans une célèbre agence parisienne, un jeune modèle que je voudrais rencontrer, interviewer pour un projet de documentaire. Cet après-midi le directeur du service audiovisuel d'un gros établissement financier à qui je veux proposer mes services comme chargée de prod free lance. Comment vais-je m'habiller. Pas franchement le même public. Gérer mon temps, repasser à la maison, ce midi, me changer. Je repasse mentalement dans ma tête, les questions que je vais poser à, appelons-la, Tatiana. Je ne veux pas réfléchir au rendez-vous de cet après-midi. Un prob… m… Une solution après l’autre… Sourire. Silence. Regard.

Mon 501 élimé, un petit pull noir, mes boots Free-Lance, mon trench Burberry, ma besace, Upla… Voilà qui devrait me fondre dans le paysage d’une célèbre agence… Je dois rencontrer une jeune fille d’une quinzaine d’années, parachutée depuis quelques semaines dans une capitale qu’elle ne connaît pas et qui si elle doit commencer à connaître les castings, n’est sans doute pas rôdée à l’interview et peu habituée à parler d’elle-même. Ça tombe bien moi je ne suis pas vraiment journaliste. Donc je m’habille finalement comme tous les jours, on va s’asseoir dans un coin et papoter comme des copines.

Un peu de blush. J’ai un entretien, donc j’ai un bouton, c’est normal. Pour commencer, sous le make up, mon super gel Exfoliac qui assèche une fois par mois ce sal… Je po-si-tive. Très bien pour mon rendez-vous de ce matin : Tatiana aura l’impression de parler à une copine de son âge, ça la mettra en confiance. Est-ce que de mon expérience l’Exfoliac a jamais été capable d’assècher un bouton en une matinée ? Réponse, non. Bien donc il va falloir convaincre Monsieur-je-gère-les-ressources iconographiques de la grande banque que j’ai plus de trente ans et dix ans d’expérience. Gérer mon temps, repasser me changer à la maison, ne pas prendre le risque du jean, surtout pas avec un bouton.

Je suis un peu en avance, l’agence ouvre à peine. Les bureaux sont plongés dans le noir. Dans le bureau des bookers, un homme et face à lui une femme, elle se plaint, je n’arrive pas à saisir de quoi, je n’ose pas avancer et les interrompre. Une jeune femme blonde arrive derrière moi, très jeune, très peu maquillée une mini-jupe en jean, des jambes très longues, je suppose qu’elle a rendez-vous avec moi. On s’installe dans un canapé, elle me tend son book. Elle pense être venue pour un casting, c’est la version Kho Lanta de l’agence de Top Model. Stage de survie et d’adaptabilité pour très jeune fille très grande très mince en milieu urbain. Je lui explique qui je suis et ce qui m’amène ici, un projet de documentaire pour la télévision. Je suis venue pour avoir de la matière savoir ce que c’est que la vie d’un jeune mannequin pour imaginer ce que pourrait être la vie de celle que nous filmerons d’ici un an deux ans peut-être, à un moment où elle-même sera déjà devenue une star, ou un modèle confirmée, ou autre chose… Bref, je lui demande de me raconter sa vie et c’est totalement gratuit, sans objectif… Elle a accepté le deal, elle s’est lancé d’abord timidement mais généreusement, pas de discours formaté… Je suis assez contente de moi. Je ne suis pas journaliste, ni très rodée à cet exercice. Je l’ai mise en confiance, je l’ai invité à parler, et ça s’est très bien passé… J’ai toute la matière dont j’aurais besoin et j’ai comme l’intuition que mon sujet existe vraiment que l’on va pouvoir le raconter…

Je ressors bluffée par la maturité et la lucidité de cette gamine de dix-huit ans… On ne grandit pas à la même vitesse selon que l’on naisse à Paris-New-York-Rome- Madrid ou bien à Rio-Kiev-Bratislava-Bucarest… Et puis les deux derniers mois, et leurs tourbillons d’expériences nouvelles : nouveau pays, nouvelle langue, nouvelle solitude, découverte du monde du travail ont dû pas mal accélérer le processus… On se souhaite « good luck » pour la suite, on a toutes les deux le sentiment d’avoir quelque chose à jouer dans les prochains mois…

Je repasse à l’appartement. Déjà midi passé, mon estomac crie famine. À partir de maintenant, je mange comme ma nouvelle copine : 1 yaourt le matin avec du thé, légumes vapeur-poisson le midi, et le soir par exemple des sushi… En fait, je mange déjà plus ou moins comme ça, manque de bol mon métabolisme n’a pas quinze ans… Je décide de re-supprimer le riz dans les sushi. Et de boire un litre de thé supplémentaire- jour.

Flanelle grise, pour le pantalon, je garde mes boots et mon pull noir et mon trench, voilà qui devrait me permettre de me fondre dans le décor de la grande banque. Je repasse dans ma tête la manière dont je vais conduire cet entretien, comment je vais le faire parler, etc.… J’ai appliqué la fameuse règle des 60-30-10, j’ai amené ce grand silencieux à me confirmer ce que je savais déjà et à m’en dire un peu plus. Il a surligné en jaune certaines lignes de mon CV, il m’a demandé mon numéro de Sécu, de congé spectacles et un RIB, j’en déduis donc que si quelque chose se présente-il a l’intention de me contacter.

Je me suis offert une petite écharpe en laine mélangée vert tendre, chocolat au lait et amande pour me récompenser. Et le soir au resto avec mes cops, j’ai mangé un coca-light…

30.10.2005

Mon week-end en vrac...

Boire un jus d'orange en terrasse au café de Flore et me réjouir de la fraîcheur acidulée du fruit qui inonde ma bouche, se répand à travers les papilles, les excite chacune, toutes, une à une avant de glisser dans la gorge... Encore... Savoir se réjouir encore de boire un jus d'orange au Flore... Choisir la terrasse parce qu'il fait si doux en ce dimanche d'octobre, et regretter presque la salle du haut et ses boiseries chaudes, ces tables patinées par tant de coudes en chemises blanches aux manches retroussées occupées à coucher des lignes et des lignes sur des petits carnets de moleskines... des plumes de talent, des vrais escrocs bien sapés, des dandys, des gigolos, des musiciens, Saint-Germain des Prés, Montparnasse... Ne pas savoir ce que je préfère, le jus d'orange, l'expresso, les histoires, une légende... Entendre parler anglais à une table, italien ou espagnol à une autre, et regretter de ne pas être aujourd'hui une voyageuse qui poserait pour la première fois ses valises à Paris... Me replonger dans Michaux, "Barbare en Asie" et me demander pourquoi je n'avais pas aimé, il y a dix ans... Me dire que j'ai de la chance d'avoir l'âme d'une voyageuse, dans ma ville, d'être capable d'être contente de boire un jus d'orange en terrasse au Flore... La sagesse, la maturité, l'optimisme, autre chose... Comprendre enfin pourquoi il y a dix ans à Nantes, Michaux avait emballée toute une classe, acquise à l'enthousiasme de son prof de français, et moi, je n'avais pas aimé... Michaux raconte un barbare en Inde, un Barbare dans l'Himalaya, un barbare en Chine, un barbare au Japon... Il se relit des années après et d'avant-propos en avant-propos s'excuse presque d'avoir écrit ça... Et pourtant les cent et quelques pages d'un barbare en Inde qu'il eût été plus juste de nommer un frenchie chez les barbares en Inde me donnent plus envie d'acheter un billet direct pour Calcutta que tous les illuminés que j'ai vu revenir en me parlant mantra, tantra, prise de conscience de qui je suis vraiment au fond de moi dans mon être intérieur vraiment bouleversé... Parce que Michaux, lui il y est vraiment allé en Inde, il s'est dépouillé de toutes ces conneries ayurvédiques qui nous encombrent la tête et il a lu une société à laquelle forcément il n'a rien compris, un monde qui l'a étonné, surpris, bougé... Me dire que je serais sans doute mieux à parcourir les routes du monde qu'assise sur ce banc à attendre un bus bondé, et songer que demain c'est lundi et que c'est un pont et que je vais considérer que c'est vacances car ce n'est vraiment pas l'idéal que de chercher du taf ce jour-là... Dans le bus, en franchissant la Seine, se dire que les jours ont raccourci et que Paris est vraiment la ville la plus belle du monde... Penser à un italien charmant et sourire en songeant à son tact, à sa diplomatie... Moi, montrant du doigt, sa coupelle dans laquelle il reste plus de la moitié du flanc bergamote-eau de fleur d’oranger cannelle que j'avais amoureusement préparé : " tu n'as pas aimé ?"... Là où un Français aurait simplement dit : "non merci, je n'ai plus faim", l'Italien lui a dit : "non non c'est très bon... simplement c'est si plein de saveurs qu'une bouchée suffit à combler mon appétit..." C'est pas délicieusement faux-cul ça, j'en ai avalé mon expresso de travers! Cette note est très longue, je ne vous parlerais donc pas de mon premier pot au feu que j'ai mitonné hier, en me disant que je faisais la même cuisine que ma mère et en étant très contente de fabriquer un pot au feu, pour dire tu vois, je suis française et ce pot au feu est français comme moi et je suis heureuse de te le faire goûter-partager... Simplement remarquer que ça ne m'a même pas fait ch...

27.10.2005

Moi, moi, moi...

Lectrice assidue de la presse féminine et suiveuse de tendance respectable, je me devais de céder moi aussi à la tentation du coaching... Et il y a quelques semaines, j'ai donc demandé à mon ANPE de financer ma réflexion personnelle et de soutenir ma motivation et mes démarches avec l'aide d'un pro... J'ai eu ce matin mon premier rendez-vous avec M. Laurent qui remplace avantageusement Madame Breton... M. Laurent a un tout petit bureau tout gris aux cloisons tristes et à la moquette tâchée, un costard Hugo boss impeccable, une chemise blanche impeccable, et une très jolie cravate... Aucune faute de goût dans sa mise, ce n'est pas un mec habillé par sa copine, et qui a l'air d'avoir été invitée dans ses fringues, il est homo très probablement, dans notre bel hexagone seuls les homos savent s'habiller seuls... Nous avons parcouru mon CV et évoqué mon parcours, mes envies, mes ambitions afin d'établir ensemble la première partie du programme de mon O.P.I (Objectif Projet Individuel). Il se dégage de cet entretien que M. Laurent est convaincu que je suis parfaitement capable de me débrouiller seule, il a loué mon dynamisme, mon activisme, etc. avant de se rappeler que l'ANPE avait acheté une prestation à sa boîte et qu'il allait donc me la fournir... Dans un premier temps, nous allons nous consacrer à la recherche d'emploi, méthodologie, préparation d'entretien, etc... Je vais donc avoir un second entretien individuel suivi de deux journées d'atelier phoning, recherche d'emploi, etc... suivi d'un atelier simulation d'entretien individuel filmée, et d'un entretien relais avec un recruteur issue d'une société de production audiovisuel qui va devoir valider la réalité de mes compétences... Suivi d'un entretien débrief qui viendra clore cette première phase de mon OPI et au cours duquel nous déterminerons la forme de la suite...
Et je dois dire que ma curiosité est éveillée...

26.10.2005

Télé-faune... phone...

Lorsque je travaillais, j'avais un téléphone fixe et un téléphone portable en sus de mon portable perso. Je travaillais dans un open-space, nous étions sept et chacun d'entre nous avait trois téléphones. À une distance raisonnable, se trouvait l'accueil où arrivait l'ensemble des lignes de CDI comp'ny... Les personnes qui s'occupaient de l'accueil avaient en sus de la dizaine de lignes de la société, leur propre téléphone portable... DDDDRRRINNNNG, TOUTOUTOTLOUTOU, BIIIIIIPP, PARA DANSAR LA BAMBA, Meuhhhhhhhh, waouhhhh waouhhh, ring ring, tagada tsouin tsouin tsouin... Parfois lorsque vous décrochiez enfin, après vous être débarrassée d'un interlocuteur encombrant peu susceptible de s'interrompre pour vous permettre de faire patienter le demandeur de la deuxième ligne que vos collègues occupés par ailleurs où obéissant à la tacite loi "à chaque jour me suffit mon propre lot d'em...", parfois lorsque vous décrochiez donc, vous entendiez hurler : "mais qu'est-ce qui se passe chez vous c'est la panique ou quoi vous êtes injoignables"... Dans ce temps lointain, le téléphone sonnait, le téléphone m'ulcérait, il me rendait dingue, m'agressait... Le paradis ressemblait pour moi à... à aujourd'hui, en fait... Simplement voilà, je me suis trompée... Le téléphone ne sonne pas... Je le décroche, je le raccroche, non pourtant il est bien raccroché... n'ai-je pas mis mon portable sur vibreur, non il est en mode sonnerie... Je checke mes mails, mon carnet, je m'assure que j'ai bien laissé le bon numéro de téléphone... Mais non... tout est normal... mon téléphone reste désespérément muet : aujourd'hui c'est mon trente-sixième jour sans travail, j'ai un flash de ma tête au journal télévisé façon otage... à partir de quand, rappelez se dit harcelez ? à partir de quand s'obstinez signifie s'humilier ?
Sonne, mais sonne... dring, dring...

23.10.2005

De ménage et pas seulement...

Lorsque au marché d'Aligre, ce matin, je me suis emparée du hors-série de Psycho sur le développement personnel, lorsque j'ai franchi la porte du Franprix pour y acheter de la faisselle à 0 % et un pack de légumes pour pot au feu, j'ai compris que cette journée serait celle de l'introspection... Envie de propre, de zen, envie de netteté, envie de pureté, je veux que tout soit bien rangé et que tout brille dedans-dehors, je veux faire place nette...
Je suis rentrée dans ma maison... J'ai versé 3 litres d'eau dans un grand faitout, j'ai mis dedans un bouquet de laurier, et quelques épices plus hot, j'y ai jeté les carottes, les poireaux, les navets jaunes et blanc, un oignon et une pincée de gros sel, et j'ai laissé infuser...
J'ai dégusté mon « purifie-toi de l'intérieur et tu maigriras », en feuilletant mon Psycho, sans parvenir à le lire, sans parvenir à me concentrer tant le désordre ambiant m’interpellait... La finalité d'un canapé est-elle de recevoir des revues, du courrier, et mes sacs en cours... Mon fauteuil club, certes un peu défoncé, a de la gueule, du chien, un charme difficile à apprécier dans sa fonction portemanteau - vide-poche pour retour de shopping... Il y a bien sûr la vaisselle qui s'empile dans l'évier, le courrier qui traîne sur la table, le linge qui s'entasse dans la corbeille, et enfin pourquoi mes chaussures ne sont-elles pas dotées de la fonction autonome retour coucouche-panier ! Je suis née pour être riche, je ne sais pas ranger au fur et à mesure, je ne sais rien faire au fur et mesure, apprenez-moi la mesure, ou donnez-moi de l'argent et je suis prête à engager deux femmes de ménage à plein temps pour ranger derrière moi... Je suis une bordélique qui déteste le bordel... Je veux bien même prendre un plus grand appartement et engager plus de personnel pour ranger ce que je pose. Mais en attendant ce jour heureux, je me dois de prendre les choses en main, sous peine de voir mon exigence esthétique heurtée se venger sournoisement sur mon moral. Alors vaillamment-courageusement, j'ai croqué dans une comice juteuse et sucrée en dressant le plan d'action : salle de bain -cuisine-salon-- chambre.
Phase 1 dans la salle de bain : faire place nette en commençant par retirer des fils sur lesquels ils menacent de se fossiliser, mes vêtements secs depuis au moins trois jours... Les plier, les ranger sur des cintres et dans la commode... j'y vois déjà beaucoup plus clair, cela m'a pris dix minutes, je dois absolument renoncer à toujours remettre à plus tard, ces petits trucs qui ne sont rien à faire et qui mis bout à bout vont me bouffer l'après-midi. J'y vois déjà beaucoup plus clair, et je n'ai plus à repousser les obstacles pour circuler dans une pièce de 4 m2... Et soudain tout s'éclaire, il apparaît que tout ce qui est blanc, machine à laver, appareil sanitaire a besoin d'un sérieux coup d'éponge, ce qui signifie que tout ce qui n'est pas blanc en a besoin aussi... Tous ces cheveux, sur le sol, et autour de la bonde de la baignoire n'ont rien à faire à cet endroit, il devrait être sur ma tête (penser à commencer une cure lobaminée), ils sont au fond de la baignoire et sur le sol, il m'appartient de les enlever. Je dois aussi songer à apprendre à me laver les dents sans éclabousser du dentifrice sur les rebords du lavabo. Il y a des gens qui s'engueulent pour des trucs aussi idiots que ça, ma relation est peut-être bancale, différente, mais ai-je vraiment envie de discuter cheveux qui traînent et méthodologie d'ouverture de tube de dentifrice. Face au miroir au-dessus du lavabo, je frotte, je brique, je cleane : ce n'est pas mon teint qui est chiffonné, c'est le miroir qui est poussiéreux... Tant que j'y suis, j'hasarde une main baladeuse, fureteuse et insistante sous le lavabo, derrière les tuyaux, je soulève les cadres et je vide les étagères : c'est tout moi, je laisse traîner, je me laisse envahir et soudain avec une obstination et un soin maniaque je vire, je vide, je détruis, je décortique... On croit venir à bout du calcaire et en fait non, c'est un combat de tous les instants, quelques semaines d'inattention et le voilà revenu épais, coriace, dur et ça fait sale... non mais un petit coup de plumeau sur ma grosse malle, je remets les objets en place, je balaie, j'inonde d'eau et de javel, ça sent le propre, le neuf et moi je me sens déjà un petit peu mieux... Avancer, il faut avancer, la cuisine, le salon, la chambre m'attendent...

14.10.2005

Cosi fan tutte…

1789 alors qu’à Paris, les sans-culottes mençaient de renverser le roi et de la fille de la grande Marie-Thérèse, à Vienne, la vie continuait… Et Joseph II commandait à Mozart, un opéra dont il avait, lui-même, choisi le sujet… Sur la requête de Mozart, Lorenza Da Ponte tira d’un fait divers « Cosi fan tutte » qui raconte comment un vieux sage un peu fouille-m…, entreprends de démontrer à deux amoureux transis que leurs « si innocentes » fiancées, comme les autres femmes ont la chair faible et que ce n’est certes pas sur cette faiblesse bien humaine qu’il s’agirait de les répudier…

J’ai levé les yeux au plafond pour découvrir le dôme de Chagall que je n’imaginais absolument pas comme ça… C’est beau, c’est très beau… Le pourpre brodée d’or, du rideau, le rouge des fauteuils et tapis, l’orchestre dans la fosse, ma main sur ton genoux, ta main sur la mienne… Tu as voulu prendre une photo de nous parce que c’était la première fois que nous allions à l’Opéra ensemble et ça m’a touché… Les gens continuaient à s’installer… Je savais que tu allais penser à New-York, à cette pianiste chinoise dont tu parles parfois avec des étoiles dans les yeux… Et puis, il y avait ce téléphone que tu as regardé, qui aurait dû sonner et qui ne sonnait pas… Moi je pensais à tout ce que tu avais vécu et moi pas encore…

Je me suis penchée vers toi et je t’ai demandé ce que cela voulait dire « Cosi fan tutte » et tu as dit « des choses qu’elles font toutes »… Et j’ai ri… Parce que l’emploi du féminin me paraît très approprié ici puisque nous savons toutes que les hommes eux ne se refusent jamais…

La fidélité, les maris, les femmes, les amants, le sexe, l’amour, l’adultère, le qu’en dira-t-on… Cette préoccupation n’a pas d’époque… Et est peut-être plus prégnante encore aujourd’hui dans un monde où l’on a le choix, une société où chaque individu prétend au bonheur… Sur un décor nu ou presque de murs de théâtres, Chéreau prend donc le parti de « l’atemporalité » (selon le Larousse ce mot n’existe pas, mais comme il me semble parfaitement résumer l’idée que je vais développer, je le garde)… Le décor : une cour d’immeuble atemporelle, les murs sont gris, ce pourrait-être une cour d’immeuble du XVIIIe siècle, ça évoque tout de même pas mal les backstages d’un théâtre d’aujourd’hui, un grand VIETATO FUMARE en lettres rouges barre le mur du fond, et au-dessus des portes des enseignes lumineuses vertes indiquent la SORTIE… Les costumes semblent d’une époque indéterminée et révolue, ils évoquent un carnaval, un bal masqué, une mascarade, bref, la comédie de la vie… Tous, toutes sont cocus, tous, toutes sont pécheresses, le sexe fait avancer le monde et ce n’est pas pour autant qu’il faut renoncer à l’amour…

La mise en scène de Chéreau laissant l’esprit du spectateur suffisamment libre pour qu’il puisse s’y livrer à toutes sortes de réflexions, nous avons chacun pas mal vagabondé… Comme le sujet nous intéressait, nous nous sommes aperçus après-coup que nous avions tous deux retourné en esprit des idées tournant sur le couple, la liberté individuelle, le concept de fidélité et la question de savoir si, en amour, la fidélité signifie l’exclusivité, etc.…

Moi je suis née solitaire, j’ai grandi indépendante, je suis sauvage souvent, et parfois très sociable… Si un éthologiste d’une autre planète me prenait comme spécimen pour décrire l’espèce humaine, il écrirait que l’être humain est fait pour vivre seul et que parfois il fait des trucs à deux mais qu’il faut pas trop l’emm… Il écrirait aussi que l’être humain pense souvent des trucs et fait exactement le contraire et qu’en mûrissant il apprend à composer avec…

Petite, je lisais des histoires avec des princes charmants qui résolvaient tous les problèmes de l’héroïne et anéantissaient tous ceux-celles qui, avant, avaient nui à leur belle… Ces histoires ne racontaient jamais ce qui se passe après… Trois lettres en capitale qui suivent une fin optimiste, F, I, N , et dans ma tête, c’était clair, le mariage, le couple devait résoudre tous les problèmes, écarté tous les em… Et après tout serait bien… Et donc, dans ma tête, un jour, heureusement, je rencontrerai un prince charmant qui résoudrait tous mes problèmes et après, à moi la belle vie…

15 ans, 20 ans, 25 ans, 28, 29 toujours célibataire… Alors forcément on se pose des questions… Où est-il ? Que fait-il ? etc.… Dans mes livres, on ne racontait jamais ce qu’il y avait après le mot FIN, seulement voilà dans la vraie vie, les vraies gens n’ont pas tous de ces pudeurs d’écrivain et force est de constater que la plupart des couples ne me font pas rêver…

Et alors je t’ai rencontré… En novembre dernier… Et avec toi ça aura duré jusqu’ici au moins onze mois de plus qu’avec les autres…

Toi, tu avais trois grands frères, tu étais le petit dernier… Il y avait cette amoureuse en Italie et tes enfants en Amérique, tu as fait des back & for et ça a duré jusqu’à plus tard, après qu’il soit grand… Il y a eu d’autres femmes qui vivaient dans la même ville que tes enfants, l’une d’elles t’as fait une fille, une autre était pianiste… Et sur le vieux continent, il y avait encore et toujours cette femme qui était-là…Tu es revenue en Europe, pour elle, il y a quelques années, et puis au bout d’un an tu as mis encore une frontière entre vous, ensemble et chacun chez soi jusqu’à… Tu t’es installé en France, il y a eu une autre femme, et puis il y a eu moi …

Maintenant Elle existe, maintenant, je le sais, et je comprends mieux tes silences, tes absences… J’ai découvert un autre toi, avec moins de zones d’ombre et un peu plus complet, entier… Et j’ai appris à mieux me connaître aussi, ce n’est pas tous les jours faciles, mais est-ce que c’est facile… En fait, je crois que j’aime bien toi + moi, c’est-à-dire, toi et moi jusqu’à…
Je suis une maîtresse et j’ai ton quotidien 1 mois 1/2 tous les deux mois, elle est comme une épouse, elle a quinze jours, tous les deux mois, les vacances, Noël et le premier de l’an… Avant, je n’aurais jamais cru pouvoir supporter l’idée qu’il y ait une autre, l’idée de partager, et je découvre que cela m’est indifférent, je ne te partage pas puisque je ne « t’ai » pas, et ne pas « t’avoir » ne me blesse pas puisque tu ne « m’as » pas non plus, j’aime « être » avec toi et tu aimes « être » avec moi… Nuance… Je pense même que je pourrais être son amie… Je me dis parfois que s’il t’arrivait quelque chose, là-bas, lorsque tu es avec elle, tu disparaîtrais de ma vie, sans que quiconque ne puisse me prévenir, je penserais que tu es parti, sans rien dire, ou bien qu’il t’est arrivé quelque chose, et cette idée me torturerait et je n’aurais aucun moyen de savoir…

C’est une chose que j’ai apprise avec toi, à ton contact… À distinguer la fidélité, et l’exclusivité, à distinguer le sexe et l’amour… Et je me rends bien compte, que même pour nous qui sommes relativement d’accord là-dessus et relativement clair, ce n’est pas tous les jours faciles…

12.10.2005

Ma peau de bête...

Je me ne sens pas spécialement fière de moi, mais... Je redescendais la rue du Faubourg du Temple, après une après-midi parfaitement oisive dans le parc de Belleville... Les poubelles dégorgeaient leur trop plein sur le trottoir... Dans l'air flottait un parfum d'huile trop cuite, de sucre glace, de miel, et de pistache... Les échoppes avaient sorti sur les trottoirs des tables couvertes de nappe en papier où s'étalaient les friandises dont la dégustation plus tard viendrait clore le jeûne... C'était l'été indien... Les mouches volaient au-dessus des tables... Il y avait une odeur de poulet rôti ; des poulets nus embrochés les uns à côté des autres, les uns au-dessus des autres, un pinceau safrané avait badigeonné la peau blanche et fade pour lui donner un petit air fermier... Et toute cette graisse qui suinte et tombe sous l'effet de la chaleur, je me suis détournée et j'ai heurté une aisselle transpirante, je me suis écartée suffoqué en m'excusant et j’ai manqué explosé en croisant le regard lubrique du propriétaire de l'aisselle puante... Et puis il y avait ces femmes assises sur le trottoir qui tendent la main... plus loin, c'était un ivrogne qui cuvait son vin... Parfois, je voyage à 800 mètres au nord de chez moi... Comment peut-on permettre dans une ville comme Paris, un tel manque d'hygiène ? Comment peut-on se laisser aller ainsi ? La France va-t’elle si mal ? Et m... Bref, j'avais mal à mon exigence esthétique quand tout d'un coup dans une friperie pour pauvres où au milieu des nippes, j'ai parfois trouvé un authentique trésor vintage, je l'ai vu... Une très jolie veste en fourrure couleur chocolat avec un petit col arrondie et une coupe joliment évasée vers le bas... J'ai tiqué un peu car j'avais dit que j'arrêtais les cadeaux... Mais petit un, seule au milieu du tiers-monde, je me suis sentie soudain riche... Et puis s'il y avait un seul truc joli dans cet endroit, j'avais envie de l'emporter, de le sortir de là... J'ai essayé la veste en fourrure couleur marron chocolat, je l'ai trouvé belle, très femme, avec mon treillis kaki et mes boots en faux-python, j'ai trouvé que j'avais une classe folle... Je me suis demandé si j'oserais jamais la porter... Est-ce que j'oserais cette provocation-là... cette féminité si affichée... Et puis est-ce que je prendrais le risque d'affronter le courroux de quelque ami des bêtes... Alors je me suis dit que cet animal-là était mort, il y a 10 ans, 15 ans, 20 ans peut-être et pour rien, car cette veste intacte n'a jamais quitté la housse dans laquelle un amant, un mari l'a offerte un jour, et que d'une certaine façon, c'était lui rendre hommage à cet animal mort... Alors j'ai réglé mon achat et je suis partie ma veste sous le bras, j'ai fui toute cette crasse pour me réfugier à un kilomètre de là dans mon petit nid cossu...

09.10.2005

Sa part d'ombre...

Je suis à Los Angeles, je suis partie hier au soir. Cinq cent soixante-seize pages, je ne rentrerai que demain. Par la fenêtre entrouverte me parvient la rumeur d'Hollywood Boulevard. Il y a le clapotis de l'eau dans la piscine, en bas, et le bruit d'une bouteille, de scotch qui tombe, roule et plonge... Le ronronnement des pâles du ventilateur brassant l'air tiède de la chambre donne à la scène sa continuité. Dans la chambre à côté, un couple se dispute, les éclats de leurs voix cèdent bientôt la place au bruit de leurs ébats... Je me rapproche de la fenêtre. J'entrouvre la fenêtre. Je me penche un peu. Je veux voir sans être vu. Je veux voir qui se saoule au bord de la piscine. Je veux voir les visages de ce couple dans la chambre à côté. Voir et entendre. Par le trou de la serrure, page après page, un écrivain, James Ellroy me déballe sa part d'ombre... "Ma part d'ombre" commence aussi lentement qu'un livre d'Ellroy, une centaine de pages déroulent des faits, des éléments, des noms, des lieux... Un inventaire maniaque, on songe à un rapport du LAPD même si l'on en a jamais lu... Il y a des flics qui jouent aux courses et picolent, des serveuses un peu trop rousses, un peu trop blondes, des adultères mesquins, une icône qui se fait trucider avant que nous ayons eu le temps de nous y attacher, des minables sexuels, une perversité pépère, des cadavres qui sentent le foutre, une odeur de pisse de chat... Personne n'est glamour, tout le monde est médiocre, il y a eu un meurtre, et l'on sait qu'il ne sera même pas résolu... Cent pages plus tard invariablement on s'en fout... Dans "Ma part d'ombre", c'est sur le mode autobiographique qu'Ellroy nous attire derrière le rideau, à travers le trou de la serrure... Et il énumère sans chercher à nous attendrir ou nous amadouer, le meurtre de sa mère alors qu'il était enfant, la puanteur de l'appartement où il vivait avec son père et sa chienne pisseuse, sa fascination pour les nazies, son racisme primaire, etc... Il énumère, relate avec un souci d'exactitude, avec indifférence, sans désir narcissique, il ne veut ni me séduire, ni me toucher, ni m’écœurer, à vrai dire ce type se fout complètement de ce que nous pouvons penser de lui... Page après page, il fait la démonstration que l'on peut être un foutu minable sale con et un putain d'écrivain... La partie 3 s'appelle Stoner, je vous laisse car au sortir de sa cure de désintox, alors qu'un roman commence à poindre dans son esprit perturbé, je me demande si Ellroy finira par émerger de Los Angeles ; se laissera-t-il rattraper par des émotions enfouies, un peu d'humanité...

07.10.2005

Hammam...

En franchissant la porte, j'ai eu presque froid... Je me suis engouffrée dans la vapeur humide... Un petit salon était disponible... Je m'y suis installée... J'ai aligné mes petits pots le long du mur... J'ai pris le seau et j'ai chaviré l'eau sur la faïence blanche... L'eau fraîche m'a fait sursauter... Je me suis assise sur le sol froid et j'ai collé mon dos contre le mur chaud... J'ai fermé les yeux et lorsque je les ai rouverts, il y avait ces gouttes d'eau qui ruisselaient sur ma peau nue... Le hammam est une expérience solitaire, nous ne parlions pas... Nous laissions la chaleur, envelopper nos corps, nous engourdir l'esprit... Nous regardions sans voir... Il y avait cette femme qui posait un masque sur ces cheveux cuivrés, ses mamelles pendaient sur un ventre flasque fendue de haut en bas, son corps, probablement à jeûn en ce troisième jour du Ramadan, racontait les grossesses, les naissances, et des mains poisseuses couvertes de nutella qui viennent se nouer autour de votre cou... J'ai pris un peu de savon noir dans le creux de ma main, car j'avais oublié mon gant, et j'ai gommé, massé chaque centimètre de peau nue... Je sentais les muscles se détendre et sourire sous mes doigts... J'avais chaud, j'étais bien... Il y avait ces rires et ces murmures qui s'échappaient du salon d'à côté, papotages futiles, échange de crèmes, de potions, de masques et d'onguents... Qui font la peau plus douce, plus jolie, plus belle... Et puis cette voix qui dit "trop bien" avec cette intonation qui dit "trop bon" au moment même où je pensais exactement la même chose... Alors ma bouche a dessiné un cœur, franc, détendu, tranquille... Et puis d'autres voix sont arrivées, d'autres corps se sont allongés, des corps gris, fourbus, au débit rapide et saccadée... 17H30, il était l'heure de quitter le hammam et la mosquée, l'heure de partir... Et je me disais quelle chance, d'avoir été là, à ce moment creux au milieu de la journée où les mères sont parties pour chercher les petits à la sortie des écoles, et où les bureaux des immeubles alentours n'ont pas encore déversé leur lot de cadrettes stressées...

Toutes les notes