25.09.2006

Marilyn, les dernières séances...

de Michel Schneider,

 

Ce week-end je me suis allongée… Je me suis étendue sur le divan de Romeo Greenson tout à côté de Marilyn, et puis par un étrange truchement de point de vue que la littérature, le cinéma permettent, je me suis retrouvée assise sur le fauteuil à côté de Greenson, et à nouveau sur le divan…  Pour moi qui n’ai jamais connu l’analyse, c’était une sacrée expérience pour une première fois que ces va-et-vient entre l’analysant et l’analysé…

 

Mais moi aussi je ressens ça… Oh comme je comprends ce qu’elle veut dire… mais est-ce que je suis folle… Cette femme était totalement barrée, paranoiaque, schizophrène, borderline… Et moi je me reconnais dans ces mots… doutes… il faudrait peut-être se décider à le chercher et le trouver le gentil docteur de la tête… Et en même temps, je ne sais pas… je serais curieuse d’en parler avec ceux qui l’ont lu ce livre, et j’aimerais vous le faire lire… Je me disais je crois que c’est pour ça que l’on a tellement aimé cette femme… Elle avait en elle, cette fragilité de ceux qui se cherchent dans le regard de l’autre, ce mal-être… « Je posais, j’étais modèle, je me regardais dans les glaces ou dans les gens pour savoir qui j’étais » jusque-là tout va bien moi j’écris un blog c’est pareil « Vous m’avez regardé comme du fond de vous-même. Comme s’il y avait quelqu’un en moi à qui vous alliez me présenter. Ça m’a fait du bien. » Ces deux dernières phrases, je me disais est-ce que ce n’est pas ça tomber amoureux… Ou bien est-ce moi, mon rapport aux hommes… mon rapport aux autres, tout court…

 


Un jour Truman Capote a dit à Marilyn :
- « Te rends-tu compte ce que c’est que d’être moi ? Un nain laid épris de beauté, un méchant et malheureux garçon de nulle part, qui passe son temps à transporter des mots d’un être à un livre, d’un livre à un autre, un pédé qui ne s’entend qu’avec des femmes… »
Et celle qui passait pour la plus belle femme du monde de lui répondre :
- « Je peux deviner. Te rends-tu compte de ce que c’est d’être moi ? répondit-elle en avalant d’un trait sa vodka. C’est pareil avec en moins les mots pour dire qui je ne suis pas. »

Et si vous êtes persuadés que le monde est injuste, avec vous, à cet endroit-là vous ne refermez pas votre livre non, vous dîtes : et moi alors moi qui ne suis pas capable ni de transporter des mots d’un livre à un autre, ni d’affoler 3000 GI en me penchant par la portière ouverte d’un hélico… Vous vous dîtes aussi ça, vous... moi ça me rappelle deux trois conversation que j’ai eu… Je devrais peut-être écrire des livres ou bien faire du cinéma… « Beaucoup de professionnels sont des cinglés » mais des cinglés totalement insérés qui font du business, qui gèrent leur image mais qui font carrière dans le cinéma parce qu’il n’aurait probablement pas fait carrière dans la banque…


Ce livre, c’est l’histoire d’une psychanalyse et c’est une histoire d’Hollywood, l’autre histoire, celle qui se raconte sur le divan, ce que l’on se dit entre-soi… Ce n’est pas voyeur, c’est cru…

- mais pourquoi vouloir filmer en noir et blanc demanda Marilyn au metteur en scène (John Huston – the Misfits)
- Parce que avec tes yeux injectés de sang, tes capillaires éclatées par la dope on n’aurait pas pu tourner en technicolor même si j’en avais eu l’intention et le budget. Ne prends pas ça mal et ne va pas te faire une autre rasade de pilules. Je ne t’aimerai pas plus morte ! Les névrosés suicidaires m’ont toujours tapé sur les nerfs. Tuez-vous si vous devez vous tuer mais n’emmerdez pas les autres…


Cet Hollywood-là était un monde d’hommes, des européens qui avaient fui un monde en ruine, et d’authentiques hommes du Farwest, mais c’était aussi le royaume du dollar, l’Amérique, et les juifs de la côte ouest, cette façon d’accueillir un projet en disant pourquoi pas plutôt que c’est impossible… 1930 et quelques années d’histoires de l’art arrivent à Hollywood, dans une ville où face à la commission des activités anti-américaine, un homme un jour se lèvera et dira: « je m’appelle John Ford et je fais des westerns » ce qui en dit assez long sur le statut de l’artiste à Hollywood. Des frustrations, il dût y en avoir… Mais après tout ça nourrit les rêves, et se forcer un peu ça lève les inhibitions… «  Tu ne joueras pas Roslyn. Tu donneras au spectateur ce qu’il veut sentir, voir, aimer. Comme ça comme une pute qui tient à ce que le client en ait pour son argent. Je vais te dire fais le contraire de ce que t’as enseigné Strasberg et tout ira bien. Laisse ces foutaises d’aller vers ton intérieur. Va vers l’extérieur, c’est là que tu es. C’est là qu’est le spectateur. Et puis ton angoisse, garde-là c’est un ressort précieux ».

Il faut bien reconnaître que l’on est assez loin de la direction d’acteur version moi je travaille chez les bisounours et ce qui compte c’est le scénario et puis le metteur en scène et le film que j’adore et que je vends chez Isabelle Giordano, la critique.

Et pourtant, pourtant Asphalt Jungle, les Misfits, Reflets dans un œil d’or, Huston a prouvé qu’il savait faire, et sous sa rudesse, il y avait pas mal de sensibilité…

Pour les cinéphiles, il y a ce cherry on the cake-là, une autre histoire du cinéma… Et qui devinerait à voir « certains l’aiment chaud »  que la douce Sugar Kane est tellement à cran, à ce moment là que... je crois, elle ne supporte plus les hommes.. Cukor qui par ailleurs ne la respecte pas beaucoup plus que Huston essaie pourtant d’être gentil, mais « on se figure être quelqu’un d’original, il m’a dit doucereux ; on croît que tout est singulier et différent en nous. Mais c’est incroyable à quel point on est l’écho des autres, de sa famille et de la façon dont l’enfance nous a donné formes et contours. » mais Norma Jeane est loin tellement loin, tellement ulcérée par cette enveloppe charnelle dans laquelle ils l’enferment qu’elle dira à son psy : «  Formes et contours, tu parles ! Ce vieux pédé. Qu’est-ce qu’il connaît de ce corps où il me faut vivre ? ». atchoum…

 

J’ai adoré ce livre jusqu’à la page 437 après Marilyn meurt, et je m'identifie beaucuop moins... c’est plus polar… ça ne m’a jamais intéressé plus que ça la mort de Marilyn ou plutôt je ne veux surtout pas savoir, suicide, meurtre, Greenson, les Kennedy, Sinatra, Peter Lawford… tant que l’on ne saura pas de quoi Marilyn est morte on pourra faire comme si elle vivait encore non… moi j’ai lu jusqu’à la page 531 parce que je finis toujours les livres, mais elle elle ne les finissait jamais, et si vous êtes trop pressés, je crois que l’on peut faire l’économie de cette fin-là…

Commentaires

@ la féé : j'avais commencé ma rédac, mais on en parle, hein...

Ecrit par : contessa | 25.09.2006

@ comtessa : c'est absolument dingue j'aurais également citée cete phrase du nain ....Bien que parfois un peu verbeux quant à la partie phychanalytique le livre n'en demeure pas moins bouleversant en ce qu'il dévoile, selon moi, une Marylin pas si méconnue que cela mais si attachante en laquelle nombre de choses de moi me parraissent si limpide si évidente ... What a wonderfull post dear Maria ... as usual .. Play it again, please Maria ...

Ecrit par : Minifée qu'a mal aux dents | 26.09.2006

c'est amusant comme l'on apprend à se connaître à travers nos blogs, j'étais sûre que cette phrase de Capote t'aurait touché... marilyn, je l'ai redécouverte cet été, ces photos de Bert stern, cette fragilité, cette problématique du désir, du regard... elle répond qu'il a de la chance car elle ressent la même chose avec les mots en moins pour le dire... et pourtant les mots de marilyn mais quelle évidence... à plusieurs reprises, je me suis dit c'est exactement ça, ce que je ressens c'est ça...

Ecrit par : contessa | 26.09.2006

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