15.09.2006
L'orient de Pierre Loti..
Dans le quartier de la Nouvelle Athènes, au n° 16 de la Rue Chaptal, une cour pavée dessert 3 bâtiments qui abritèrent un temps la vie et le travail du peintre Ari Scheffer… Le Musée de la Vie Romantique est l’un de ces jolis musées sans œuvre majeure que l’on finit par découvrir un jour par hasard à la faveur d’une exposition ou bien parce que l’on avait une heure à occuper dans le quartier avant un rendez-vous… mais je suis venue exprès… malgré toute la tendresse que j’ai pour les collines verdoyantes, les pottok, les rouleaux et les criques, les etcha rouge et blanche d’Euskadi, je n’ai jamais réussi à venir à bout de Ramuntcho… … J’ai visité Istanbul en n’ayant parcouru que quelques lignes, de courts extraits d’Aziyade, et les côtes Bretonnes sans avoir ouvert Pêcheurs d’Islande… Je n’ai pas lu non plus les désenchantés ou vers Ispahan dont les seuls titres me ravissent… Alors je ne sais pas bien pourquoi j’ai toujours aimé Pierre Loti…
Peut-être parce que je l’associe à une époque où les artistes à la faveur de charge consulaire, plus rarement commerciales parcouraient le monde pour y chercher l’inspiration… Je regretterais toujours de ne pas avoir vécu à Constantinople ou Alexandrie, de ne pas avoir parcouru Alger au temps de Delacroix et d’avoir découvert Marrakech trop longtemps après Majorelle… J’aurais voulu être un homme au dix-neuvième siècle, limite au début du vingtième siècle, évidemment il eût fallu que j'échappe à cette boucherie la guerre, j'aurais été écrivain-ambassadeur et j'aurais traîné dans les harems…
Pierre Loti était officier de marine, il avait pris ce pseudonyme de Loti parce que c’est ainsi que l’avait appelé une reine polynésienne, Loti, une fleur des îles… De Tahiti l’officier n’était pas reparti avec un collier mais avec un nom, le nom qui lui permettrait de donner libre cours à sa sensibilité, à ses rêveries, à ses folies… Toutes les excentricités que n’auraient pu se permettre du fait de sa charge un homme attaché à la marine nationale… C’était un académicien clown acrobate avec un corps de body builder qui envoya une photo de lui nu à ses confrères de l’académie pour y fêter son élection… C’était Zola qui s’était vu refuser le siège cet année là… Loti était probablement moins plombant, plus superficiel et lèger que l’auteur de l’assommoir et germinal, mais on ne le vit pas beaucoup siègé à l’académie, il était ailleurs… Il voyageait, et il aimait…
C’était un temps où l’Empire Ottoman se délitait à la faveur de la France ou de l’Angleterre qui se disputaient les miettes… À Paris, pour échapper aux rigueurs d’une morale bourgeoise et cancannière lorsque l’on voulait peindre un nu on allongeait délibérément les bras, on décrochait une épaule, on redessinait le contour d’une hanche, l’arrondi d’un fesse et l’on étendait un corps sur un drap blanc ou penché sur le rebord de quelques bains ottomans… L’odalisque c’était la créature photoshopée d’Elle-Vogue-Glamour, une beauté fantasmée que nul n’avait vu… Chasseriau par exemple n’a jamais franchi la Méditerranée, et je crois savoir que Delacroix a commencé à peindre des sujets orientaux bien avant d’entreprendre son voyage au Maghreb…
Loti a parcouru les rues de Stanboul, il a été reçu dans les palais et dans les maisons, il s’est perdu dans les souks, il connaît l’odeur du jasmin, les vertus du khol, il a vraiment aimé et a été adoré d’une jeune beauté circassienne qui mourut de chagrin après son départ… C’était un temps où le voile était « le tabernacle de tous les désirs », peut-être était-ce plus simple de découvrir l’Orient en ce temps-là… les voyages étaient plus compliqués, les voyageurs étaient mieux éduquées, ils avaient eux même leur propres lots de préjugés, de savoir vivre, d’ignorance, et de transgression… peut-être le fossé était-il juste géographique et moins temporel… le voile était le tabernacle de tous les désirs et non le symbole d’une féminité, d’une identité niée, réprouvée, entravée…
C’est le genre d’expo où il faut se laisser embarquer par ses rêves et transporter ailleurs… Et demain et après demain, à l’occasion des journées du patrimoine c’est gratuit, il y a même des conférences et des lectures faîtes par une comédienne l’après-midi… L’occasion de découvrir un musée assez méconnu où georges Sand une voisine a déposé ses bijoux…Le musée est très joli. Il faut oublier les stilettos parce que l’on se tord les pieds sur les pavés irréguliers de la cour. Les cakes sont de chez Bertrand et la déco est signée Jacques Garcia, la verrière est jolie, et toutes ces plantes, cette végétation qui rampe sur les murs et envahit la cour cela permet d’oublier les plateaux un peu cheap, la cellophane, les barquettes traîteurs et le carton graisseux, on peut même boire une tasse de kharkadé…
16:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, art


Commentaires
Superbe texte...
Effectivement l'expo Loti est sublime et le musée un vrai refuge...quand aux cakes...je les adore (normal on était en cours ensemble)...ça boutique un peu plus bas est mignonne...a voir un jour...peut être
so long
Ecrit par : mroing alias Sin | 15.09.2006
Je suis allé à Istanbul, sur cette colline qui domine la ville, au pied un cimetière musulman, une longue montée, bordée d'arbres, et au sommet, la maison de P. Loti, aujourd'hui, un musée. C'est un de ces lieux où souffle encore l'esprit...
Ecrit par : Yohan | 15.09.2006
mr sin : bienvenue ici mr l'ami de mr bertrand
yohan : je n'y suis pas allée moi à cette maison, je ne sais pas pourquoi avec loti c'est un succesion de rv manqué mais je trouve le personnage fascinant et j'y viendrais un jour, je sais.. alors je reviendrais à Istanbul...
Ecrit par : contessa | 16.09.2006
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